Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 mai 2014 2 13 /05 /mai /2014 05:41

 

 

Dylan enregistre Highway 61 Revisited (qui comporte l’immense succès “ Like a Rolling Stone ”) et Blonde on Blonde, deux chef-d’œuvres. La Highway 61 est l’autoroute qui va de la Nouvelle Orléans à la frontière canadienne, en passant par Duluth, la ville natale du chanteur. Elle symbolise le mouvement, le rêve, la liberté.

 

“ Ballad of a Thin Man ” est l’une des chansons les plus fortes, les plus connotantes que Dylan ait écrite :

 

Well, you walk into the room like a camel, and then you frown

You put your eyes in your pocket and your nose on the ground

There ought to be a law against you comin' around

You should be made to wear earphones

'Cause something is happening and you don't know what it is

Do you, Mr. Jones?

 

Tu pénètres dans la pièce comme un chameau et tu fronces les sourcils

Tu mets tes yeux dans ta poche et ton nez sur le sol

Il devrait y avoir une loi pour t’empêcher de traîner par ici

On devrait t’obliger à porter des écouteurs

Parce qu’il se passe quelque chose et tu ne sais pas ce que sais

N’est-ce pas, Mr. Jones ?

 

On peut lire cette chanson comme la mise à mort de l’intellectuel libéral, lâche et crédule. La question « Do you, Mr. Jones ? » est froide et sournoise. Jamais Dylan n’a autant méprisé certains de ses prochains. Dylan, lui-même a donné une analyse beaucoup plus prosaïque de cette chanson :

 

« C'est un ramasseur de balles. Il porte aussi des bretelles. C'est une vraie personne. Vous le connaissez, mais pas sous ce nom... Je l'ai vu entrer dans la chambre, un soir, et il ressemblait à un chameau. Il a commencé à ranger ses yeux dans sa poche. Je lui ai demandé qui il était et il a dit "C'est Mr. Jones". Alors j'ai demandé à ce chat "Il ne fait rien d'autre que ranger ses yeux dans sa poche ?" Et il m'a dit : "Il met son nez par terre". Tout est là, c'est une histoire vraie ».

 

« C'est un ramasseur de balles. Il porte aussi des bretelles. C'est une vraie personne. Vous le connaissez, mais pas sous ce nom... Je l'ai vu entrer dans la chambre, un soir, et il ressemblait à un chameau. Il a commencé à ranger ses yeux dans sa poche. Je lui ai demandé qui il était et il a dit "C'est Mr. Jones". Alors j'ai demandé à ce chat "Il ne fait rien d'autre que ranger ses yeux dans sa poche ?" Et il m'a dit : "Il met son nez par terre". Tout est là, c'est une histoire vraie ».

 

Le Jones en question est peut-être le Rolling Stone Brian Jones au moment de sa déchéance, qui ne comprenait plus ce qui lui arrivait. Dylan met peut-être aussi en scène certains fantasmes homosexuels. Les symboles phalliques sont nombreux : « il te tend un os », « un crayon à la main », « un nain borgne », « avaleur de sabres », « il te rend ta gorge », « Ah, l'avaleur de sabres, il s'avance vers toi / puis il s'agenouille », « Voilà, je te rends ta gorge, merci de me l'avoir prêtée », « Donne-moi du lait ou rentre chez toi ».

 

Les États-Unis sont en guerre : Vietnam, émeutes raciales. Dylan ne fait rien pour apaiser les tensions : il agresse, désempare et égare ses admirateurs en leur offrant des visions délirantes. Dans “ Tombstone Blues ” :

 

The ghost of Bell Star

She hands down her wits

To Jezebel the nun

She violently knits

A bald wig for Jack the Ripper

Who sits

At the head of the chamber of commerce.

