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4 septembre 2018 2 04 /09 /septembre /2018 05:17

Alain Gresh évoque un documentaire (quatarien) interdit sur le lobby israélien : « Une enquête menée par la chaîne qatarie Al-Jazira dévoile les méthodes des groupes de pression américains favorables à Israël. Mais, soucieux de ne pas s’aliéner ces organisations dans son contentieux avec l’Arabie saoudite, le Qatar a gelé la diffusion du reportage. »

 

 

Pour Serge Halimi et Pierre Rimbert, le clivage est trompeur entre libéraux et populistes : « Les réponses apportées à la crise de 2008 ont déstabilisé l’ordre politique et géopolitique. Longtemps perçues comme la forme ultime de gouvernement, les démocraties libérales sont sur la défensive. Face aux « élites » urbaines, les droites nationalistes mènent une contre-révolution culturelle sur le terrain de l’immigration et des valeurs traditionnelles. Mais elles poursuivent le même projet économique que leurs rivales. La médiatisation à outrance de ce clivage vise à contraindre les populations à choisir l’un de ces deux maux. »

 

Hélène Richard nous rappelle quand la Russie rêvait d’Europe : « Au sortir de la guerre froide, les Russes voyaient leur avenir dans une Europe réconciliée et dotée de mécanismes de sécurité communs. En portant le glaive de l’Alliance atlantique jusqu’à leur porte, les Occidentaux ont pris le risque d’une réaction nationaliste. »

 

 

Où est née la mondialisation,demande Alain Bihr ?: « L’intention est légitime : construire une « histoire mondiale » échappant à la surestimation de l’histoire occidentale. Pour autant, cela nous interdit-il d’observer que des faits historiques majeurs ont bien eu l’Europe pour acteur initial ? Ainsi, par exemple, la mondialisation. Longtemps instrument de domination de l’Occident, celle-ci a aujourd’hui trouvé d’autres artisans ailleurs. »

 

 

En Colombie, la paix est-elle « réduite en miettes », demande Loïc Ramirez ?: « Le 17 juin 2018, les Colombiens ont élu un nouveau président, M. Iván Duque, pourfendeur des accords de paix signés avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Le scrutin a également été marqué par une percée de la gauche, présente au second tour, alors que celui-ci opposait traditionnellement les deux droites. Mais l’espoir de normalisation se heurte à la recrudescence des organisations criminelles. »

 

 

 

Pour Charles Enderlin, Israël devient une « ethnocratie » : « La Knesset a adopté le 19 juillet dernier une loi à valeur constitutionnelle définissant Israël comme « l’État-nation du peuple juif », qui suscite d’intenses polémiques. Pour le premier ministre Benyamin Netanyahou, ce texte qui fonde les droits des citoyens israéliens en fonction de leur origine et de leurs croyances fait figure d’accomplissement idéologique. »

 

 

Christophe Jaffrelot  nous présente le nouveau champion des militaires pakistanais : « Après plusieurs tentatives, l’ancien joueur de cricket Imran Khan a accédé au pouvoir au Pakistan, le 17 août, et dirige un gouvernement de coalition. Son discours anticorruption et son projet d’un « nouveau Pakistan » ont séduit 32 % des électeurs et permis à son parti d’arriver en tête à l’Assemblée nationale, avec 116 sièges (sur 272). Mais rien n’aurait été possible sans le soutien plus ou moins visible des militaires. »

 

 

Quand l’Occident affirmait que « L’OTAN ne s’étendrait pas d’un pouce vers l’est » (Philippe Descamps) : « «Ils nous ont menti à plusieurs reprises, ils ont pris des décisions dans notre dos, ils nous ont mis devant le fait accompli. Cela s’est produit avec l’expansion de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord [OTAN] vers l’est, ainsi qu’avec le déploiement d’infrastructures militaires à nos frontières. »Dans son discours justifiant l’annexion de la Crimée par la Fédération de Russie, le 18 mars 2014, le président Vladimir Poutine étale sa rancœur envers les dirigeants occidentaux.

