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14 décembre 2014 7 14 /12 /décembre /2014 06:40

Ne soyons pas alarmistes mais lucides.

 

Récemment, les États-Unis, le Canada et l’Ukraine, ont voté contre une résolution de l’ONU condamnant la glorification du nazisme. Les membres de l’Union européenne se sont abstenus. 

 

La passivité de l’Union européenne face aux nazis, aux cryptos nazis et aux sympathisants nazis quand ils tiennent le haut du pavé ne doit pas surprendre. Un tropisme d’extrême droite s’est installé sur un vieux continent dont on aurait pu penser qu’il était vacciné contre la barbarie fasciste. Parmi les signes qui ne trompent pas, la création d’une force d’intervention militarisée de 3 000 hommes destinée à réprimer brutalement toute contestation populaire ne laisse pas d’inquiéter dans un ensemble qui compte des dizaines de millions de chômeurs et de pauvres.

 

Le rapport de forces mondial est malheureusement très clair. En mai 2013, la banque JPMorgan Chase – qui, comme Warren Buffet, sait qui a gagné la guerre des classes – pouvait se permettre de demander l’abrogation des constitutions démocratiques établies en Europe après 1945. La banque enjoignait l’Europe d’éradiquer les droits sociaux, les droits des travailleurs, leur liberté d’expression en particulier. La « mondialisation libérale », c’est aussi cela. Supprimer l’expression démocratique pour que les grandes banques, les fonds d’investissements puissent spéculer et engranger. L’austérité n’est pas une fatalité ou une douloureuse nécessité mais une arme pour faire taire les oppositions à l’hyperbourgeoisie.

 

Pour que l’ordre règne, pour que le capitalisme puisse mener sa guerre en paix, l’Union européenne s’est donc dotée d’une force d’intervention militarisée de 3 000 hommes, une gendarmerie européenne plus connue sous le nom de EuroGendFor. Elle est basée en Italie, à Vicence. Sa langue de travail est la langue des Parties mais, dans les faits, le Wall Street English.

Union Européenne : la dérive fascisante

On ne pourra pas éternellement jouer à faire revoter les peuples qui ont mal voté ou à contourner des référendums par des voies législatives honteuses. La démocratie formelle étant régulièrement bafouée, les expressions populaires seront de plus en plus radicales, violentes, désespérées. D’où la nécessité de prévoir des moyens de répressions coordonnés, européens quoi !

 

En 1935, Georgi Dimitrov définissait le fascisme comme la dictature terroriste ouverte de la frange la plus réactionnaire de la bourgeoisie impérialiste monopoliste. Il distinguait le fascisme de la dictature réactionnaire classique, l’élément discriminant étant le modernisme et le caractère de masse. On verra plus tard Franco désarchaïser l’économie espagnole avec les technocrates de l’Opus Dei, et surtout Pinochet être le premier expérimentateur des idées de Hayek et de Friedman. En tout état de cause, pour la bourgeoisie, le fascisme est le moyen le plus sûr de spolier les travailleurs, ce que mes concitoyens héninois finiront peut-être par comprendre.

 

Selon ses statuts, l’EuroGendFor, seule ou conjointement avec d’autres forces répressives, doit être capable d’effectuer toutes les missions de police durant toutes les phases d’une opération de gestion de crise. L’EuroGendFor peut être subordonnée à des autorités civiles ou militaires. Il est fait appel à elle pour des missions de sécurité et d’ordre public ;
 pour surveiller, conseiller, encadrer et superviser les polices locales dans leur travail quotidien ;
 pour surveiller l’espace public, régler la circulation, contrôler les frontières et effectuer des missions générales de renseignement ;
 pour effectuer des enquêtes criminelles, notamment découvrir des délits, retrouver les délinquants et les livrer aux autorités judiciaires compétentes ;
 pour protéger les personnes et les biens et maintenir l’ordre en cas de troubles publics.