 

Le fantôme de Belle Star

Transmet ses pouvoirs

À Jezebel la nonne

Elle tricote violemment

Une perruque pour Jacques l’Éventreur

Qui préside

La Chambre de Commerce

 

“ Desolation Row ” est une histoire à dormir debout, une Apocalypse de tous les jours :

 

Now the moon is almost hidden

The stars are beginning to hide

The fortunetelling lady

Has even taken all her things inside

All except for Cain and Abel

And the hunchback of Notre Dame

Everybody is making love

Or else expecting rain

And the Good Samaritan, he's dressing

He's getting ready for the show

He's going to the carnival tonight

On Desolation Row

 

[…]

 

Einstein, disguised as Robin Hood

With his memories in a trunk

Passed this way an hour ago

With his friend, a jealous monk

He looked so immaculately frightful

As he bummed a cigarette

Then he went off sniffing drainpipes

And reciting the alphabet

Now you would not think to look at him

But he was famous long ago

For playing the electric violin

On Desolation Row

 

Maintenant la lune est presque cachée,

Les étoiles commencent à se cacher

La diseuse de bonne aventure

A même remballé toutes ses affaires

Tous à l'exception de Cain et Abel

Et du bossu de Notre-Dame,

Tout le monde fait l'amour

Ou encore attend la pluie

Et le Bon Samaritain, il s'habille

Il se prépare pour le spectacle

Il va au carnaval ce soir

Dans l'Allée de la Désolation

 

[…]

 

Einstein déguisé en Robin des Bois

Avec ses souvenirs dans une malle

Est passé par ici il y a une heure,

Avec son ami, un moine jaloux

Il avait un air si immaculément effroyable,

Comme il mendiait une cigarette

Puis il alla renifler les gouttières

Et réciter l'alphabet

Aujourd’hui il ne vous viendrait pas à l’idée de le regarder,

Mais il fut célèbre autrefois,

Comme joueur de violon électrique

Dans l'Allée de la Désolation

 

 

 

 

“ Rainy Day Women # 12& 35 ” est la première chanson de Blonde on Blonde. Il s’agit d’un pamphlet politique vu sous l’angle de la drogue. Dylan relate la vie d’une femme noire persécutée par les Blancs. Il joue sur l’expression “ To get stoned ” qui signifie à la fois être lapidé et être drogue, bien qu’il se soit jamais défendu d’avoir jamais écrit une chanson sur la drogue :

 

Well, they'll stone you when you're walkin' along the streets

They'll stone you when you're tryna keep your seat

They'll stone you when you're walkin' on the floor

They'll stone you when you're walkin' to the door

 

 

[…]

 

They'll stone you and then say they all are brave


They'll stone you when you're set down in your grave

Everybody must get stoned

 

 

Ils te lapideront quand tu marcheras dans la rue

Ils te lapideront quand tu essaieras de garder ton siège

Ils te lapideront quand tu marcheras sur le sol

Ils te lapideront quand tu iras jusqu’à la porte

Ils te lapideront puis diront que tu es brave

Ils te lapideront quand tu seras dans ta tombe

Tout le monde doit être lapidé

 

Une bonne partie de la jeunesse occidentale entendit le message douloureux du poète, ses certitudes, ses convictions, ses interrogations. Cet apôtre de la guerre du langage ne pouvait qu’effaroucher l’Amérique raisonnable et conformiste. Prophète romantique pour les uns, juif drogué et gauchiste pour les autres, Dylan se vit submergé par le torrent de passions qu’il avait fortement contribué à déclencher. Alors, il s’effaça de la scène et se retira dans sa ferme de … Woddstock. Il accomplit un retour vers les choses simples pour rentrer de nouveau dans sa peau. Il dépassionna la foule de ses admirateurs, cessa d’être l’icône qu’il avait été quatre ans durant. Lorsqu’en 1968 il eut achevé cette reconversion existentielle, il revint sous les traits d’un nouveau Robert Zimmerman.

 

L’idole mythique avait vécu. L’homme ressuscitait.

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article

commentaires

  • : Le blog de Bernard Gensane
  • Le blog de Bernard Gensane
  • : Culture, politique, tranches de vie
  • Contact

Recherche