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18 novembre 2014 2 18 /11 /novembre /2014 06:26

Le contribuable français a versé 172 millions d'euros (sans le savoir car dans le plus grand secret) à l’éditeur néerlandais Elsevier. Pendant ce temps-là, la dotation recherche des universités a été amputée de 400 millions d’euros.

 

Les chercheurs universitaires ne sont pratiquement jamais rémunérés lorsqu’ils publient dans des revues scientifiques (à titre personnel, je l’ai été une seule fois pour environ 70 articles scientifiques publiés ; je ne m’y attendais pas du tout et n’avais rien demandé). Au contraire, il arrive qu’ils payent pour être publiés. Les évaluateurs des articles à paraître ne sont jamais rémunérés. Ces activités bénévoles, de plus en plus accaparantes, débouchent sur des revues papier ou en ligne.

 

Ce travail considérable est indirectement financé par l’argent public. L’écriture d’articles et la participation à des comités de lecture font partie des activités attendues des chercheurs et donnent lieu à des crédits de recherche, financés par le contribuable.

 

Les revues scientifiques peuvent être universitaires, auquel cas personne ne touche aucun argent, ou privées. L’argent peut alors couler à flot. Les revues privées ne sont pratiquement jamais accessibles gratuitement. Cet accès est vendu aux bibliothèques universitaires et aux laboratoires de recherche.

 

Ces revues sont rarement accessibles gratuitement. Les éditeurs vendent l’accès aux articles aux bibliothèques universitaires et aux laboratoires de recherche. Les ressources financières pour la publication proviennent des crédits de recherche accordés aux laboratoires ; les accès aux revues sont achetés au niveau de l’institution. Dans les deux cas, les subventions sont publiques. Quatre grands éditeurs se partagent le gâteau :

 

- le néerlando-britannique Elsevier, qui publia Érasme,

- l’allemand Springer, 2 900 revues scientifiques,

- l’étasunien Wiley, chiffre d’affaires : 2 milliards de dollars,

- le britannique Informa, enregistrée à Jersey, siège social en Suisse, chiffre d’affaires : 335 millions de livres.

 

Ils en tirent des marges énormes : de 30% à 40% de bénéfice annuel net pour Elsevier ou Springer. Ces éditeurs revendent très cher aux universitaires des articles qu’ils ont eux-mêmes écrits.

 

 

Dans ce domaine comme dans d’autres, la concurrence libre et non faussée est un mythe. Alors que les frais de production ne cessent de diminuer, le prix des abonnements ne cesse de flamber. L’abonnement annuel à l’édition papier de la revue Brain Research  est de 15 655 euros, celui à l’édition électronique étant de 11 656 euros.

 

Le gouvernement français et Elsevier ont signé un accord à hauteur de 171 millions d’euros pour un périmètre de 476 universités et établissements hospitaliers. Ces établissements peuvent accéder à 2 000 revues. Cet accord a été signé sans la moindre publicité. Le choix d’Elsevier n’a pas été motivé. Il a en revanche été totalement assumé par Geneviève Fioraso en mars 2014 lorsqu’elle déclara à l’Académie des sciences qu’elle privilégiait Elsevier, malgré son discours du 24 janvier de la même année devant les 5èmes journées Open Access (sic) où elle déclarait que « L'information scientifique est un bien commun qui doit être disponible pour tous ». En tout état de cause, c’était la première fois que, dans l’histoire de la République le droit de lire des travaux scientifiques était négocié au niveau national.

 

Face à cette marchandisation toute solférinienne de la culture scientifique, il faut exiger un accès gratuit aux publications scientifiques qui n’ont pas donné lieu à des contrats de rémunération. Lorsqu’il n’y a pas de droits d’auteur, il n’y a aucune raison que l’éditeur puisse exciper de droits d’édition.

 

En Allemagne, les droits d’exclusivité de l’éditeur ont été limités à un an : « L’auteur d’une contribution savante, née d’une activité de recherche financée au moins pour moitié par des ressources publiques et publiée dans une collection périodique paraissant au moins deux fois par an, est en droit, même lorsqu’il a cédé un droit d’exploitation exclusif à l’éditeur, de rendre publiquement accessible cette contribution dans la version acceptée du manuscrit, après un délai de douze mois suivant sa première publication, toute fin commerciale étant exclue. La source de la première publication doit être indiquée. Un accord dérogatoire au détriment de l’auteur est sans effet. » Il s’agit là de ce que les Allemands appellent un « droit d’exploitation secondaire » (Zweitverwertungsrecht). Aux Pays-Bas, les négociations entre le gouvernement et Elsevier ont été interrompues, les pouvoirs publics soutenant clairement la position des chercheurs.

 

L’accès ouvert, l’accès libre doivent redevenir la norme. Ils sont économiquement viables. Ils donnent aux auteurs un nouvel impact, une audience élargie. À l’opposé du modèle libéral solférinien, il faut exiger que doivent être immédiatement accessibles – en ligne en particulier – les contributions que les chercheurs ont données sans rétribution. Avec possibilité légale de télécharger, copier, transmettre, imprimer. Pourraient également être accessibles en ligne des prépublications n’ayant pas encore été évaluées pour lesquelles les chercheurs souhaiteraient obtenir des avis de leurs pairs ou pour avertir d’une découverte importante. Le tout en veillant à ce que les travaux soient protégés dans leur intégrité et correctement cités.

 

Source : Rue 89. Article de Pierre-Carl Langlais et Rayna Stamboliyska.

 

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Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
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