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27 mai 2014 2 27 /05 /mai /2014 05:23

Un de mes amis vient de faire un voyage banal dans le centre de notre beau pays. Prendre le train, aujourd'hui, c'est ce qu'il narre. Tout récemment un de mes proches a perdu trois heures dans le TGV Perpignan-Lyon parce qu'une porte de cette merveille de technique (et non de technologie comme on dit désormais en français neuneu) refusait obstinément de se fermer.

 

Une petite remarque avant de laisser la parole à mon téméraire ami : on ne dit plus “ La SNCF ” mais “ SNCF ”. Comme Air France. Comme invention (on imagine une commission de huit énarques et de sept ingénieurs des Ponts et Chaussées se triturant les neurones), c'est du niveau de débilité des trains trop larges. Il doit y avoir quelque chose de sexuel à propos de ces machins qui ne rentrent plus dans les trucs.

 

 

C'était en avril : le chemin de fer devait nous emmener à Clermont-Ferrand, un voyage qui fut une véritable aventure. L'itinéraire prévu était le suivant : un omnibus de Tours à Moulins, via Bourges et Nevers, correspondance à Moulins pour Clermont-Ferrand.

 

Tout se passa très bien dans le taxi qui nous conduisit en temps voulu à la gare, où nous montâmes dans le compartiment de l'unique wagon de première classe (on verra plus tard l'intérêt de ce détail), en tête de notre train.

 

L'heure du départ étant imminente, la première annonce fut hurlée et mâchouillée, qui éveilla cependant en nous une humeur joyeuse, mais suscita bientôt quelque inquiétude :

 

"Bienvenue … bla-bla-bla … Nous vous rappelons … bla-bla-bla … compostés. Le départ de notre T.E.R. xxx à destination de Bourges va partir (sic). Il desservira les gares de bla-bla-bla … bla-bla-bla …, terminus Bourges."

 

 

BOURGES ??!! Et Nevers ? Et Moulins ? Passées à la trappe ! Nous serions-nous trompés de train ? Mais, par bonheur, la S.N.C.F. fait bien les choses, ménageant tout de même un certain suspense, et notre inquiétude fut dissipée quelques minutes plus tard par une seconde annonce, un mâchouillement hurlé :

 

"Contrairement à ce qui a été annoncé, le terminus de notre T.E.R. n'est pas Bourges, mais Lyon. Il desservira les gares de bla-bla-bla … bla-bla-bla …, Bourges, bla-bla-bla …, Nevers, bla-bla-bla …, terminus Lyon."

 

Ouf ! Aucune erreur de notre fait ! Le plaisir du voyage envahit à nouveau nos poitrines téméraires, mais fut bref : une troisième annonce, un hurlement mâchouillé, nous laissa perplexes :

 

"Mesdames et Messieurs, ce train est composé de deux rames. Pour des raisons de sécurité, la rame de queue n'est pas accessible aux voyageurs. Les voyageurs ne disposant pas d'une place assise doivent donc rester dans la rame de tête."

 

Peu après, une quatrième annonce, moins hurlée mais plus mâchouillée, changea notre perplexité en malaise :

 

"Contrairement à ce qui a été annoncé, en raison de l'affluence de voyageurs, la rame de queue sera exceptionnellement accessible aux voyageurs. Les voyageurs ne disposant pas d'une place assise pourront se rendre dans celle-ci."

 

Peu avant Nevers, une cinquième annonce, hurlée sans mâchouillement, nous étourdit et nous contrarie passablement :

 

"Notre train changeant de sens à Nevers, pour des raisons de sécurité, les voyageurs assis dans la rame de queue devront descendre et se rendre dans la rame de tête."

 

Où est la tête ? Où est la queue ? Il y a de quoi perdre la tête ! Après quelques secondes de réflexion, nous comprenons qu'il nous faudra changer de rame à Nevers, mais en seconde classe. Horreur ! Et notre argent usurpé ! Les sandwiches ont du mal à passer.

