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5 août 2014 2 05 /08 /août /2014 05:03

Dans le fond, le mot « vacances » a quelque chose de péjoratif. Il date du XVIè siècle, avec le sens de « manque », sous-entendu de manque de foi. Puis, le terme fut réactivé dans le langage juridique, quand les tribunaux interrompent leurs travaux : « les vacances de la magistrature ». Enfin, au XVIIe siècle, vinrent les vacances scolaires, les grandes vacances. Et aussi la notion de repos, de cessation du travail ordinaire. Donc, éventuellement, de travailler autrement : « Mes vacances, c’est d’aller travailler ailleurs », disait Colette.

 

L’idée d’un temps accordé légalement aux travailleurs date de 1907. Il faudra attendre 1936 pour que des vacances, plus exactement des « congés » soient payés aux salariés.

 

Le mot « congé » fut, peut-être préféré au mot « vacances » par les législateurs du Front populaire car il impliquait une notion plus dynamique. Ce terme vient du vieux français cumgiet, qui vient lui-même du latin commeatus : « action ou permission de s’en aller ». Il y a beaucoup de volonté dans ce vocable : prendre congé, donner congé (à un locataire). Jusqu’à en mourir : « Sans trop d’impolitesse, je voudrais prendre congé de moi-même. Je me suis décidément assez vu » (Gide).

 

Aujourd’hui, gouvernement, patronat et médias dominants s’y entendent pour défaire tous les acquis (en fait : conquis) sociaux obtenus dans de longues et âpres luttes.

 

Des congés payés de deux semaines furent accordés par le patronat et le gouvernement du Front populaire en 1936. Ces deux semaines furent lâchées par peur de perdre bien plus. L’idée tout à fait révolutionnaire de congés payés commença à faire son chemin au début des années 1920. En 1926, la CGT revendiqua le droit aux loisirs pour tous, le droit d’être payé à ne rien faire. En mai 1936, deux millions de travailleurs sont en grève, revendiquant de meilleures conditions de travail, de meilleurs salaires. Pour la première fois dans l’histoire de France, le rapport de forces est clairement en faveur des travailleurs ; le patronat est amené à accepter des négociations au niveau national. Le 8 juin 1936, une négociation tripartite (gouvernement, la Confédération Générale du Patronat français et la CGT) débouchent sur des accords largement en faveur des travailleurs : généralisation des conventions collectives, création des délégués du personnel et augmentation de 12 % des salaires. Et aussi, ce que retiendra dans les faits la mémoire collective, la semaine des 40 heures et deux semaines de congés payés.

 

En 1956, le gouvernement Mollet fait voter une troisième semaine de congés payés. En 1969, dans la foulée de mai 68, une quatrième semaine est accordée par un gouvernement de droite. En 1982, le gouvernement Mauroy établit la durée des congés payés à cinq semaines.

 

 

Pas de vacances, des congés payés !

Chaque fois qu’il y eut progrès pour les travailleurs, dans ce domaine comme dans d’autres, le patronat et ses affidés annoncèrent des catastrophes économiques imminentes. Qui ne se produisirent jamais, comme on le sait. Aujourd’hui, la réaction prend prétexte de la « crise » (qui n’existe pas) pour empêcher tous nouveaux acquis sociaux, pour revenir sur les anciens, prétendument car la situation économique l’exigerait. Or les pays développés (sans parler des autres) n’ont jamais été aussi riches qu’aujourd’hui.

 

En 1936, le patronat obtient des contreparties. Il fait accepter aux travailleurs de nouvelles cadences de production par le biais de méthodes d'organisation du travail destinées à augmenter considérablement les rendements horaires pour, par exemple, faire tourner à plein régime l'industrie d'armement. Le travail à la chaîne, le taylorisme sont généralisés.

 

Durant les « Trente Glorieuses », la France connaît le plein emploi et une croissance industrielle soutenue. Cette période prendra fin au milieu des années 70, au prétexte du renchérissement du pétrole et d’autres matières premières. On parle désormais d’« austérité », de « rigueur ». En 1976-1977, le Premier ministre Raymond Barre met en œuvre deux plans. Il freine la hausse des salaires, gèle les prix à la consommation pour trois mois, augmente l’impôt sur le revenu (dingue pour un homme politique de droite !) ainsi que les prix de l’alcool et de l’essence. Barre a beau être (selon Giscard qui a toujours eu le sens des formules creuses) le « meilleur économiste de France », ni l’inflation ni le chômage ne sont jugulés.

 

L’inflation est finalement contenue par la gauche dans les années 1980. Mais la croissance ralentit et le chômage s’amplifie. Le niveau de vie s’améliore, mais de façon très modérée.

 

Depuis 2002, il est coutumier, pour ne pas dire quotidien, dans l’idéologie dominante, de ringardiser les luttes syndicales, de mettre en cause la représentativité des organisations, d’opposer les catégories professionnelles les unes contre les autres et de balancer des inepties du style : « les Français disposent de trop de vacances et vivent au-dessus de leurs moyens ». Ce qui est assurément vrai pour Mamie Zinzin et quelques autres.

 

Dans plusieurs pays européens, comme la Grèce ou le Portugal, la situation est pire que dans le nôtre. Les congés sont réduits, des droits sociaux sont supprimés. L’attaque contre les congés, les jours fériés, la banalisation du travail le dimanche, la nuit (merci la CFDT !), la généralisation des CDD, l’impossibilité d’entrer dans la vie active de manière normale, les attaques répétées contre la sécurité sociale sont inscrits durablement, et pas comme des expédients, dans l’idéologie et la pratique du capitalisme financier.

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Published by Bernard Gensane - dans Politique
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Gensane 05/08/2014 16:38

Sur Mediapart, La Parigote m'écrit ceci :

Oui... Tout est tourne autour d'une certaine conception "employeur" du travail ...

On est en "vacances" d'emploi. Alors qu'on est plutôt en période de "ressourcement".

Idem pour le mot "retraite" qui fait de l'humain qui vient de retrouver sa liberté quelqu'un qui est "retiré"... Déçu du marché de l'emploi.

En espagnol retraite se dit "jubilacion" …

Ce à quoi je lui réponds :
"jubilación", je n'y aurais pas pensé. Je savais que "retretes", en espagnol ne signifiait pas retraité. Et qu'un "ritratto virile" en italien n'était pas un retraité viril.

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