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15 octobre 2014 3 15 /10 /octobre /2014 05:18

Dans les années soixante-dix, les linguistes se sont beaucoup intéressés à l’alternance de code linguistique (pardon : au code-switching) et au mélange des codes (encore pardon : au code-mixing). Les enfants bilingues étant de fort utiles objets d’étude.

 

L’alternance de codes est une alternance de deux (parfois plusieurs) codes linguistiques : langues ou dialectes. Cette alternance peut avoir lieu au milieu d’un discours, voire au milieu d’une phrase. Comme dans la chanson de Renaud “ It is not because you are ” :

 

That's comme ça that you thank me

to have learned you english ?

Hé, that's not you qui m'as appris,

my grandfather was rosbif

 

À noter que, dans cet exemple, les syntaxes se fondent parfaitement.

 

Le mélange des codes consiste à utiliser des éléments d’une langue (syntaxe, lexique) dans une autre langue. Comme dans la chanson de Charles Aznavour “ For me formidable ” :

 

You are the one for me, for me, for me, formidable

You are my love very, very, very, véritable

 

La différence entre alternance et mélange n’est pas toujours très nette. Et le linguiste est un peu désemparé devant le Jabberwocky de Lewis Carrol qui, à partir de l’anglais, produit une langue qui n’existe pas mais qui renvoie sans arrêt à l’anglais et qui fait anglais.

 

T’was brilling, and the slithy toves

Did gyre and gimble in the wabe...

(Il était reveneure ; les slictueux toves

sur l’allouinde gyraient et vriblaient...)

 

Dans la publicité, la tendance aujourd’hui est de nous balancer, soit des slogans tout en anglais, soit des slogans en français, avec quelques mots d’anglais.  Lorsque les slogans sont totalement en anglais, la raison est soit idéologique (le globish, langue “ naturelle ” de la pub, des affaires, des gens branchés), soit économique (on ne se fatigue pas à traduire et à modifier en 150 langues ce qui a été conçu en globish). Nous sommes loin de la dérision (autodérision ?) de la chanson de Jacques Brel “ Le Lion ” où l’auteur, en cinq vers, fait un pauvre jeu de mots, introduit du français parlé (avec un mot d’anglais) et termine par une alternance de code. La chanson date de 1974 et a popularisé, peut-être même lancé, l’expression « c’est too much ».

 

Un lion doit être vache

Dis-lui qu´t´es en plein rush

Souviens-toi d´Paulo

Qui nous disait toujours :

“ Too much, c´est too much ”

 

Les slogans publicitaires dont je parle fonctionnent sur le mode : « Essayez Machinchose, c’est just bien (ou juste good) ».

 

 

Le dernier qui m’a interpellé est :

 

L’art de vivre by rochebobois

 

 

 

 

 

Vous me direz que dans ce slogan (j’utilise à dessein, depuis le début, le mot « slogan » car la pub n’est jamais bien loin du fascisme intellectuel), il n’y a qu’un seul mot en anglais, et qui plus est un mot-outil de presque rien du tout.

 

En fait, cette trouvaille est très aliénante. Ce « by » est l’axe du slogan, son élément le plus important. À droite, il y a la marque, intangible, (en fait, pas tant que cela puisqu’il y a quarante ans les propriétaires de l’entreprise utilisaient Rochebobois ou Boboisroche), bien française. Qu’y a-t-il de plus français que Roche et que Bobois, deux des propriétaires possédant, avant la création des magasins bien connus une boutique dénommée Au Beau Bois ? A gauche, il y a l’expression L’art de vivre. Une expression bien française (pardon : so French), qu’adorent les lecteurs du Figaro Madame, compréhensible par les snobinards de la terre entière. Une expression qui est devenue, non pas globish mais globale, tout en restant bien de chez nous.

 

« By », est bel et bien l’agent globish, par quoi Roche Bobois est un art de vivre.

 

PS qui n'a rien à voir : Depuis tout ce temps, j'adore ce qu'ils font (publicité gratuite).

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Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
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AF30 15/10/2014 18:44

Pour compléter votre réflexion et confirmer cette colonisation ( qui est même plus rampante ) je viens d'appeler un hôtel Campanile à Paris pour retenir une chambre et le message d'accueil est entièrement en anglais, même pas une introduction en français. Certains diront "oui, mais Paris....les touristes et machin et toussa " . Une réponse en forme de TINA.

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