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16 septembre 2014 2 16 /09 /septembre /2014 05:09

J’ai la chance de ne pas compter parmi les petits retraités. Je fais partie, comme disent les technocrates, du décile supérieur (pas du centile, malheureusement). J’appartiens à la dernière tranche d’âge qui aura bénéficié d’une pension « normale », décente, non minorée par les coups de machette de la droite, puis de la gauche. Je sais que les gens plus jeunes que moi me considèrent comme un « privilégié ».

 

J’ai défilé dans toutes les manifestations, sans exception aucune, qui contestaient aux Balladur, Fillon, Sarkozy et Hollande (sans parler des dirigeants de la CFDT) le droit de porter atteinte aux conditions de vie des personnes âgées (je hais le politiquement correct “ séniors ”).

 

Comme j’en ai assez de la propagande politique et médiatique qui tend à nous faire croire que « les retraites en France sont préservées », et comme deux Français sur trois estiment que leur pouvoir d'achat a baissé, je vais tout bonnement, dans ce qui suit, exposer ma situation, celle – je le répète – d’un « privilégié », bien meilleure que celle de la majorité des retraités d’aujourd’hui et de demain.

 

J’étais professeur des universités première classe. Je me situais donc à un niveau assez élevé dans la hiérarchie de la Fonction publique (échelles lettres). Ayant travaillé près de quarante ans, je suis parti en retraite à soixante ans avec toutes mes annuités. Ci-après, mes bulletins de pension mensuelle :

 

2008 : 3597 €

2009 : 3520 €

2010 : 3507 €

2011 : 3603€

2012 : 3678 €

2013 : 3715 €

2014 : 3715 €

 

En six ans, ma pension a progressé de 118 euros. Un peu comme si j’avais été augmenté de 1,63 euros par mois. Pendant ces six années, l’inflation a grimpé de 10,8% alors que ma pension n'a augmenté que de 3%. J’observe que, pendant que le montant de ma retraite baissait (du fait de la hausse des prélèvements obligatoires), entre 2009 et 2011, l’inflation augmentait de 3,7%. Depuis presque deux ans, ma retraite est bloquée alors que le coût de la vie a augmenté de 2,3%. Pendant cette même période, le PIB de la France a progressé de 9%.

 

Ayant élevé quatre enfants (dont deux toujours à charge), je devrais toucher 10% de plus dans quelques années. Mais je sais que les Solfériniens concoctent un dispositif qui me fera perdre ce « privilège », en partie ou en totalité.

 

Une petite précision, qui n'est pas totalement anecdotique : après un an de solférinisme, ma femme – professeur des universités – et moi avons payé 2 000 euros de plus en impôt sur le revenu. Ce qui a bien amusé Mamie Zinzin et le Belge Bernard Arnault.

La pension d’un ancien fonctionnaire de l’Éducation nationale : la mienne

Ambroise Croizat signe la mise en place des retraites et de la Sécurité sociale

 

 

 

Ce blog étant fondamentalement militant – et surtout pas larmoyant, je profite de ces quelques lignes sur mon cas particulier pour revenir brièvement sur les retraites en général.

 

Autrefois, la retraite n’existait pas. Dans les quelques mois ou années qui leur restaient à vivre après une dure période de labeur, les personnes âgées devaient compter sur la solidarité de leurs descendants. Ainsi, sous Louis XIV, seuls 0,1% de la population percevaient une rente de la part du roi. Les marins, par exemple, touchaient une retraite par répartition, selon un système unique au monde mis au point par Colbert. 

 

La première caisse de retraite des fonctionnaires de l’État français fut instituée en 1789. Les premières sociétés de secours mutuel furent créées en 1804 pour les ouvriers. En 1853, tous les fonctionnaires bénéficiaient d’une retraite. Napoléon III fixa le départ en retraite à 60 ans, 55 ans pour les travaux pénibles.

 

 

Un projet de retraite pour tous est lancé en 1929, mais les médecins, les agriculteurs, les patrons rejettent cette vraie réforme impliquant naturellement l’obligation de cotiser. En 1930, la législation impose aux salariés dont les rémunérations sont inférieures à 15 000 francs de cotiser à un régime d’assurance vieillesse. Il s’agit d’un régime mixte de capitalisation et de répartition. Il faut cotiser 30 ans pour bénéficier d’une pension complète.

 

En 1935, Roosevelt fait voter la Loi sur la Sécurité Sociale (hé oui, ce sont les États-Uniens qui ont forgé l’expression « sécurité sociale »). La Charte de l’Atlantique de 1941 postule la nécessité d’une sécurité sociale pour tous.

 

Le système de répartition des retraites tel que nous le connaissons aujourd’hui est mis en œuvre par le ministre communiste Ambroise Croizat et le haut-fonctionnaire Pierre Laroque. L’âge de départ à la retraite est fixé à 65 ans, 55 ans pour les régimes spéciaux, l’idée étant que, quand la France ne sera plus exsangue et sera reconstruite, le départ à 55 ans sera la norme pour tous.

 

En 1948, Les industriels et commerçants ont une caisse de compensation avec diverses caisses interprofessionnelles locales. En 1949 le régime de retraite des agents non titulaires de l’État est mis en place (l’Ircantec). En 1956, un Fond National de Solidarité est créé, ainsi que le minimum vieillesse pour toute personne de plus de 65 ans.

