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11 juin 2014 3 11 /06 /juin /2014 05:42

Quel fut l’apport de Dylan durant ces riches années ?

 

En premier lieu, l’œuvre du chanteur se pose comme une synthèse habile du blues et de la musique traditionnelle blanche. Dylan a voulu intégrer le blues au patrimoine musical de son pays en l’utilisant comme un genre “ folk ” parmi d’autres. En greffant le blues comme un anticorps. La synthèse blues-folk et le transfert qu’opéra Dylan entre ces deux genres débouchèrent sur une vision du monde complexe, contradictoire. Dans ses folks “ bluesés ” et dans ses blues “ folklorisés ”, le créateur mit l’accent sur deux points importants : la culture, le “ way of life ” étasunien sont oppressifs et aliénants ; et pourtant personne n’y peut rien car la fatalité dans tout son déterminisme règle nos vies. Par certains côtés, Dylan justifia les espoirs délirants que de nombreux contestataires avaient mis en lui. Mais on peut voir aussi une bonne partie de son œuvre de l’époque comme lénifiante, voire récupératrice.

 

Dans “ A Hard Rain’s Gonna Fall ” (The Freewheeling Bob Dylan), Dylan projetait le présent dans l’avenir et l’on tressaillait à la vue d’images (objectives et subjectives) qui étaient à la fois des visions futuristes et des constats axés sur le présent.

 

 

Oh, where have you been, my blue-eyed son?

Oh, where have you been, my darling young one?

I've stumbled on the side of twelve misty mountains,

I've walked and I've crawled on six crooked highways,

I've stepped in the middle of seven sad forests,

I've been out in front of a dozen dead oceans,

I've been ten thousand miles in the mouth of a graveyard,

And it's a hard, and it's a hard, it's a hard, and it's a hard,

And it's a hard rain's a-gonna fall.

 

 

Où as-tu été, mon fils aux yeux bleus?

Où as-tu été, mon cher petit?

J'ai trébuché sur le bord de douze montagnes brumeuses,

J'ai marché et j’ai rampé sur six routes tordues,

J'ai marché au cœur de sept forêts tristes,

Je me suis retrouvé devant une douzaine d'océans morts,

J'ai marché dix mille miles dans la bouche d'un cimetière,

Et c'est une pluie torrentielle qui va tomber.

 

[…]

 

I saw a newborn baby with wild wolves all around it

I saw a highway of diamonds with nobody on it,

I saw a black branch with blood that kept drippin',

I saw a room full of men with their hammers a-bleedin',

I saw a white ladder all covered with water,

I saw ten thousand talkers whose tongues were all broken,

I saw guns and sharp swords in the hands of young children,

 

J'ai vu un nouveau né entouré de loups sauvages,

J'ai vu une route de diamants avec personne dessus,

J'ai vu une branche noire dégoulinante de sang,

J'ai vu une pièce pleine d'hommes avec leurs marteaux qui saignaient,

J'ai vu une échelle blanche toute couverte d'eau,

J'ai vus dix mille bavards dont la langue était brisée,

J'ai vu des fusils et des épées effilées dans la main de jeunes enfants

Le mélange d’onirisme et de réel était saisissant sans que l'on sache très bien où Dylan voulait nous emmener (l’échelle blanche couverte d’eau). La pluie torrentielle renvoyait-t-elle au danger nucléaire ou à l’image biblique d’un déluge qui noierait toutes les iniquités du monde ?

 

Autre chanson « engagée » : “ The Lonesome Death of Hattie Caroll ” (The Times they Are-a-Changing). Dans un bar (histoire vraie), un Blanc tue une serveuse noire qui ne lui avait pas amené son bourbon assez rapidement. Il sera condamné à six mois de prison. Dylan expose les faits froidement mais émaille sa chanson de détails larmoyants qui auraient fait pleurer les lecteurs de Harriet Beecher-Stowe : elle avait donné naissance à dix enfants, ne s’asseyait jamais à table.

 

On retiendra néanmoins le rôle de catalyseur, d’éveilleur de consciences de Dylan, même s’il fit l’objet de manipulations et de récupérations.

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