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5 avril 2014 6 05 /04 /avril /2014 06:16

Je fais partie de ceux qui, dans les années quatre-vingt, trouvaient horripilant le côté m’as-tu-vu de Ségolène Royal. Lorsque Mitterrand était en déplacement officiel ou semi-officiel, Ségolène – tout comme Jack (Lang) et Pascal (Sevran) – jouaient des coudes pour être dans le soleil du Prince, ou dans son ombre portée. C’était puéril, mais moins ridicule que de débarquer à la garden-party de l’Élysée avec des fromages de chèvre du Poitou, ou encore, de convoquer les photographes de Paris-Match dans une chambre de maternité. À l’ENA, personne n’avait appris à Ségolène Royal que, depuis soixante ans, toutes les photos et tous les articles de Paris-Match mentent, au même titre, d’ailleurs, que toutes les images de tous les films de Claude Lelouch (mais ceci est un autre débat).

 

La seule excuse que j’accordais à l’étoile montante du PS, c’est que, tout comme Madame Soleil ou encore Harlem Désir, elle avait un nom authentique impossible à porter.

 

Vers 1997-98, j’eus l’occasion, non pas de corriger mais de relativiser ma vision de cet aspect de la personnalité du ministre délégué à l’Enseignement scolaire.

 

Une de mes collègues de l’Université de Poitiers, mairesse de Saint-Romans-les-Melle (le fief – comme on dit dans notre bonne République – de Ségolène), devait être décorée de l’Ordre National du Mérite par son amie ministre dans la salle des fêtes du village. La cérémonie se déroula dans les meilleures conditions. Très chaleureuse, la population avait massivement répondu à l’invitation, et l’observateur extérieur que j’étais, put vérifier à quel point Ségolène Royal, comme ma collègue, était fortement appréciées dans leurs activités de femmes politiques de terrain.

 

 

Une quinzaine de minutes après avoir prononcé son allocution, Ségolène Royal prit congé de l’assemblée. Pour ma part, je quittai les lieux quelques minutes après l’élue des Deux-Sèvres. Je fus alors témoin d’une scène à laquelle je ne m’attendais pas du tout. Ségolène était en grande conversation avec une poignée d’enfants de trois à cinq ans. Il n’y avait pas un photographe, pas une chaîne de télévision à des kilomètres à la ronde. Elle prenait sur son temps privé (nous étions un samedi après-midi) pour discuter gentiment, longuement, “ pour rien ”, avec des enfants qui ne savaient même pas qui elle était. Elle y prenait à l’évidence un très grand plaisir. À part moi, cette scène n’avait aucun témoin.

 

Lorsqu’elle eut fini de discuter, et après qu’elle eut embrassé les gosses, je me présentai à elle et je m’excusai de rompre le charme en lui disant simplement ceci : « vous ne pouvez gagner aucune élection nationale contre ou sans les enseignants. Votre, notre, ministre nous humilie. Cela se payera forcément. » Je ne savais pas que l'adipeux dégraisseur de mammouth l’humiliait elle aussi. Ségolène Royal ne me répondit pas. Je ne m’attendais évidemment pas à ce qu’elle engage un dialogue sur ce sujet épineux avec quelqu’un qu’elle ne connaissait pas.

 

Cela ne m’empêcha pas de garder un souvenir ému de ces quelques minutes passées en sa compagnie sous les arbres de la place de Saint-Romans-les-Melle.

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Published by Bernard Gensane - dans Tranches de vie
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commentaires

Adario 06/04/2014 09:45

Cher Lyonnais, brisons là, voulez-vous (et puis j'ai l'impression d'encombrer ce blog et la patience de son hôte) ? Il est vraisemblable que l'un et l'autre n'ayons entamé ce dialogue dit "de sourds" et c'est bien connu : "il n'y a pire sourd que celui qui ne veut pas entendre"... et j'ai tendance, tout comme vous ??? à être "dur de la feuille".

Adario 05/04/2014 19:33

@Lyonnais : ma réponse était trop longue et j'aurais certainement dû expliciter la question que je posais : "Sait-on ce qu'elle lui a coûté moralement ?" Comme vous, à l'époque, j'avais trouvé que Ségolène Royal aurait dû faire au moins des excuses pour son intervention dans cette affaire qui (et vous ne pouvez pas savoir à quel point) m'avait touché et me touche encore...

