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16 mars 2014 7 16 /03 /mars /2014 07:27

Anthony Neil Wedgwood Benn, dit Tony Benn, anciennement 2e vicomte Stansgate fut un homme politique comme on en rencontre bien peu du côté de chez nous. Issu de l'Establishment britannique, positionné en début de carrière au centre de l'échiquier travailliste, il n'eut de cesse d'évoluer vers la gauche de gauche après avoir renoncé à son titre de noblesse pour pouvoir siéger comme député. Il s'est gauchi alors qu'il était ministre au point que le terme anglais bennite (benniste) est la marque d'une radicalité authentique.

 

Il s'opposa à la tournure libérale que prenait la Communauté européenne, se déclara républicain  en 1990 et critiqua vertement la première intervention britannique en Irak. Pour des raisons morales, il devint végétarien en 1970.

 

Ci-dessous un article de Philippe Marlière, professeur de sciences politiques, pour Mediapart.

 

 

 

Tony Benn est mort ce matin à son domicile, au cœur de Notting Hill Gate. Il s’en est allé le même jour qu’un autre combattant pour le socialisme. C’était le 14 mars 1883 et il s’appelait Karl Marx. Il y a quelques mois, Benn s’était agacé que des médias unanimes l’entourent d’éloges et d’égards auxquels il n’avait pas eu droit lorsqu’il était encore actif dans la politique « institutionnelle ». Il s’était un jour écrié : « Si le Daily Telegraph (quotidien de droite) estime aujourd’hui que je suis un trésor national, alors je dois avoir fait quelque chose de mal ! ».

 

L’ancien ministre travailliste m’avait accordé un entretien en 2001 (que je reproduis ci-dessous). J’étais arrivé à 9 heures chez lui et l’avais quitté aux alentours de 13 heures. Il venait de démissionner du parlement après une carrière parlementaire qui avait duré 51 ans. Lorsqu’il avait cessé de siéger à Westminster, il avait annoncé sur le mode ironique qu’il affectionnait : « Je quitte mes fonctions de député afin de pouvoir enfin me consacrer à la politique ! » Derrière cette boutade, Benn énonçait qu’il ne croyait plus à la possibilité de changer radicalement les choses au sein des institutions politiques traditionnelles (le gouvernement ou le parlement). Fidèle s’il en est au Labour Party et aux syndicats du TUC, il souhaitait agir et parler en homme libre, ce qu’il fit inlassablement jusqu’à sa mort.

 

Lors de notre entretien, nous avions parlé de Tony Blair qu’il considérait comme un imposteur et un carriériste, du « New Labour » (selon lui, « le plus petit parti de l’histoire du mouvement ouvrier »), de sa carrière ministérielle dans les gouvernements Wilson et Callaghan, de socialisme, ou encore de christianisme et de marxisme. Sur tous ces sujets, Tony Benn était intarissable. Davantage, il était intéressant : combien d’hommes ou femmes politiques ai-je à ce jour trouvé intéressants ? Un très petit nombre, et il en était.

 

Tony Benn avait le sens aigu de la démocratie réelle, synonyme selon lui de choix librement consentis et agis par le peuple, contre les décisions oligarchiques du gouvernement, du Capital, mais aussi des cliques bureaucratiques dans les syndicats et son propre parti.

 

Après 2001, je le revis à trois reprises : en 2005, la gauche travailliste dirigée par John McDonnell avait invité Henri Emmanuelli à une conférence qui se déroulait au siège national des TUC. Benn, Emmanuelli et moi avions conversé pendant une heure. Pour le dire précisément, Benn s’était lancé dans un épique récit de l’histoire du mouvement ouvrier britannique. J’étais chargé de traduire ses propos. Emmanuelli regardait son interlocuteur de manière un peu amusée et, captivé par le passionnant orateur, il accepta sans broncher ce cours d’histoire improvisé. Quelque temps plus tard, je le surpris sur le quai de la gare d’Oxford. Il était assis sur un siège en toile pliable qu’il emportait en voyage. Il avait entrepris de faire une pause-thé dans ce lieu animé, sans prêter attention aux regards affectueux du public qui l’avait reconnu. L’année dernière, il était encore présent à la conférence annuelle de la gauche travailliste. Nous avions échangé quelques mots. Malade et très affaibli, il se déplaçait à grand peine. En me disant au revoir, il m’avait glissé : « Il faut continuer le combat ».

 

Lire la suite ici, ainsi qu'un entretien accordé par Tony Benn à Philippe Marlière.

 

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Published by Bernard Gensane - dans Politique
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commentaires

michel barda 16/03/2014 11:35

très intéressant mais, comme le laisse entendre benn, doit-on attendre l'oraison funèbre pour s'intéresser aux démarches d'un contemporain ?

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