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22 mai 2014 4 22 /05 /mai /2014 05:32

Assassinat : meurtre commis avec préméditation

 

Depuis juin 2013, les chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne ont donné mandat à la Commission pour négocier dans la plus grande discrétion avec les États-Unis un accord en vue de créer le plus grand marché du monde (50% du PIB mondial). Cet accord a plusieurs noms (TAFTA, TTIP, PTCI). En anglais comme en français, la dénomination de cet accord est très avenante : « accord » ou « partenariat ».

 

Point besoin d’être un grand clerc politique pour observer que les Etats-Unis et l’Europe ne négocient pas dans la même perspective. Pour l’exécutif européen, il s’agit, comme de bien entendu, de pousser toujours plus avant la logique de la domination de la finance et des grandes entreprises. Pour les Etats-Unis, il s’agit de contrebalancer l’influence économique chinoise et, accessoirement, des autres grandes puissances émergentes (Inde, Brésil).

 

Les deux objectifs principaux de cet accord de libre-échange sont de démanteler les droits de douane (aujourd’hui inférieurs à 3%), mais surtout de faire sauter un maximum de normes et de régulation favorables aux citoyens consommateurs.

 

 

Jamais les peuples européens (ni le peuple étasunien) n’ont été consultés sur la nécessité de ces bouleversements. Pour ne citer qu’elle, la représentation nationale française a été soigneusement tenue à l’écart des négociations, auxquelles sont en revanche associés des experts non élus et des représentants de groupes de pression et d’intérêt (lobbyistes), comme ceux de l’armement, de l’industrie pharmaceutiques ou de l’agroalimentaire.

 

À l’intérieur même de l’Union européenne, les visées ne sont pas les mêmes. Le Royaume-Uni, en tant que pays des milliardaires, veut favoriser la Bourse et les banques de Londres. L’Allemagne vise de nouveaux marchés privés aux États-Unis. La France s’intéresse aux marchés publics étasuniens.

 

La suppression des droits de douane dans l’agriculture (aujourd’hui 12%) impliquerait la disparition de la paysannerie telle que nous la connaissons au profit des fermes usines chères au patron de la FNSEA, Xavier Beulin, qui préside, à titre personnel, aux destinées d’un conglomérat de 7 milliards d’euros et que nos braves paysans ont réélu à une écrasante majorité en avril dernier. Pauvres paysans dont les poulets au grain seront balayés par les carcasses chlorées d’outre-Atlantique…

 

Un objectif capital de ce partenariat est d’abolir un maximum de barrières non tarifaires, en d’autres termes de réduire à peau de chagrin tout ce qui protège encore un peu le consommateur et le citoyen face aux diktats des marchandises. Seront mis à mal les réglementations sanitaires, le droit du travail, les appellations protégées. Place aux délocalisations compétitives et au dumping social et fiscal (ne jamais oublier que le premier sens de « dumping » est « mettre à la décharge ». Place à la marchandisation de ce qui ne l’est pas encore tout à fait : éducation, culture, santé.

 

Les négociateurs promettent un gain de 0,5% de croissance annuelle et la création de 400 000 emplois en 2027. Nous n’en sommes plus aux promesses mirifiques de Jacques Delors dans les années 80, avec ces 2% de croissance annuelle et ses 15 millions d’emplois impulsés par la création de l’euro.

 

Plus grave, peut-être, les interdictions d’exploiter (le gaz de schiste, par exemple) pourront faire l’objet de recours devant des tribunaux ad hoc, des cours arbitrales, comme celle qui a accordé des centaines de millions d’euros à Bernard Tapie. Une décision démocratique d’un premier pays pourra ainsi être contestée dans un second pays par une entreprise d’un troisième pays. Ce type de démarche a cours depuis plusieurs années. Des entreprises européennes ont engagé des poursuites contre l’État égyptien pour faire baisser le salaire minimum ou, au Pérou, contre la limitation des émissions toxiques.

 

Philip Morris a attaqué l’Australie pour sa législation anti-tabac, au nom de la propriété intellectuelle (sic !), après avoir été débouté par la Cour suprême du pays. Et tant pis pour les 15 000 Australiens qui meurent chaque année par la nicotine. La société suédoise de production et de distribution d’électricité Vattenfall – qui appartient à l’État – a attaqué l’Allemagne suite à sa décision de fermer deux centrales nucléaires après la catastrophe de Fukushima. Avec d’autres consortiums, elle réclame 15 milliards d’Euros de dommages et intérêts au pays d’Angela Merkel.

 

En d’autres termes, le politique, donc la démocratie seront entièrement soumis aux exigences du commercial. Le sort de l’humanité ne se jouera plus dans les urnes, dans les assemblées populaires, mais dans des tribunaux arbitraux.

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Published by Bernard Gensane - dans Politique
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commentaires

jh 22/05/2014 08:18

Bonjour

Bien que je me sente proche du Front de gauche (qui n'a pas pour autant de réponse) pas plus que l'UPR qui pense que l'article 50 résoudra tout (mais il leur faudrait plus de 50% des suffrages exprimés!),
je crois que ce que qui est écrit dans les trois liens qui suivent pourrait nous donner la marche à suivre:
http://www.homme-moderne.org/textes/classics/ereclus/jgrave.html
http://www.homme-moderne.org/textes/classics/mirbeau/greve.html
http://classiques.uqac.ca/classiques/weil_simone/Ecrits_de_Londres/ecrits_de_londres.pdf (pages 111 à 129)

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