Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
30 avril 2014 3 30 /04 /avril /2014 09:09

Une publicité très choquante passe régulièrement sur nos antennes télévisées. Tout à fait dans l'air du temps d'un Solférinisme, non pas triomphant, mais médiocre et réactionnaire. Des personnes âgées répondent toutes la même chose à une question qui n'est pas posée dans le champ : "C'est pas ma faute". Nerveux, le montage fait croire que ces personnes sont interrogées au débotté, comme si elles étaient surprises dans la vraie vie. Ce qui crée un puissant effet de réel alors que nous avons affaire à des acteurs professionnels, des techniciens professionnels, des scène répétées, de nombreuses prises de vue (j'avais écrit "des prises de vie", vous allez voir le lapsus !) etc.

 

Le film crée une forte attente. De quoi est-il question ? Ces personnes âgées ne sont pas responsables de leur âge. Donc, dans les années qui viennent, il va falloir se préoccuper d'elles.

 

Ce qui est immonde, c'est le présupposé, puis le sous-entendu. Ces deux mots n'ont pas le même sens : un présupposé ne peut être contesté, à moins de rompre le discours ; un sous-entendu peut se discuter. Dans notre pensée, ils se déroulent dans un ordre logique.

 

Le présupposé, c'est la faute, une faute intériorisée par les participants. Etre vieux relève d'une culpabilité. Ce n'est pas un état physique, mais un problème qui relève de la morale. Un peu comme être jeune, ou chômeur. Le jeune ne parvient pas à s'insérer parce qu'il est glandeur. Le chômeur ne retrouve pas de travail parce qu'il manque de volonté, de "résilience", comme on dit aujourd'hui depuis que les Anglo-Saxons ont imposé ce concept.

 

 

 

Ce qui nous amène au sous-entendu. Non seulement, la vieillesse est une faute, mais c'est MA faute. Il me revient donc de prendre en charge ce qui me tombe sur les épaules. Et comme "sous-entendu", implicitement, l'Etat, la collectivité, la communauté citoyenne ne peuvent plus, ne pourront plus bientôt, faire face à ce problème, je dois, à mon niveau, individuellement, me retourner vers des entreprises philanthropiques qui pensent au bien-être de mes vieux jours, c'est-à-dire vers des compagnies d'assurance ou des banques privées.

 

Aujourd'hui, on est "sénior" à l'âge de cinquante ans. Or une personne qui n'a pas eu de problème de santé majeur durant son existence pète des flammes à cet âge-là. La "séniorité" est bien une construction imposée par le capitalisme, la finance et l'entreprise.

 

Ceux qui gouvernent le monde riche (dans les pays pauvres, la notion de retraite relève de l'impensé) martèlent donc l'idée d'une fin de vie dans la peur. Comme le problème est que ce dernier moment peut durer trente ou quarante ans, il faut imposer aux vieux ce que l'on impose aux jeunes et aux quadras : un sentiment d'insécurité, l'idée d'être superfétatoire et toléré, le couperet quotidien de la ballade de Narayama.

 

Qui n'est plus productif et rentable est dans la faute.

 

PS :  Ajoutons que l'écrémage des fautifs a déjà commencé. Alors que, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'espérance de vie n'avait cessé de croître, elle est désormais en train de stagner. Par ailleurs, l'espérance de vie en bonne santé a commencé à baisser.

 

PPS : J'ai publié cet article sur le site du Grand Soir. Un lecteur a posté le commentaire pas piqué des vers suivant :

 

 

Au delà de l’essence fasciste bien trempée de cette immonde campagne d’humiliation populaire, je me souviens d’avoir rencontré il y a quelques années sur un marché - où je tractais pour le PG - Madame Michèle Delaunay, cancérologue bien connue et ministre déléguée chargée des Personnes âgées et de l’Autonomie dans le gouvernement Ayrault...

