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27 avril 2014 7 27 /04 /avril /2014 05:59

De mars 1965 à mai 1966, Dylan est au sommet de son art. Notons qu’au même moment la pop music anglo-étasunienne atteint une densité et une diversité créatrice qu’elle ne retrouvera peut-être jamais plus. Pour Dylan, il y a d’abord Bringing it All Back Home, dont le titre même symbolise le retour du poète vers des espaces intérieurs.  De ce disque que l’on peut considérer comme le premier album de folk-rock (enregistré d’abord en acoustique puis en électrique), on peut retenir deux chansons, l’une qui tranche par sa violence caustique et l’autre par sa poésie surréaliste. “ Subterrenean Homesick Blues ” met en scène les petits Blancs aliénés par le système. Déclassés involontaires, ils ploient sous l’autorité sournoise, inflexible et inhumaine de l’ordre et de la morale établis.

 

Le premier vers de la chanson juxtapose distillation de la codéine et paysage politique :

 

Johnny's in the basement mixing up the medicine

I'm on the pavement thinkin' about the Government

 

Johnny est au sous-sol et mélange les médicaments

Je suis sur le trottoir et je pense au gouvernement

 

La chanson décrit également les conflits qui bouillonnaient entre les travailleurs et la société bien pensante et la contreculture de la décennies :

 

Walk on your tiptoes

Don’t try no dose

Better stay away from those

That carry around the firehose

Keep a clean nose

Watch the palin-clothes

You don’t need a weatherman to know which way the wind blows

[…]

 

Don’t steal don’t lift

Twenty years of schooling

An they put you on the day shift

Look out kid

They keept it all hid

Better jump down a manhole

Light yourself a candle

Don’t wear sandals

Don’t wanna be a bum

You better chew gum

The pump don’t work

Cause the vandals took the handles

 

Marche sur tes doigts de pied

N’essaie pas la drogue

Vaut mieux te tenir à l’écart

De ceux qui brandissent des lances à incendie

Mouche ton nez

Fais attention aux flics en civil

Tu n’as pas besoin de l’homme météo

Pour savoir d’où souffle le vent

[…]

Ne vole pas ne chaparde pas

Vingt ans à l’école

Et ils te font faire les trois-huit

Fais attention petit

On te cache tout

Tu ferais mieux de sauter dans un trou d’égout

Allume-toi une bougie

Ne porte pas de sandales

Tu ne veux pas être un clodo

Alors mâche du chewing gum

La pompe ne fonctionne pas

Car les vandales ont pris les poignées

 

La chanson fait clairement référence à la répression contre les manifestations pour les droits civiques (les lances à incendies). Elle annonce le groupe d’extrême gauche des Weathermen. Plus généralement, comme l’écrivit Andy Gill, un des meilleurs spécialistes de Dylan, « toute une génération arriva à saisir l'air du temps au travers du tourbillon verbal de cette chanson. » Enfin, elle est très connu pour son célèbre clip vidéo, apparu pour la première fois au début du film de D.A. Pennebaker Don’t Look Back, où l’on voit le chanteur, dans une rue de Londres montrant des pancartes où sont inscrits des extraits de la chanson.

 

“ Mr Tambourine Man ” fut inspirée par un véritable et énorme tambourin, mais surtout par la culture de la drogue, omniprésente aux Etats-Unis dans certains milieux dès 1964. Le « magic swirling ship » du début de la chanson rappelle assurément “ Le bateau ivre ” de Rimbaud :

 

Though I know that evening’s empire

Has returned into sand

Vanished from my hand

Left me blind here to stand

But still not sleeping

My weariness amazes me

I’m branded on my feet

I have no one to meet

And the ancient empty streets

Too dead for dreaming

[…]

Then take me disappearing

Through the smoke rings of my mind

Down the foggy ruins of time

Far past the frozen leaves

The haunted frightened trees

Out to the windy beach

[…]

Let me forget about tody until tomoeeow

 

Je sais que l’empire du soir

Est retourné à l’état de sable

Aglissé de mes mains

Et m’a laissé aveugle

Mais pas encore endormi

Ma lassitude m’étonne

Mes pieds sont marqués au fer

Je n’ai personne à voir

Et les rues anciennes vides

Et mortes m’empêchent de rêver

[…]

Fais-moi disparaître

Dans les cercles de fumée de mon esprit

Dans les ruines brumeuses du temps

Très loin des feuillages gelés

Des arbres hantés et effrayés

Vers la plage de grand vent

[…]

Laisse-moi oublier aujourd’hui jusqu’à demain

 

Certes le disque comporte, avec “ It’s Alright Ma’ ” une chanson très politique :

 

But even the president of the United States

Sometimes must have to stand naked

 

Même le président des Etats-Unis

Doit parfois être nu

[…]

 

And if my thought-dreams could be seen

They'd probably put my head in a guillotine

 

Si l’on pouvait voir mes pensées

On verrait probablement ma tête sous une guillotine

 

Il n’en reste pas moins qu’avec Bringing it Dylan a rompu les liens qui l’unissaient à Joan Baez et la gauche traditionnelle. Il refuse par ailleurs de suivre la mode peace and love des hippies. Il s’enfonce seul dans un tunnel cahotique et fantasmagorique. Il fourbit ses armes : lucidité, dérision, images fantastiques, humour sarcastique et grinçant, visions absurdes et fabuleuses. Son œuvre devient noire, infernale et sublime.

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commentaires

T
Bravo ! Enfin de quoi clouer le bec à tous ces malappris qui depuis un demi-siècle n’ont cessé de railler et ridiculiser Johnny Halliday! Écoutez la vidéo à la minute 1.17, et constatez par vous-même que Johnny est une référence même pour les Ricains!
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