Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
6 juillet 2014 7 06 /07 /juillet /2014 05:22

Le premier homme. Le livre fut publié en 1994. Albert Camus l’avait écrit vers 1960. Il s'agissait d'une méditation sur son enfance de pauvre, d'orphelin de père dans l'Algérie du début du XXe siècle. Et également d'un hommage à son instituteur. Au temps où les “ hussards de la République ” pouvaient sauver des vies, être des “ anti-destins ”, comme disait Malraux.

 

 

« Les vacances aussi ramenaient Jacques à sa famille, du moins dans les premières années. Personne chez eux n'avait de congés, les hommes travaillaient sans répit, tout au long de l'année. Seul l'accident de travail, quand ils étaient employés par des entreprises qui les avaient assurés contre ce genre de risques, leur donnait du loisir, et leurs vacances passaient par l'hôpital et le médecin. L'oncle Ernest par exemple, à un moment où il se sentait épuisé, s'était, comme il disait, « mis à l'assurance », en s'enlevant volontairement à la varlope un épais copeau de viande sur la paume de la main. Quant aux femmes, et Catherine Cormery [mère de Camus] elles travaillaient sans trêve, pour la bonne raison que le repos signifiait pour eux tous des repas plus légers. Le chômage, qui n'était assuré par rien, était le mal le plus redouté. Cela expliquait que ces ouvriers, chez Pierre comme chez Jacques, qui toujours dans la vie quotidienne étaient les plus tolérants des hommes, fussent toujours xénophobes dans les questions de travail, accusant successivement les Italiens, les Juifs, les Arabes et finalement la terre entière de leur voler leur travail – attitude déconcertante certainement pour les intellectuels qui font la théorie du prolétariat, et pourtant fort humaine et bien excusable. Ce n'était pas la domination du monde ou les privilèges d'argent et de loisirs que ces nationalistes inattendus disputaient aux autres nationalités, mais le privilège de la servitude. Le travail dans ce quartier n'était pas une vertu, mais une nécessité qui, pour faire vivre, conduisait à la mort. »

 

 

Le premier homme.

Folio pp 278-279

Pourquoi des ouvriers votent pour l’extrême droite ? La réponse de Camus
Partager cet article
Repost0

commentaires

G
Cher BM, vous vous faites du mal. Essayez une seconde de vous mettre dans la peau de Camus. Un père "mort au champ d'honneur". Une mère analphabète, méprisée par les pieds noirs au-dessus d'elle (tous). Ne jamais oublier que Camus fut un moraliste et non un politique. Entre Camus et Sartre, politiquement parlant, j'ai toujours préféré Sartre, qui eut le courage de ses erreurs. Mais je serais parti en camping avec Camus.
Répondre
B
Dans ce court extrait, Camus fait montre d'une extrême perversité. Il nie assez clairement que des ouvriers se soient jamais organisés politiquement pour obtenir plus de droits concrets. Pour lui, le combat politique est une illusion pathologique d'intellectuels épris de romantisme prolétarien. Il prête au peuple des idées d'extrême-droite pour justifier implicitement ces dernières. Il exalte ouvertement le &quot;privilège de la servitude&quot;.<br /> <br /> Ce texte ne fait que confirmer l'opinion négative que j'avais de Camus. &quot;La Peste&quot; ou &quot;L'Etranger&quot; avaient provoqué en moi le même malaise.<br /> <br /> Quelle rhétorique perverse ! Je ne dois pas être normal, car elle me saute aux yeux dès que je lis quelques lignes de Camus, et personne d'autre que moi ne la remarque.
Répondre
P
Juste un peu démoralisant ......
Répondre
A
Merci ! &quot;Le Premier Homme&quot; ne serait-il pas en quelque sorte une réponse apaisée aux questions de Camus dans &quot;L'Homme révolté&quot; : <br /> <br /> &quot;[…] et il lui avait fallu apprendre seul, grandir seul, en force, en puissance, trouver seul sa morale et sa vérité, à naître enfin comme un homme pour ensuite naître aux autres, aux femmes, comme tous les hommes nés dans ce pays et qui, un par un, essayaient d’apprendre à vivre sans racines et sans foi et qui tous ensemble aujourd’hui où ils risquaient l’anonymat définitif et la perte des seules traces sacrées de leur passage sur cette terre, les dalles illisibles que la nuit avait maintenant recouvertes dans le cimetière, devaient apprendre à naître aux autres, à l’immense cohue des conquérants maintenant évincés qui les avaient précédés sur cette terre et dont ils devaient reconnaître la fraternité de race et de destin.&quot; (&quot;Le Premier Homme&quot;, p. 181)<br /> <br /> L'école de la République apprenait, essayait de faire prendre conscience aux enfants de la portée du ternaire républicain : liberté-égalité-fraternité. Face à la tyrannie du fric, comment apprendre &quot;à dire non&quot;. &quot;Qu'est ce qu'un homme révolté ? Un homme qui dit non. Mais s'il refuse, il ne renonce pas : c'est aussi un homme qui dit oui, dès son premier mouvement. Un esclave qui a reçu des ordres toute sa vie, juge souvent inacceptable un nouveau commandement.&quot; (début de &quot;L'Homme révolté&quot;).<br /> Opposer inlassablement la révolte à l'injustice, à l'asservissement quand on le peut encore. &quot;[...] il y a dans toute révolte une adhésion entière et instantanée de l'homme à une certaine part de lui-même.&quot; (ibid.) <br /> <br /> Comment ne pas tomber dans l'arbitraire si nous n'avons pas - ou plus - aucune valeur autre que celle d'un artificiel bien-être matériel ? Pourquoi chercher hors de l'homme d'hypothétiques réponses ? C'est dans l'homme et seulement dans l'homme qu'il peut y avoir espoir de réponse. Et on n'est pas &quot;sorti de l'auberge&quot;...
Répondre