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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 09:43

Je discute avec un ami du Chant des Partisans, écrit par Joseph Kessel et son neveu Maurice Druon, à l'époque où ce dernier n'était pas encore devenu un ministre de la Culture hystériquement de droite. Il me demande si je sais que ce chant a été directement inspiré d'un texte de Victor Hugo, une adresse aux Français quand les Prussiens occupaient une partie de notre territoire national. Point ne le savais-je.

 

Sacré Totor, à qui nous devons tout : l'abolition de la peine de mort, l'antiesclavagisme (il avait prévu la guerre civile étasunienne), la connaissance forte du prolétariat, l'interdiction du travail des enfants, le suffrage universel, l'instruction publique et laïque, l'idée de l'Europe dotée d'une monnaie unique, et même de l'ONU, la condamnation du fanatisme religieux, l'acceptation du fait homosexuel (dans un livre qu'il écrivit à 32 ans), la nécessité d'un tunnel sous la Manche et du canal de Panama, celle de tracteurs pour l'agriculture, du reboisement, de la restauration de Notre-Dame de Paris, de l'impôt progressif sur le revenu (lui qui, sa vie durant, gagna beaucoup d'argent et ne toucha jamais au capital transmis par son père).

 

 

 

Adresse aux Français 1871

 

Faisons la guerre de jour et de nuit, la guerre des montagnes, la guerre des plaines, la guerre des bois. Levez-vous ! levez-vous ! Pas de trêve, pas de repos, pas de sommeil. Le despotisme attaque la liberté, l’Allemagne attente à la France. Qu’à la sombre chaleur de notre sol cette colossale armée fonde comme la neige. Que pas un point du territoire ne se dérobe au devoir. Organisons l’effrayante bataille de la patrie. O francs-tireurs, allez, traversez les halliers, passez les torrents, profitez de l’ombre et du crépuscule, serpentez dans les ravins, glissez-vous, rampez, ajustez, tirez, exterminez l’invasion. Défendez la France avec héroïsme, avec désespoir, avec tendresse. Soyez terribles, ô patriotes ! Arrêtez-vous seulement, quand vous passerez devant une chaumière, pour baiser au front un petit enfant endormi.

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Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
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commentaires

Michèle 04/11/2013 10:43

"Il est le seul écrivain qui n'ait pas approuvé bruyamment la répression de la commune en 1971.."
J'ai lu autrefois une biographie de Louise Michel, la Vierge Rouge; elle fut l'amie de Victor Hugo qui lui dédia un long poème intitulé VIRO MAJOR (1871) Elle commence à lire Victor Hugo vers 14 ans et lui écrit. Ils se rencontrèrent et les deux échangèrent des lettres et de l'affection.
Lorsque Victor Hugo perd ses fils elle lui écrit:"Vous habitez avec vos fils dans la mort, moi j'y habite avec mes frères les meilleurs et les plus braves". Victor Hugo ouvrit sa maison de Bruxelles aux survivants du massacre de la Commune....

Gensane 02/11/2013 19:55

A BM : Merci pour cette très intéressante contribution. Le texte d'Hugo est tiré d'Actes et Paroles, publiés de 1870 à 1876.

BM 02/11/2013 18:57

Une réflexion personnelle :

Il n'y a pas, dans l'histoire de la littérature de langue française, d'auteur qui domine totalement tout les autres, de "figure totémique" pour ainsi dire.

Il s'agit là d'une "exception française" par rapport à la plupart des autres langues européennes modernes.

Par exemple :
L'anglais : Shakespeare ;
L'italien : Dante ;
L'allemand : Goethe ;
L'espagnol : Cervantès ;
Etc.

(Bien sûr, on utilise "la langue de Molière" pour fournir une expression équivalente à "la langue de Goethe". Mais cela ne doit pas faire illusion ; il ne s'agit que de fournir une expression commode pour les journalistes, même si Molière est un auteur admirable.)

La seule figure que nous ayons en France qui puisse s'approcher d'un Shakespeare ou d'un Goethe, c'est Victor Hugo. Mais il ne sera probablement jamais accepté en tant que tel, pour diverses raisons :

1) Il est venu "trop tard", alors que la littérature française existait depuis déjà de nombreux siècles. Tous les autres auteurs que j'ai cité sont des "figures fondatrices". Même Goethe : la langue allemande n'était pas unifiée avant lui ; de plus, les auteurs allemands des 17 et 18è siècles sont quasiment tous d'une insigne médiocrité. De cette époque, on ne se souvient que des philosophes, comme Leibniz ou Kant, mais en tant que philosophes ! En effet, ce sont eux aussi d'exécrables écrivains sur le plan du maniement de la langue, comme tout lecteur de Kant, même en traduction, a pu l'éprouver personnellement.

