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17 février 2014 1 17 /02 /février /2014 06:28

 

Radio Mon Païs a sûrement relaté ce jugement antisyndical, mais j’y reviens grâce à L’Humanité :

 

Distribuer un tract est-il un délit ? Oui, pour le Parquet de Lyon qui continue de s’attaquer à deux syndicalistes plus de trois ans après une distribution de tracts non-déclarée en Préfecture, et malgré deux décisions de justice leur donnant gain de cause.

Après avoir fait appel de la relaxe des cinq syndicalistes de Roanne pour refus de prélèvement ADN début janvier, le ministère public entend obtenir un pourvoi en cassation contre la relaxe de Pierre Coquan, secrétaire général de l’UD CGT du Rhône, et Michel Catelin, membre du bureau de l’union locale CGT de Villefranche-sur-Saône.

« C’est une décision liberticide et ridicule », a réagi Pierre Coquan, qui voit derrière ce pourvoi, l’action du gouvernement qui poursuit la « logique de contrôle du mouvement social impulsée par Nicolas Sarkozy » et un « combat de classe rétrograde ».

 

Le Monde Diplomatique s’est intéressée à l’entreprise Amazon :

 

A travers le monde, cent mille personnes s’affairent au sein de quatre-vingt-neuf entrepôts logistiques dont la surface cumulée totalise près de sept millions de mètres carrés. Depuis son introduction en Bourse, en 1997, son chiffre d’affaires a été multiplié par quatre cent vingt, atteignant 62 milliards de dollars en 2012.

En Europe, Amazon a choisi l’Allemagne comme tête de pont. Le groupe y a implanté huit usines logistiques et en construit une neuvième. Au volant de son automobile, Mme Sonia Rudolf emprunte une avenue nommée Amazon Strasse – la municipalité a subventionné l’implantation de la multinationale à hauteur de plus de 7 millions d’euros. Derrière une rangée de fils de fer barbelés, l’entrepôt surgit. « Il n’y a aucune fenêtre, aucune ouverture, et pas de climatisation. L’été, la température dépasse les 40 °C, et les malaises sont alors très fréquents. »

En France, c’est le froid qui, en 2011, a frappé les salariés de l’entrepôt de Montélimar (Drôme), obligés de travailler avec parkas, gants et bonnets, jusqu’à ce qu’une douzaine d’entre eux entament une grève et obtiennent l’allumage du chauffage.

Le Syndicat de la librairie française a mesuré que, à chiffre d’affaires égal, une librairie de quartier engendre dix-huit fois plus d’emplois que la vente en ligne. Pour la seule année 2012, l’Association des libraires étasuniens évalue à quarante-deux mille le nombre d’emplois anéantis par Amazon dans le secteur.

En outre, tout oppose les postes disparus et ceux créés dans les entrepôts logistiques. D’un côté s’évanouit un travail qualifié, diversifié, durable, situé en centre-ville, mêlant manutention, sociabilité, contact et conseil. De l’autre émergent en périphérie urbaine des usines à vendre où la production continue de colis en carton échoit à une main-d’œuvre non qualifiée, recrutée au seul motif qu’elle coûte actuellement moins cher que des robots. Mais Amazon prépare la mise en service d’automates roulants : des hexaèdres de trente centimètres de hauteur capables de se glisser sous une étagère pour déplacer des charges allant, selon les modèles, de quatre cent cinquante à mille trois cents kilos.

Pour finir, je voudrais évoquer un petit travers langagier de nos amis journalistes et parfois de nos amis syndicalistes.

 

Je viens de lire que le secrétaire général de la CFDT avait dénoncé le "syndicalisme bashing" à propos de l’affaire Gautier-Sauvagnac (la “ disparition ” de 16 millions et demi d’euros des caisses de l’UIMM).

 

Le mot “ bashing ”, on l’entend à toutes les sauces. Par exemple, l’agrégé de français Ali Baddou introduit la chronique (désopilante) de Pierre-Emmanuel Barré sur Canal+ par : « Et maintenant, l’actualité sévèrement bashée par Pierre-Emmanuel Barré ».

 

De la part de Laurent Berger, cela n’est guère surprenant : un vrai patron de la Cfdt ayant par définition de la bouillie dans la tête, il est normal qu’il utilise – par effet de mode – mais surtout par inconsistance idéologique, un mot dont il ne connaît pas vraiment le sens.

 

Ce vocable date du XVIIe siècle. C’est un mot-valise constitué de bang et de dash ou smash véhiculant l’idée de frapper avec violence et célérité. Le mot a connu son heure de gloire en Angleterre dans les années soixante avec l’expression « Paki-bashing ». Il s’agissait d’un des passe-temps favoris des skinheads, qui s’organisaient des séances gratuites de cassages de Pakistanais. Un équivalent linguistique, et aussi sociologique en français, serait bien sûr « ratonnade », un terme forgé dans les années trente pour désigner les violences physiques commises à l’encontre de Nord-Africains (les « ratons »).

 

Nous sommes donc en présence d’expressions odieuses, mais dont le sémantisme s’est affadi aussi fortement que l’ardeur de la Cfdt à défendre les travailleurs. D’une certaine manière, ce fait de langue nous ramène dans le passé puisque, jusqu’au XVIe siècle, to bash avait le sens de déconcerter, de consterner et que, par ailleurs, avant la mode du Paki-bashinga bash signifiait, entre autres, une surboum.

Revue de Presse (85)

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Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
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