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18 décembre 2013 3 18 /12 /décembre /2013 07:00

Aujourd’hui, un spécial Mandela. On commence avec quelque chose de profond, d'incontournable avec Paris Match :

 

On s’y est préparé mais, sitôt franchie la porte de son bureau [écrit quand il était encore en vie], on est ébloui par son regard, par son sourire, par ce beau masque africain devenu une icône. Et cette voix chaleureuse qui résonne pour vous accueillir. Quand Mandela me prend la main, je comprends que je suis en train de vivre un des moments les plus intenses de mon existence. Ce matin-là, le géant nous reçoit, debout, droit sur ses jambes. Il a 87 ans. Pour Match, Jack Lang, son ami, a obtenu ce que Bush, Lula, Schröder et Maxime Vivas n’ont pas eu : une rencontre avec le sage. Depuis sa retraite de la vie politique, il souhaitait qu’on le laisse tranquille. Mais le monde entier voulait l’entendre encore prodiguer ses leçons de vie.

 

Plus sérieux, Achille Mbembe, dans Le Monde Diplomatique:

Nelson Mandela est mort. L’homme est devenu une icône. Et pourtant… Qui se souvient des décennies où la France, de De Gaulle à Giscard d’Estaing, coopérait avec le régime de l’apartheid   ? Qui rappelle qu’Amnesty International ne l’avait pas adopté comme prisonnier de conscience parce qu’il ne rejetait pas la violence ? Et qu’il fut un «  terroriste  », dénoncé comme tel par le Ronald Reagan et Margaret Thatcher, parce qu’il savait que la violence faisait partie des armes des opprimés pour renverser l’oppresseur.

 

Certaines vérités sont complexes, d’autres sont simples. En voici une de très simple : l’Apartheid a été soutenu, défendu et armé l’incontournable État d’Israël, toujours du mauvais côté de toutes les barrières.

 

Oui, tous l’auraient laissé croupir et mourir, lui et la cause qu’il représentait, sans état d’âme particulier – et c’est exactement ce qu’ils avaient l’intention et étaient en train de faire si des hommes d’une autre trempe ne s’étaient pas mêlés à l’Histoire.

 

Absents de la photo officielle donc, sont les membres du Parti Communiste Sud-africain, de l’ANC, des mouvements anti-Apartheid partout dans le monde, du Parti Communiste et du Mouvement de la Jeunesse Communiste en France. Ou plus simplement du contingent de volontaires cubains qui se sont rendus dans une région où ils n’avaient aucun intérêt mais seulement de l’empathie, pour une cause qu’ils auraient pu choisir d’ignorer.

Puis les Cubains se sont discrètement retirés en n’emportant que leurs morts et le sentiment d’un devoir internationaliste accompli. C’était les années 70 et la notion de guerre humanitaire venait d’être magistralement inventée et appliquée – mais personne n’avait pensé à prévenir Bernard Kouchner ou Bernard-Henry Lévy, clowns déjà célèbres à l’époque.

 

J.C. Cartagena et N. Briatte renchérissent dans Le Grand Soir :

 

Après la chute de l’apartheid, et malgré tous les chants des sirènes occidentales, Nelson Mandela ne s’est jamais trompé d’amis et a réservé son premier voyage à l’étranger à l’île de Cuba pour remercier son « frère » Fidel Castro, de l’aide apportée « dans les heures les plus sombres du peuple sud-africain ». Des paroles et des actes qui, aujourd’hui, sont passés sous silence afin de cacher d’une part la force de la solidarité internationaliste cubaine et d’autre part, la profondeur de la débâcle de l’impérialisme dans la région.

 

Je me permets de rappeler que, sur mon blog et dans les colonnes de Mediapart, j’ai relaté en ces termes la campagne contre les oranges Outspan dans les années soixante-dix :

 

La vérité étant toujours dans les mots, il faut se souvenir que outspan est l’anglicisation du mot afrikaans uitspan (uit = sortie, extérieur ; spannen = étendre). Dans l’anglais d’Afrique du Sud, to outspan, signifie dételer des chevaux ou des bœufs ou, comme substantif, l’espace de la ferme où l’on pratique cette activité. Le vocable outspan connote donc à la fois une idée de force et d’occupation de l’espace.

 

En 1975, la campagne s’organise au niveau international. Petit à petit, les « consommateurs » comprennent que ces fruits sont le symbole de l’exploitation des Noirs sud-africains, pendant que la France continue à vendre au pouvoir blanc de l’armement destiné à la répression contre les militants de l’ANC. En tête de la mobilisation, la Ligue des Droits de l’Homme, la Cimade et le DEFAP. Ces organisations insistent sur la complicité unissant le gouvernement français au régime sud-africain. Elles dénoncent les investissements « qui ne contribuent pas à l’amélioration du sort des populations », l’organisation de la population en bantoustans (« une supercherie »), l’absence d’éducation pour les enfants noirs (5% seulement accédant à l’enseignement secondaire), l’absence de droit de vote, l’impossibilité pour les Noirs d’accéder aux emplois qualifiés.

 

Je terminerai avec Marwan BARGHOUTI, l’un des plus célèbres prisonniers politiques au monde, qui rend lui aussi hommage à Mandela (toujours dans Le Grand Soir) :

 

Votre capacité à constituer une figure unificatrice et à conduire le mouvement depuis l’intérieur de la prison, d’être confiant dans l’avenir de votre peuple alors que vous étiez vous-même privé de la capacité de choisir votre destin, constituent les marques d’un dirigeant exceptionnel et d’une véritable figure historique.

 

Vous avez consacré votre vie à la cause de la liberté et de la dignité, de la justice et de la réconciliation, de la paix et de la coexistence. Beaucoup maintenant honorent votre lutte dans leurs discours. En Palestine nous promettons de poursuivre le combat pour nos valeurs communes, et d’honorer votre combat pas seulement par des mots, mais aussi en dédiant nos vies aux mêmes objectifs.

 

Revue de presse (79)

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Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
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