 

Comme le jour viendra sûrement où les Grecs en auront assez de s’entendre dire par les Allemands qu’ils prennent trop de vacances, où les Français seront lassés d’entendre ces mêmes Allemands critiquer leurs services publics « pléthoriques » ou d’entendre les Britanniques leur reprocher leur code du travail trop rigide, une saine colère risque d’exploser. D’où la nécessité de déployer cette force européenne, pensée par l’ancienne ministre de la Défense Alliot-Marie après les batailles de rue dans les « quartiers » en 2005.

 

L’EuroGendFor cumule les fonctions de police, police judiciaire, gendarmerie (armée) et services secrets. Dans son langage, réprimer des révoltes se dit garantir la « sécurité en territoires de crise européens ». Plus cette police européenne sera nombreuse et compétente moins les États auront à utiliser leurs propres forces de répression.

Union Européenne : la dérive fascisante

C’est le Traité de Velsen (septembre 2012) qui règle les interventions d’EuroGendFor. Un « conseil de guerre », sous forme de comité interministériel composé des ministres de la Défense et de la Sécurité des pays membres de l’UE participants, décide de la stratégie d’intervention. La troupe peut être mise en marche soit sur demande, soit après décision de l’UE.

 

« EuroGendFor » est une troupe policière paramilitaire et des services secrets. Ne peuvent rejoindre EuroGendFor que les États disposant d'une police à statut militaire (la grande majorité des pays européens, donc). Elle unit tous les pouvoirs et moyens militaires, policiers et de services secrets qu’elle peut exercer en collaboration avec des troupes nationales de police et d’armée, après être mandatée par une cellule de crise interministériel dans chaque lieu pour la lutte contre des troubles, contre des révoltes et contre de grandes manifestations. Le ministère fédéral de la Défense a salué l’EuroGendFor en ces termes : « Police ou Armée : Une gendarmerie européenne promet la solution. »

 

De même que l’armée française affiche des slogans particulièrement creux (« Devenez vous-même », « Pour moi, pour les autres, s’engager »), que l’armée britannique met l’accent sur la formation des esprits (« Mind the gap »), la devise de la gendarmerie européenne est très rassérénante : « Lex Paciferat » (la loi apportera la paix). Cela dit, même si ses soldats doivent respecter le droit en vigueur de l’Etat dans lequel ils interviennent, tous les bâtiments et tous les terrains pris par les troupes sont exterritorialisés et ne sont plus accessibles, y compris pour les autorités nationales. Mais, pour les responsables européens, ne pas devoir utiliser leurs propres forces de répression sera un atout, d’autant qu’on imagine mal les « eurogendarmes » retourner leurs fusils contre leurs supérieurs.

 

La création de cette gendarmerie européenne sans état d’âme peut être replacée dans le contexte plus général du mercenariat. On peut se dire que, quand les Romains ont utilisé de plus en plus de mercenaires, ce fut le commencement de la fin de l’Empire …

 

PS : Les pays membres fondateurs de ce corps furent la France (Gendarmerie nationale), 
l’Espagne (Guardia Civil),  le
 Portugal (Guarda Nacional Republicana), l’Italie (Carabinieri), les
Pays-Bas (La Marechaussee royale – Koninklijke Marechaussee). La Roumanie a rejoint cette force d’intervention (Jandarmeria Romana). Sont partenaires : la Pologne (Gendarmerie militaire – Żandarmeria Wojskowa) et la Lituanie (Viesojo Saugumo Tarnyba). La Turquie a un statut d’observateur (Jandarma).

 

 

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Published by Bernard Gensane - dans Politique
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commentaires

Philippe Arnaud 14/12/2014 19:50

Le Monde diplomatique, il y a déjà plusieurs années, notait cette tendance à la gendarmisation de l'armée, c'est-à-dire à la fois :

- A confier aux trois Armes conventionnelles (Armée de terre, Aviation, Marine) des fonctions de gendarmerie, c'est-à-dire de surveillance et de répression de la population.