 

 

Laurent Bonelli et Fabien Carrié proposent d’en finir avec quelques idées reçues sur la radicalisation : « N’importe quel bavard a son idée arrêtée sur la « radicalisation » et sur le terrorisme. Désormais, il est possible de confronter toute cette glose à la réalité des dossiers instruits par la justice française. Et on découvre alors la place réelle qu’occupent l’échec scolaire, les réseaux sociaux, la volonté de provoquer, la sexualité, la religion dans le basculement de milliers de jeunes vers la violence. »

 

 

Pour Cédric Gouverneur, le saumon est un mets de luxe qui devient un fléau écologique : « La moitié des poissons consommés dans le monde provient désormais d’élevages. Le saumon fait la richesse de la Norvège ou du Chili, dont il est le deuxième produit d’exportation. Dans les fjords de l’Atlantique comme dans ceux de la Patagonie, l’aquaculture industrielle, réponse lacunaire à l’épuisement des ressources halieutiques, fait peser d’importantes menaces environnementales et sanitaires. »

 

 

… D’autant que les élevages de Norvège sont intouchables de Norvège : « Non loin de Bergen, en Norvège, Lerøy, numéro deux mondial du saumon d’élevage, nous fait visiter son élevage-pilote de Sagen 2. Un hangar abrite des bassins où est élevée une armée de lumps. L’aquaculture a fait de ce petit poisson-ventouse un allié : le lump est un prédateur du parasite lakselus (« pou du saumon », Lepeophtheirus salmonis). « Nous produisons environ six millions de lumps par an,explique M. Harald Sveier, directeur technique de Lerøy. Cela permet de réduire de 90 % l’usage de traitements contre les poux. »Lerøy nous présente également un prototype unique, surnommé « le tube ». Trois cent mille jeunes saumons sont élevés durant plusieurs mois dans cette structure en plastique de cinquante mètres de long flottant dans le fjord, dotée d’un courant artificiel et alimentée par une eau pompée en profondeur : « À trente-cinq mètres, l’eau est trop froide pour les poux, précise M. Sveier. Les saumons nagent dans le courant et sont en meilleure forme. Déjections et déchets sont récoltés et traités » — au lieu de s’accumuler et de polluer le fjord. »

 

 

Jean-Arnault Dérens et Laurent Geslin crient haro sur le tourisme de masse en Croatie : « La Croatie compte près de sept cents îles, dont une cinquantaine sont habitées. Ces perles de l’Adriatique attirent toujours plus de visiteurs estivaux, mais se vident de leurs résidents permanents. Irrités par certains grands projets, ceux-ci commencent à remettre en cause cette mono-industrie du tourisme qui fait office de politique publique de développement. »

 

 

En Centrafrique, les Nations unies sont en déroute (Juan Branco) : « Sous-équipée, mal pensée, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique multiplie échecs et scandales. Les casques bleus, qui ont perdu soixante-treize hommes depuis 2016, sont accusés d’avoir tiré sur une foule désarmée à Bangui mi-avril. Entre misère et guerre civile larvée, la Centrafrique est le théâtre d’une lutte d’influences internationale. »

 

 

Violette Goarant dénonce le fiasco de la privatisation de l’école en Suède : « Au cours de la campagne pour les élections générales qui se tiennent en Suède le 9 septembre, la poussée attendue de la droite xénophobe a occulté le débat sur l’avenir des services publics. À la tête d’un gouvernement minoritaire depuis quatre ans, les sociaux-démocrates n’ont même pas réussi à plafonner les profits des entreprises privées qui ont investi la santé ou l’éducation, au détriment de la qualité des services et de la réussite des élèves. C’estune école “deux en une” »,résume Mme Elsa Heuyer. Cette professeure de français du lycée Drottning Blanka a dû apprendre à « optimiser »le temps et l’espace au bénéfice d’AcadeMedia, l’« entreprise éducative » cotée en Bourse qui l’emploie à temps (très) partiel : 28,7 %. Situé au sud de Stockholm, son lycée, un établissement privé sous contrat, dit friskola(friskolorau pluriel), partage ses locaux avec un autre du même groupe. Rentabilité oblige, Mme Heuyer doit gérer deux niveaux dans la même classe : « En pratique, je suis obligée de diviser le temps de cours par deux. »

Exerçant, eux, à temps plein, ses collègues professeurs d’espagnol, Mme Sandra Nylen et M. Adrian Reyes, enseignent également une autre matière — un fait commun en Suède. Ils assurent en outre un tutorat pour une quinzaine d’élèves chacun, jouant le rôle de ce qu’on appelle en suédois un mentor.Par courriel ou par téléphone, ils doivent maintenir un contact permanent avec les parents pour le suivi des absences et de la scolarité, toutes matières confondues. « Lorsqu’un élève rencontre des difficultés, c’est de la faute dumentor  »,soupire M. Reyes. Il n’est ainsi pas rare de voir un professeur aider un élève à faire remonter ses notes dans une autre matière que celles qu’il enseigne. « Je m’assure sans cesse auprès de mes élèves que tout va bien, car je sais que mon directeur va me demander des comptes,raconte Mme Nylen avec nervosité. Mais que faire lorsqu’ils échouent dans plusieurs matières ? »

 

 