 

Quelque temps plus tard, une sixième annonce, très hurlée, très mâchouillée, déclenche l'hilarité générale, mais aussi un grand soulagement :

 

"Contrairement à ce qui a été annoncé, en raison de l'affluence de voyageurs, les voyageurs assis dans la rame de queue peuvent rester dans cette rame. Nous informons les voyageurs descendant à bla-bla-bla et bla-bla-bla qu'ils devront être très prudents en descendant sur le ballast, car le train ne sera pas reçu à quai. (commode, avec les valises ! Heureusement, nous ne sommes pas concernés). Notre train arrivera en gare de Moulins avec 20 minutes de retard."

 

Nouvelle inquiétude : aurons-nous notre correspondance ? Inquiétude qu'une septième annonce, calme mais très hurlée transforme en angoisse :

 

"Notre T.E.R. va arriver en gare de Nevers. Correspondance pour bla-bla-bla … bla-bla-bla …, et Clermont-Ferrand."

 

Panique : nos billets indiquent bien la correspondance à Moulins et non à Clermont ! Renseignements pris sur le quai, nous voilà rassurés : il y a aussi une correspondance à Nevers, qui ne nous concerne pas. Comme la S.N.C.F. l'avait prévu, le train repart en sens inverse, et arrive à Moulins en temps voulu, c'est-à-dire avec le retard annoncé. Il faut se hâter, car notre train va bientôt arriver. Hâte inutile toutefois car, décidément, la S.N.C.F. fait bien les choses : une annonce sur le quai nous informe que, en raison de difficultés de mise en place, le T.G.V. xxx à destination de bla-bla-bla … aura 20 minutes de retard.

 

Notre T.G.V. arrive enfin avec le retard annoncé, et nous montons dans la voiture 11, impressionnante, style 1ère classe de Boeing 747, à la recherche de nos places réservées. Réservation obligatoire, bien entendu, une suave annonce ne manque pas de nous le rappeler au micro.

 

 

Impossible de trouver les places 32 et 34 ! Des voyageurs obligeants, nous voyant désemparés, sans aucun doute des habitués étant donné leur calme et leur assurance, nous apprennent en souriant que ces places n'existent pas, que c'est normal et que nous pouvons nous asseoir n'importe où. Aucun problème : il y a de la place. Deuxième annonce, sereine et veloutée :

 

"Notre T.G.V. xxx en direction de bla-bla-bla … bla-bla-bla … arrivera à Clermont-Ferrand avec 20 minutes de retard."

 

Nous arrivâmes effectivement à Clermont avec le retard exactement prévu. Décidément, la S.N.C.F. fait bien les choses. On nous attendait patiemment à la gare... Quel beau voyage ! Quelle aventure !

 

Nous avons compris le sens de "notre T.E.R.", "notre T.G.V." : la S.N.C.F. veut nous rendre aimables complices de son organisation…

 

P.S. : nous ignorons si les quais avaient reçu un coup de rabot avant notre passage dans les différentes gares, mais nous pensons que ce fut le cas car la S.N.C.F. fait toujours bien les choses.

 

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Published by Bernard Gensane - dans Tranches de vie
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gensane 08/08/2014 11:38

A fabulan68. merci, bonne lectures. Il y en a quelques milliers. Mais pas d'obligation...

fabulan68 08/08/2014 10:38

Je découvre vos articles ,c est drôle et riche d enseignement

jh 28/05/2014 07:17

Bonjour
Pour appréhender un peu mieux les dessous de la S.N.C.F., je joins le lien du site d'un ami qui a exploré le sujet...500 articles à ce jour.
http://la-brochure.over-blog.com/categorie-11326082.html

Lyonnais 27/05/2014 22:12

Dire que j'avais un oncle, chef de gare retraité, qui lorsqu'il entendait depuis sa maison passer les trains, nous disait en regardant sa montre s'ils avaient une ou deux minutes de retard..
Il est vrai qu'à l'époque c'était la vapeur qui dominait et on pouvait encore voir des cheminots dans les gares !

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