Une femme bien sympathique au demeurant, même si elle s’imaginait encore à l’époque que les "braves gens " comme moi ou d’autres, allaient encore voter comme des ânes, pour le dit " Parti Socialiste " quoique ce parti fasse...mais ceci est une autre histoire.

J’en viens au rapprochement entre l’article ci-dessus et Madame Delaunay : Quel ne fut pas ma surprise et mon profond dégoût voilà un mois lorsque je l’ai entendu à la radio parler de façon très volubile " DE SILVER - ECONOMIE ", comme si elle venait de trouver un magot dans son jardin.

Vous ne savez pas ce que c’est encore que " LA SILVER-ECONOMIE " ? C’est l’économie des cheveux argentés.
L’économie du dit " Papy-boom ". Vous aurez remarqué qu’ au delà du fait que nous parlons dans les deux cas la langue du colonisateur mental ( l’anglais des affaires ? ), nous sommes passé insensiblement d’une langue infantilisante ( " Papy-boom " ) à une langue fasciste : " SILVER ECONOMIE "

Nous sommes loin encore du nazisme qui faisait des humains vivants des blocs de savon, mais déjà la langue du " Quatrième Reich " se met en place imperturbablement, sans y toucher, par la bande, le sourire commerciale aux lèvres et le sentiment de l’impunité en bandoulière. Tout ça à la vue de tous et de toutes. Sans se cacher.

Car après l’humiliation des femmes et des hommes qui auront vécu sur cette planète à l’aube du XXI° siècle, sous le boisseau mental de l’idéologie de la déchéance néolibérale : " Qui n’est plus productif et rentable est dans la faute " et les milliards dépensés dans des campagnes de propagande médiatique de culpabilisation du sujet - afin que celui-ci s’auto-haïsse et s’auto-annihile rapidement - il ne manquera sans doute pas demain une situation politique particulière qui comblera l’écart entre le discours présent et les actes potentiels que celui-ci déguise encore sous le langage commercialisant.

C’est bien évidemment le Thachérisme en acte qui se poursuit dans les campagnes d’humiliation populaire hebdomadaire, ou qui subitement pue dans la bouche de Madame Delaunay ( PS ) sans que l’on sache vraiment si cette personne se rend compte vraiment de la monstruosité qu’elle professe avec grande excitation.

C’est cette pensée néolibérale intégriste profondément malade, qui s’instille quotidiennement dans les têtes afin de bien marteler à qui veut ne pas encore l’entendre, qu’il n’ y a plus de société humaine, plus de communauté nationale, plus de fraternité ni de sororité, plus rien du tout qui permette les solidarités humaines collectives. Le Thatchérisme en acte, c’est de la politique enregistrée subliminalement dans les crânes :

" Vous êtes un déchet humain, démerdez-vous maintenant, vous n’êtes plus qu’un rat, un pauvre rat errant dans un laboratoire politique mondial initié par Friedrich Hayek et Milton Friedman :

Nous ne nous vous exterminerons pas tout de suite car nous savons comment vous saurez le faire par vous même, dans un temps record. Cela commence par des campagnes d’humiliations populaires, du cinéma de merde, des livres de merde, une télévision poubelle de masse à cécité planétaire de merde, de la bouffe de merde, une sollicitation commerciale de chaque instant, une dénaturation commerciale de vous -même permanente, l’idée que vous n’êtes plus qu’un tube où des choses entrent et sortent indéfiniment, voilà la musique que nous inventons pour vous, rien que pour vous, car vous l’avalez bien, une musique lancinante qui s’instille en vous, lentement mais sûrement : " SUICIDEZ- VOUS ! "

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans Politique
commenter cet article

commentaires

Ida 04/05/2014 14:53

Certes ! Si le billet est tout à fait éclairant , le commentaire est absolument remarquable !
Heureusement nous avons la vie chevillée au corps et on sous-estime notre résistance !
Alors ...RESISTANCE plus que jamais

  • : Le blog de Bernard Gensane
  • Le blog de Bernard Gensane
  • : Culture, politique, tranches de vie
  • Contact

Recherche