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25 septembre 2014 4 25 /09 /septembre /2014 05:56

De l’autonomie à la mise sous tutelle ? Contraintes budgétaires des universités

 La revue Savoir / Agir consacre son numéro 29 aux réformes universitaires. Nous en publions ici un article portant sur les conséquences de la loi d'autonomie sur le fonctionnement quotidien des universités. Odile Henry et Jérémy Sinigaglia reviennent ici notamment sur les conséquences du nouveau système d'allocations des moyens, le mal nommé système SYMPA, qui a contribué en quelques années à la faillite de nombreuses universités françaises.

 

Il n’y a même pas besoin que quelqu’un nous mette la pression, car une grande majorité de collègues sont prêts à beaucoup de choses pour que ça continue à tourner, c’est comme ça qu’on tient les gens

 

G. Maître de conférences en mathématiques [1]

 

En novembre 2011, huit universités sont déclarées en faillite et placées sous la tutelle de leur rectorat. Comment expliquer ces situations de déficit budgétaire ? Quels sont les mécanismes responsables de ces difficultés financières ? Mais aussi, comment réagissent les équipes de direction des universités ? Quelles mesures mettent-elles en œuvre pour sortir de ces logiques d’endettement ? Ce sont ces questions qui ont guidé notre enquête [2]. On fait l’hypothèse que la situation de déficit budgétaire des universités est une conséquence directe du passage aux Responsabilités et compétences élargies (RCE) prévues par la Loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU) du 10 août 2007, qui s’inscrit plus largement dans les réformes néolibérales du monde universitaire depuis le processus de Bologne[3] et la stratégie de Lisbonne[4].

 

Néanmoins, on postule également que si ces réformes tendent à produire un appauvrissement général des universités, il n'est pas possible d'analyser de manière univoque leurs effets. La santé financière des universités et la manière dont leurs missions sont affectées par les contraintes budgétaires dépendent aussi des ressources dont elles peuvent disposer (nombre d'étudiants, liens avec le tissu économique et politique local, attractivité de leur secteur recherche, place dans les classements internationaux, etc.) et des stratégies que celles-ci leur permettent de mettre en œuvre. Autrement dit, et c'est un effet de « l'autonomie », les conséquences des récentes réformes universitaires doivent s'analyser à la fois globalement et en fonction des configurations locales[5].

 

Des mécanismes transversaux de paupérisation et des spécificités locales

 

L’état du fonds de roulement des universités (i.e. la différence entre les ressources des établissements et les dépenses liées à leurs activités) constitue le principal indicateur de paupérisation des universités. En effet, les universités doivent disposer d'un fonds de roulement permettant d'assurer 30 jours de salaires : lorsqu'elles descendent sous ce seuil deux années consécutives, elles peuvent être placées sous la tutelle du rectorat qui peut alors imposer un budget à l'équilibre. Selon un rapport de 2013 de Thierry Mandon (député PS de l'Essonne en 2013), sur les 96 universités passées aux RCE, six seraient en déficit, 38 auraient un fonds de roulement inférieur à 30 jours et pour 14 d'entre elles, il serait inférieur à 15 jours (en 2010 aucune n’était sous le seuil des 15 jours)[6]. Un tel constat semble pour le moins paradoxal : la mise sous tutelle des universités est une conséquence probable de leur autonomie.

 

 

Lire la suite ici.

 

 

A l'université Lyon 2, les enseignants et étudiants sont ici :

 

 

Les universités piégées

Des chaises de classe sont cassées, il y a des trous dans les plafonds. Les éléments de l'isolation sont bien visibles. Nous sommes à Bron, dans la banlieue de Lyon. Bron compte 40 000 habitants. Il n'y a pas de métro pour se rendre en ces lieux fréquentés par 30 000 étudiants et 1 000 enseignants titulaires.

 

La présidence de l'université et les personnels de l'administration centrale sont ici. Vue sur le Rhône imprenable :

 

 

Bref, si les universités sont piégées, c'est parce qu'elles se sont piégées. Si elles avaient lutté plus vigoureusement contre la LRU, elles n'en seraient pas là. L'Histoire ne repasse pas les plats.

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Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
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