À qui profite la paix scolaire, demande Laura Raim ?: « Vendre un service sans avoir à supporter le « coût du travail » : n’est-ce pas le rêve de tout actionnaire ? Ce rêve est devenu réalité pour certains fonds d’investissement, qui placent leur argent dans des écoles privées françaises dont les enseignants restent rémunérés par l’éducation nationale. Un état de fait qui n’est toutefois qu’un indice de la séduction croissante exercée par l’enseignement privé. »

 

 

Aux Etats-Unis, les enseignants voient rouge (Clément Petitjean) : « M. Donald Trump aime se prévaloir de sa défense des « Américains oubliés » qui vivent très loin des grandes métropoles, en particulier dans les États pauvres et ruraux ayant souvent voté pour lui. Or c’est précisément là qu’un mouvement social met en cause la politique républicaine d’abandon des services publics. Dans cet affrontement, les enseignants jouent un rôle-clé.

Chicago, avril 2018. Dans le décor improbable d’un hôtel de luxe situé aux abords de l’aéroport O’Hare, environ deux cents personnes, poing levé, scandent des slogans de soutien aux enseignants de l’Arizona, du Kentucky et de l’Oklahoma : « Tenez bon ! », « Ne reculez pas ! ». Ce moment de solidarité vient conclure un atelier de la conférence syndicale bisannuelle organisée par la revue militante Labor Notes.À la tribune, six professeurs, un homme et cinq femmes, arborent un vêtement rouge, couleur emblématique du mouvement Red for Ed (« les rouges pour l’éducation »), une appellation qui joue sur l’ambiguïté autour de la couleur rouge : celle-ci est en effet associée à la fois à la tradition socialiste et au Parti républicain, qui gouverne les États dans lesquels la vague de grèves s’est développée depuis fin février.

 

 

Le Monde Diplomatique (222)

 

François Albera présentent les affiches de l’espoir : « Clément Moreau, Frans Masereel, Félix Vallotton… à partir de la fin du XIXe siècle, ces artistes utopistes et proches du mouvement ouvrier ont été des virtuoses de la gravure sur bois. Leurs œuvres dénoncent la violence sociale et témoignent des bouleversements de leur époque, de la révolution spartakiste à la montée du nazisme. »

 

 

Quand d’immenses hommes politiques manquent de flair (Régis Debray) : « «Tout homme est crédule, un polytechnicien est un homme, un polytechnicien est crédule. » Synonyme de crédule : facile à tromper.

 

Qui passe pour être les moins naïfs des hommes ? Les politiques, qui sont des roués professionnels, et les experts, habilités à distinguer le vrai du faux. Et, chez les seconds, qui sont les moins songe-creux ou les plus fiables ? Les économistes. Et qui était le plus sérieux de tous, sinon le premier ministre Raymond Barre, qualifié de « meilleur économiste de France » ? Et le président Valéry Giscard d’Estaing, polytechnicien d’une intelligence reconnue par tous ?

 

Or il se trouve que deux charlatans, inconnus au bataillon mais accrédités par une élite issue de l’École polytechnique et de l’École des mines, ont, pendant trois ans (1976-1978), fait danser les plus hauts personnages de l’État (et cracher, au passage, des centaines de millions de francs).

 

Résumons ce rocambolesque épisode qui attend encore son Balzac.

 

Un réparateur de télévisions italien, Aldo Bonassoli, allié avec un comte belge un peu fantaisiste, Alain de Villegas, font savoir aux deux locataires de l’Élysée et de Matignon, par le truchement d’Antoine Pinay, ancien président du Conseil, qu’ils ont fait « la découverte du siècle »,à savoir un procédé de détection à distance des couches pétrolifères encore non localisées, dont l’appropriation par Elf Aquitaine donnerait à la France une formidable avance sur les puissances concurrentes, en même temps qu’une sortie assurée de la crise pétrolière. Ils exigent des autorités contactées le secret le plus absolu — d’autant qu’un tel procédé aurait un usage stratégique : repérer par un simple survol des océans les sous-marins nucléaires soviétiques en maraude. »

 

PS : J’ai connu, vers 1980, une jeune parente d’Antoine Pinay. Je confirme totalement ce que dit Debray le concernant. Ce que j’avais trouvé fascinant, à l’époque, c’est que Pinay avait 90 ans (il lui en restait 13 à vivre). J’imaginais, de loin, ce vieillard complètement excité, frétillant de la queue (une dernière fois ?) à l’idée de jouer, comme toujours bien sûr, un rôle capital, historique, planétaire, spatial, pour la France. Et je me disais que, décidément, les hommes politiques, tant qu’on ne les avait pas abattus comme le canard de Robert Lamoureux, étaient increvables, inarrêtables. Á de rares exceptions près.

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