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25 mars 2014 2 25 /03 /mars /2014 06:44

En pays ch’timi, il n’y a pas que des histoires de postiers sympas, rigolards, altruistes qui se shootent au maroille (sur un site lot-et-garonnais, un certain Jean-Jacques propose du « véritable maroille » et assure une livraison « rapide et discrète ». Discrète ? Oui, car pour ceux qui sont nés dans le nord de la France, le maroille est une drogue douce.

 

En pays ch’timi, donc, il se joue aussi des drames.

 

Lorsque j’étais jeune ado au début des années soixante, mes parents avaient pour amis un couple d’une quarantaine d’années, enseignants comme eux. Pour elle, il s’agissait d’un deuxième mariage. Elle avait divorcé sans enfant à l’âge de vingt-six ans et avait rencontré un ou deux ans plus tard le second homme de sa vie. Il était donc prévisible qu’ils auraient, à court ou moyen terme, un ou plusieurs enfants. Mais les années passèrent, sans heureux événement. Je me souviens que lui et elle consultèrent dans notre ville, puis à Lille. Après une douzaine d’années – ils avaient donc presque quarante ans – l’arrondissement tant espéré survint. Une petite fille naquit, magnifique. On imagine le bonheur des parents qui annoncèrent à leurs amis qu’ils allaient remettre le couvert dès que possible. Le second enfant, un garçon, lui aussi très réussi, se fit attendre trois ans.

 

 

Pourquoi tout ce temps ? Elle et lui se perdaient en conjectures. Jusqu’au jour où, avec une violence à laquelle ils n’étaient pas préparés, un secret de famille fut révélé qui leur fit comprendre le pourquoi du comment.

 

Elle était la fille d’un artisan, un peintre que je connaissais vaguement, fort brave homme, bon père, bon mari, très sociable. Cet homme, qui portait le secret depuis tant d’années, finit par s’épancher à sa fille (et à sa femme, par la même occasion). Il était le fils de sa sœur, son aînée de quatorze ans. Son père, qui était donc également, d’une certaine manière, son grand-père, avait imposé, plusieurs années durant, des relations incestueuses sous son toit. Après une grossesse discrète, l’accouchement avait eu lieu à la maison, comme c’était classiquement le cas à l’époque. L’enfant avait été déclaré comme étant le fils de son père et de son épouse.

 

J’imagine que, dans l’inconscient de l’amie de mes parents, la notion de procréation devait peser très lourd, associée à la honte du tabou absolu.

 

 

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Published by Bernard Gensane - dans Tranches de vie
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