 

En 1982, l’âge de la retraite est abaissé à 60 ans.

 

En 1993, le gouvernement Balladur fait passer la durée de cotisation pour les salariés du privé de 37,5 à 40 annuités. Le salaire moyen de référence est calculé progressivement sur les 25 meilleures années au lieu des 10 meilleures. L’indexation est basée sur les prix et non plus sur les salaires. En 2003, la loi Fillon met au même niveaux salariés du public et du privé (régimes spéciaux exceptés).

 

La possibilité de prolonger son activité jusqu’à 70 ans est instaurée en 2008.

 

En 2009, la durée de cotisation augmente pour la totalité des salariés d’un trimestre par an jusqu’en 2012. Les fonctionnaires s’alignent sur le régime général, soit 40 ans ou 160 trimestres en 2008. La loi introduit une double peine : le système inique de la décote. Entre 20 et 25% des retraités de la Fonction publique bénéficient de la surcote (196 € en moyenne par mois, plus élevées pour les hommes que pour les femmes). La surcote dans le privé bénéficie à environ 10% de salariés (50 € en moyenne par mois). À noter que la décote est plus forte en France qu’en Allemagne. Pour les travailleurs du privé, prolonger l’activité professionnelle augmente la pension de 50 euros par mois tandis que s’arrêter avant le terme divise par plus de deux le niveau de la retraite. La décote concerne environ 10% des salariés. Cette proportion ira en grandissant à moins que les travailleurs se tuent au travail.

 

Tout est fait pour asphyxier les régimes par répartition et pour favoriser les fonds de pension dont la part du marché des retraites devrait augmenter d’environ 20% dans les dix années à venir.

 

Hollande et les Solfériniens ont décrété que « dès lors que l’on vit plus longtemps, on devra travailler aussi un peu plus longtemps. » Or, pour la première fois depuis 1945, l’espérance de vie pour les femmes a reculé en 2012. En outre, l’espérance de vie en bonne santé recule depuis 2006 : elle a diminué d’environ un an de 2008 à 2010 (plus pour les femmes que pour les hommes).

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Published by Bernard Gensane - dans Politique
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commentaires

Philippe Arnaud 16/09/2014 09:27

Lorsque Hollande et les Solfériniens disent que «dès lors que l’on vit plus longtemps, on devra travailler aussi un peu plus longtemps», ils inversent effet et cause : ce n'est pas parce qu'on vit plus vieux qu'il faut travailler plus vieux, c'est, au contraire, parce qu'on a travaillé moins longtemps qu'on vit plus vieux !

En effet, le seuil de 60 ans marque le début de l'augmentation de la fréquence des maladies chroniques (cancer, diabète, Parkinson, Alzheimer, cardiopathies, accidents vasculaires cérébraux, affections respiratoires), et de la dégradation de certains nombres de fonctions (vue, ouïe, mémoire, réflexes, capacité à récupérer, etc.). Il est, à cet égard, caractéristique que l'âge de la vie en bonne santé soit de 63 ans pour un homme et de 64 ans pour une femme.

Or, la poursuite de l'activité, avec ses contraintes, tant physiques que psychologiques, tend à aggraver ces maux, par le stress qu'elle suscite. Il est donc plus que probable que si l'âge effectif de la retraite devait se rapprocher de 70 ans, la durée de vie se mettrait de nouveau à diminuer, et ce de façon radicale.

Il faut dire ce qu'il en est : jamais le patronat, la droite, les riches, n'ont accepté que les salariés soient payés lorsqu'ils ne travaillaient pas : durant la nuit, les week-ends, les jours fériés, les vacances, le temps de maladie, de grossesse, de formation, et, bien entendu, le temps de retraite, le plus long de tous.

C'est pourquoi le rêve du patronat, de la droite, des riches est d'abolir le principe même du salaire, qui fait que le salarié (ce fainéant !) continue à toucher des sous même lorsqu'il ne marne pas mais que même ses ayants droit (conjoint, enfant) touchent aussi ! (diverses allocations, pension de réversion).

L'idée de cette engeance est de faire de chaque individu "l'entrepreneur de soi-même" (une EURI = entreprise unipersonnelle à responsabilité illimitée), qui passerait des myriades de contrats : pour un mois, une semaine, un jour ou une heure - comme je l'ai entendu dire à une infirmière (des contrats de 2 heures) et comme je l'ai vu faire à ma femme. Avec ce système, tu peux prendre des vacances, des congés de maladie ou de grossesse, mais si on a besoin de toi et que tu n'es pas là, on fait appel à d'autres et, quand tu en as fini avec tes absences, on t'a rayé des fichiers...

Ce système est celui que connaissait ma grand-mère, ouvrière agricole, qui, en 1914, partait tous les matins se "placer" sur la place du village, où les gros paysans examinaient - comme des bêtes - les demandeurs de travail et les embauchaient... à la journée. C'est ça, le rêve du patronat : une main d'oeuvre entièrement disponible, à tout moment, pour n'importe quelle durée de travail, à n'importe quelle condition, à n'importe quel salaire. Un rêve de XIXe siècle...

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