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18 mai 2014 7 18 /05 /mai /2014 05:23

J’ai eu l’idée d’écrire cette nouvelle (petite) série en découvrant que la plaisanterie suivante courait, au XIXème siècle, sur Auguste Thiers : « les trois moitiés de Thiers ». Hé oui, l’Élysée n’a pas attendu les tumultes de la vie personnelle de François Hollande (le troisième président célibataire de l’histoire de la République) pour connaître des frasques diverses et variées. Et je pose que ces écarts, ces divertissements nous renseignent sur ce qu’est le pouvoir.

 

Je suis remonté jusqu’à Louis-Napoléon Bonaparte, d’abord célib de choc, et je m’arrêterai à Yvonne De Gaulle, dont la ligne de vie fut d’une rectitude absolue et qui termina ses vieux jours dans une institution religieuse.

 

Charles-Louis-Napoléon Bonaparte est né en 1808. À la chute de l’Empire, il vit en exil, à Rome en particulier, où il sympathise avec les indépendantistes. À deux reprises, en 1835 et 1840, il tente de revenir en France. Il est condamné à la prison à perpétuité et est incarcéré au Fort de Ham en Picardie.

 

En 1835, Louis-Napoléon Bonaparte avait été fiancé à la princesse Mathilde, une de ses cousines, âgée de 15 ans. Ces fiançailles firent long feu car la famille de Mathilde était très gênée par le passé Carbonaro de Louis-Napoléon et par ses revenus inexistants.

 

En prison, il écrit un ouvrage de gauche – quoique teinté de tendances despotiques, De l’extinction du paupérisme. Quand j’étais lycéen, en Picardie, justement, la vanne qui nous faisait toujours rire était : « De l’extinction du paupérisme après 22 heures 30 ». Le 25 mai 1846, il s’évade déguisé en ouvrier et s’installe à Londres. À l’occasion de la révolution de 1848, il parvient à revenir légalement en France. Il est élu à l’Assemblée.

 

Après la promulgation de la constitution de la IIème République, il est candidat à une élection présidentielle qu’il remporte avec 75% des voix. Il entre en conflit avec une assemblée à majorité royaliste. Il se tient tout d’abord du côté des conservateurs catholiques. Ainsi, il ne s’oppose pas à la loi Falloux qui favorise l’enseignement confessionnel.

 

Dans la nuit du 1er au 2 décembre 1851, un décret dissout l'Assemblée nationale et rétablit le suffrage universel, mis à mal par une loi du 31 mai 1850. Le coup d'État est approuvé et le plébiscite sur les nouvelles institutions reçoit une majorité d'avis favorables.

 

Pour ne pas choquer son électorat catholique, Louis-Napo prend bien soin de ne pas installer sa maîtresse en titre au palais de l’Élysée. Fille d’un cordonnier de Brighton, Miss Harriet Howard avait rencontré Louis-Napo lors des premiers temps difficiles de son exil à Londres. Louis-Napo emmena avec lui ses deux fils (Alexandre Louis Eugène et Louis Ernest Alexandre) nés d'une liaison avec la lingère de la prison de de Ham). Ses deux fils furent élevés avec Martin, le fils de Miss Howard. Ayant hérité sa fortune d'un amant richisssime, elle l’avait, n’ayons pas peur des mots, entretenu. Elle paya également les frais de sa campagne pour les législatives, puis ceux de son coup d’État.

 

 

À la suite du coup d’État, puis du plébiscite, Louis-Napo se chercha une femme noble et « neuve », et donc il écarta Harriet. Il porta son dévolu sur l’espagnole Eugénie de Montijo et combla Harriet de cadeaux et lui accorda le titre de comtesse de Beauregard. Après six mois de mariage avec Eugénie, il renoua avec elle. Sa femme, qui n’était pas trop porté sur le sexe,  lui interdit de la voir s’il voulait un héritier. Eugénie, dont les précepteurs avaient été Stendhal et Mérimée (tout de même !) mourut en 1920 à 94 ans.

 

Louis-Napo eut d’autres aventures : des danseuses, des femmes du monde qui s’installaient à l’Élysée, pour quelques heures, quelques jours, quelques semaines. Lors de sa période londonienne, Louis-Napo avait eu une brève liaison avec Rachel, la grande tragédienne suissesse juive.

 

Malheureusement, à partir de 1864, son état de santé se dégrada. Il fit une crise cardiaque, une nuit chez sa dernière maîtresse, la comédienne Marguerite Bellanger. Elle s’appelait Lebœuf comme tout le monde, mais elle inspira Manet pour son “ Olympia ” et donna un fils à l'empereur. Le musée Carnavalet possède un très joli buste d'elle en terre cuite. Louis-Napo souffrit également de rhumatismes, de la goutte, de crises hémorroïdaires, de divers calculs et vraisemblablement d’un cancer à la vessie. Il mourut en exil en Angleterre. 60 000 personnes défilèrent devant sa dépouille. Sa femme lui fit construire un mausolée à Farnborough, où il repose avec elle et leur fils unique le prince Louis Napoléon, engagé volontaire dans l'armée britannique (contre l'assentiment de la reine Victoria) et tué à 23 ans par des Zoulous lors de la guerre anglo-zouloue.

 

Bref, le neveu de Napoléon ne s’ennuya pas.

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Published by Bernard Gensane - dans culture
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BM 19/05/2014 07:09

Quel destin... Napoléon III aura donc échappé aux Bonapartes par les deux bouts : sa naissance douteuse, et la mort de son fils sous uniforme anglais !

Dommage que ce destin se soit écrit aux dépens de la France et du peuple Français, du coup d'état à la défaite. Les tentatives récentes de "réhabiliter" Napoléon III ont hélas été couronnées de succès, ce qui en dit long sur l'état actuel de notre "démocratie" : du parvis de la Gare du Nord "rebaptisé" par Philippe Séguin, jusqu'à la récente biographie tout aussi érudite que confite en dévotion d'un professeur à la Sorbonne.

Mais cela est-il tellement surprenant ? Après tout, nous avons renoué avec une certaine forme de bonapartisme institutionnel depuis 1958... Personne ne lit plus "Le Coup d'état permanent", à cause des trahisons ultérieures de son auteur ; c'est bien dommage.

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