Quant à trouver ma "remarque totalement indécente au vu des différentes péripéties de l'affaire ! " que j'ai suivie, vraisemblablement avec autant de surprise blessée que vous, je vous laisse juge et libre de votre assertion.

Lyonnais 05/04/2014 20:36

Je maintiens mon assertion car un homme a été acculé au suicide par une politique qui n'a vu que le profit qu'elle pouvait tirer pour sa carrière en exploitant cette affaire et je trouve effectivement indécent de s'affliger de son coût moral pour Ségolène.

Adario 05/04/2014 11:50

Cela faisait un moment que je n'avais pu faire une visite... Obligation de rattraper le retard. Je vois que vous êtes dans votre vie lyonnaise et vous y souhaite de multiples satisfactions. Face à la répétition du quotidien, je vous envie votre changement - inconstance du genre humain qui n'est jamais content de son sort !

Ah ! Ségolène Royal. Merci à vous d'essayer de lui donner en quelque sorte un coup de main car à peine avions-nous appris sa nomination que le déchaînement commence. Merci à Michèle qui, en quelques phrases, a résumé ce qu'il fallait résumer. Il est à parier que, parce que c'est elle, les peaux de banane vont encore être plus nombreuses et plus féroces. L'affaire Bernard Hanse ? Sait-on ce qu'elle lui a coûté moralement ? Revoir le beau film de Cayatte "Les Risques du métier" avec Brel (issu comme S. Royal d'une famille catho, élevé catho, scout).
Détail pour le "coté catho" dont, en effet, on se remet difficilement. Le propre oncle de S. Royal, militaire comme son Papa qui avait laissé sa femme avec 8 enfants, débrouille-toi bobonne) détestait sa nièce qui, à ses yeux, avait "viré sa cuti" et n'était pas le dernier à la critiquer, au lieu d'analyser la conduite du frérot !! Et pour "la famille déchirée" ce n'est tout de même pas Ségolène qui s'est fait la malle... et qui a provoqué la "déchirure".

Quant à la carrière politique, je me permets de faire remarquer que certaines de ses idées ont tout de même été quelque peu reprises... Mais elle reste la méchante, l'autoritaire, l'idiote, la "bécasse", l'ambitieuse, enfin celle qu'il faut abattre à n'importe quel prix. TSSR (TOUT SAUF SEGOLENE ROYAL). Vivement 2017 qu'un Sarkozy revienne et, par ordonnances, se fasse donner encore plus de pouvoirs. Enfin UN CHEF !

Je ne sais pourquoi, S. Royal me fait penser à une certaine Flora Tristan qu'on a, de son vivant, vilipendée, et qui - mais la distance, le temps écoulé c'est pratique et ça ne peut plus faire de vagues, ça ne gêne plus - se révèle une personnalité hors du commun.

Lyonnais 05/04/2014 16:25

"manifester" et non "manifesté" !

Lyonnais 05/04/2014 16:22

"L'affaire Bernard Hanse ? Sait-on ce qu'elle lui a coûté moralement ? "
Dites, vous ne trouvez pas que vous inversez les rôles ?
Personnellement je trouve cette remarque totalement indécente au vu des différentes péripéties de l'affaire !
Je ne crois pas avoir entendu Madame Ségolène Royal manifesté le moindre regret dans cette affaire et son abattement moral n'a jamais perturbé sa course au pouvoir ni ne l'a empêchée de dire des énormités sur les horaires des enseignants durant sa campagne électoral de 2007 !

Gensane 05/04/2014 08:58

@ Lyonnais. Bien sûr, et c'est son côté enfance profondément catho, fille d'officier réactionnaire, famille déchirée. Ce qu'elle a reproduit avec François (la famille déchirée).

Lyonnais 05/04/2014 08:47

Hélas, il y aussi ce côté noir du personnage :

http://bernardhanse.canalblog.com/

Directeur d'école à l’époque, je me souviens des circulaires et des dégâts qu'elles ont pu causer...

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