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23 mai 2014 5 23 /05 /mai /2014 05:12

 

La sortie de John Wesley Harding en décembre 1967, après deux ans de retraite, provoqua surprise et désenchantement. Dylan abandonne l’électricité et revient à des racines plus folk. Son écriture est très dépouillée, loin de la profusion surréaliste. Ce, au moment où les grands groupes de l’époque produisent des disques d’une grande complexité : Their Satanic Majestic Request (Rolling Stones), Smiley Smile (Beach Boys), Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band (Beatles). Dylan fait des enfants, se plonge dans la Bible (le disque comporte des dizaines d’allusions bibliques). John Wesley Hardin fut un célèbre hors-la-loi texan, mais l'acronyme JWH fait aussi penser à Yaweh.

 

“ All Along the Watchtower ” renvoie au Livre d’Ésaïe : 

 

« Elle vit de la cavalerie, des cavaliers deux à deux, des cavaliers sur des ânes, des cavaliers sur des chameaux ; et elle était attentive, très attentive.

8 Puis elle s’écria, comme un lion : Seigneur, je me tiens sur la tour toute la journée, et je suis à mon poste toutes les nuits ;

9 et voici, il vient de la cavalerie, des cavaliers deux à deux ! Elle prit encore la parole, et dit : Elle est tombée, elle est tombée, Babylone, et toutes les images de ses dieux sont brisées par terre ! »

 

 

All along the watchtower, princes kept the view

While all the women came and went, barefoot servants, too.

 

Outside in the distance a wildcat did growl

Two riders were approaching, the wind began to howl.

 

 

Tout au long de la tour de guet, les princes ne cessaient de surveiller

Tandis que toutes les femmes allaient et venaient, des serviteurs aux pieds nus, aussi.

 

Dehors au loin un chat sauvage grogna,

Deux cavaliers approchaient, le vent commença à hurler.

 

Le texte est dense et beau, avec pourtant une faute de style d’autant plus inattendue qu’elle figure dans le titre de la chanson : en anglais comme en français, one ne saurait se situer « le long » d’une tour.

Avec JWH, en tout cas, Dylan renoue avec la tradition de la balade anglaise et la “ country and western ”. Le disque indique une rupture réelle avec le passé et symbolise l’Utopie révélée. La tendresse vis-à-vis des femmes prend le pas sur l’insatisfaction, comme dans “ I’ll Be Your Baby Tonight ” :

 

Close your eyes, close the door

You don’t have to worry anymore

I’ll be your baby tonight

 

Ferme les yeux ferme la porte

Tu n’as plus à te soucier de rien

Je vais t’aimer ce soir

 

 

La solidarité à l’égard des déclassés est toujours présente : bannis, voleurs, immigrants, martyrs :

 

John Wesley Harding

Was a friend to the poor,

He trav'led with a gun in ev'ry hand.

All along this countryside,

He opened a many a door,

But he was never known

To hurt an honest man.

 

[…]

 

He was never known

To make a foolish move.

 

John Wesley Harding

Était l’ami des pauvres,

Il voyageait avec un fusil dans chaque main.

Dans tout le pays

Il a ouvert bien des portes,

Mais jamais on n’a pu dire

Qu’il avait blessé un honnête homme.

 

[…]

 

Jamais on ne le vit faire

Un geste déplacé

 

Dans “ The Ballad of Frankie Lee and Judas Priest ”, on découvre un fabuliste philosophe qui, au travers d’une morale pleine de bon sens, fait la part entre l’illusion céleste et la vérité terrestre :

 

Well, the moral of the story,

The moral of this song,

Is simply that one should never be

Where one does not belong.

So when you see your neighbor carryin' somethin',

Help him with his load,

And don't go mistaking Paradise

For that home across the road.

 

La morale de cette histoire,

La morale de cette chanson,

C'est simplement qu’on ne devrait jamais être

Là où on n’est pas à notre place.

Alors quand tu verras un voisin

Porter quelque chose,

Soulage-le de sa charge,

Et ne crois pas que le paradis

Cette maison de l'autre côté de la route

 

 

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Published by Bernard Gensane - dans culture
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