2) Son parcours personnel qui l'a mené de l'extrême droite royaliste sous Charles X, jusqu'à être quasiment le seul écrivain qui n'ait pas approuvé bruyamment la répression de la Commune en 1871, même si les idéaux de la Commune n'étaient pas les siens (voir le livre édifiant "Les Ecrivains contre la Commune" de Paul Lidsky). En effet, contrairement à ce que disent les benêts, être de gauche a toujours été regardé avec suspicion en France, il vaut mieux soutenir l'ordre établi. Les benêts en question vont des "Anti-Lumières" du 18è siècle (cf. le livre de Zeev Sternhell) jusqu'aux réactionnaires actuels inclusivement (Lorant Deutsch, Eric Zemmour, etc). Encore aujourd'hui, cela ne lui est pas pardonné, surtout depuis que les anciens de mai 68 sont "passés du Col Mao au Rotary" (en passant, Guy Hocquenghem aurait sûrement apprécié ce livre de Hugo auquel vous faites allusion ! Quel est son titre, si cela n'est pas trop indiscret ?)

3) Victor Hugo a trop écrit... Cela a gâté son génie. Certains témoignages de contemporains peuvent laisser penser à une forme de graphomanie (au sens clinique du terme) chez Hugo. Résultat concret : à côté de chefs-d'oeuvre immortels, il y a beaucoup de déchet, c'est un fait incontestable.

4) Et puis Victor Hugo a été un Romantique. Un vrai, contrairement à des gens comme Chateaubriand ou Lamartine qui se croyaient romantiques, mais dont le style reste celui du classicisme du 17è siècle à la Boileau. Victor Hugo n'a pas hésité à défier le dogme du "bon goût" inculqué dans la tête des Français par Malherbe et ses innombrables disciples à travers les siècles (dont Boileau). Même les gens qui admiraient sincèrement Hugo étaient gênés par ce manque de "bon goût" ; c'est la signification du célèbre mot attribué à Gide. Cela continue encore aujourd'hui : avec un certain flair, les Anglo-Saxons ont recyclé certaines de ses oeuvres dans le domaine du dessin animé ou de la comédie musicale, ce qui contribue encore un peu plus à le discréditer chez les gens qui se veulent "cultivés".

Maintenant, une question se pose : cette absence de "figure totémique" dans la littérature française, est-ce un mal, est-ce un bien ? En matière de littérature, tout jugement est in fine exclusivement subjectif (la "responsabilité intellectuelle des écrivains" chère à Orwell est restée une sorte d'incongruité dans l'histoire des idées littéraires, malheureusement). Donc je ne me prononcerai pas.

Philippe Arnaud 04/11/2013 15:11

A BM

- Que Victor Hugo ait écrit des médiocrités ait un élément qui plaide en sa faveur. Julien Gracq disait que le propre des écrivains hors normes est, précisément, d'écrire de temps en temps des médiocrités (il donne l'exemple de Goethe).

- J'ai cru comprendre cela de la manière suivante : si on place la bonne littérature au niveau 100, le bon écrivain "ordinaire" ne s'écartera guère de cette moyenne, il ira de 85 à 110/115. L'écrivain exceptionnel, l'écrivain de génie, lui, sera dans cette gamme (85-115), mais pourra, des moments, aller à un niveau 1000 - ou 10 000 - et écrire à d'autres moments à un niveau 30 ou 40. Je donne juste ces indications pour fournir une image.

- Un des paradoxes de la littérature française est qu'elle n'ait pas produit des génies du calbre d'autres auteurs de langues européennes mais que, d'un autre côté, jusqu'à nos jours, elle passe, dans le monde qui a des lettres, pour la langue littéraire par excellence. Si on regarde les Nobel de littérature (même s'il ne faut pas trop leur faire confiance vu ce qu'ils ont ramassé depuis leur origine) on se rend compte que c'est la France - ou le français - qui, relativement, sont devant toutes les autres langues.

HN 02/11/2013 17:14

Eh oui, l'école pour tous, le grand creuset de mixité sociale n'est plus guère prisé par les bobos de gauche, qui font tout pour contourner la carte scolaire, pour que leurs chérubins ne se mélangent pas socialement. Ils se justifient hypocritement par toutes sortes d'arguments bidons...

AF30 02/11/2013 15:16

Oui, il défendait l'école publique, laïque et GRATUITE, c.a.d. L'inverse des logiques actuellement en cours

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