- A doter la gendarmerie d'outils lourds (chars, avions, hélicoptères) pour réprimer des révoltes qui disposeraient de plus que de simples pétoires.

- Comme si, pour l'hyperbourgeoisie, l'ennemi c'était leur propre peuple...

LE GALL 14/12/2014 12:24

il y a toujours un "angle' d'entrée pour le fascisme. ma théorie (du complot!!!) penche pour … la répression routière. quiconque a été pris dans un engrenage 30000 kms ou + par an (sans aucun accident/accrochage/alcoolémie positive …)/petits excès de vitesse/points perdus/permis annulé/conduite sans permis (faut bosser, et loin de chez soi, d'où les kms …)/contrôle routier/correctionnelle/véhicule confisqué (un cauchemar hitchcockien), saura de quoi je parle. TOUT ceci se passe, sans qu'à AUCUN moment, on n'accepte d'entendre celui/celle qui, en fait conduit mieux que l'immense majorité des "12 points". bien entendu, ce fascisme a sa propagandiste officielle, la zombie "anti-violence routière" dont j'ai oublié le nom, et sa caution scientifique (les STATS!!).
à noter que, quand vous rentrez chez les "bleus" - qui vous ont laissé, un jour, sur le bas de la route - pour votre convocation au tribunal, il y a un poster avec les photos des enfants disparus/jamais retrouvés, pour faire pleurer margot … des enfants, qu'au lieu de chercher, ces planqués passent leur temps, 7/7; 24/24; 365/365, à harceler les meilleurs conducteurs … ou à buter les jeunes militants écolos.
résumé: répression routière = moyen par lequel on enseigne aux honnêtes citoyens à craindre une force appliquant l'arbitraire en toute impunité, mais dont le lavage de cerveau finit par convaincre qu'elle a la morale, le bien, … de son côté

Philippe Arnaud 14/12/2014 23:46

@ Le Gall

- Même si ce n'est pas le sujet de Bernard Gensane, je réponds sur ce sujet, pour lequel j'éprouve aussi une sensibilité particulière (mais à l'exact opposé de la vôtre) :

1. C'est la vitesse qui est la première cause des accidents de la circulation, mais aussi de leur gravité (et, je puis même ajouter, la seule).

2. C'est la répression (sur la vitesse, l'alcoolisme au volant, le non-port de la ceinture) qui en 40 ans, a fait passer le nombre de morts de 17 000 en 1972 à 3600 en 2014. Les améliorations techniques des véhicules ou la modification du réseau routier n'ont eu qu'un aspect SECONDAIRE. J'ajoute que cette répression - à laquelle j'ai eu affaire cinq fois - n'est, à mon sens - que très en dessous de ce qu'elle devrait être.

3. L'association dont vous avez oublié le nom (et à laquelle j'appartiens) s'appelle la Ligue Contre la Violence Routière et sa présidente se nomme Chantal Perrichon. Sa caution scientifique ne sont pas seulement les statistiques (qui, d'ailleurs, sont irréfutables) mais aussi les lois de la physique.

- A cet égard, l'avis d'un statisticien ou d'un physicien, qui reste toute la journée devant son ordinateur et ne se déplace qu'à pied, en bus ou à vélo, est bien plus pertinent, précis et exact que celle d'un conducteur qui parcourt 50 000 km par an (y compris sans accident). En cette matière - comme en beaucoup d'autres, d'ailleurs - la théorie est supérieure à la pratique. [De la même façon qu'un historien de 2014 en sait davantage sur les guerres napoléoniennes que le grognard qui s'est tapé toute l'Europe de Moscou jusqu'à Madrid].

4. L'invocation de toute une vie passée sans accident ne vaut strictement rien car la conduite n'est pas un phénomène individuel mais collectif : ce qui compte, ce n'est pas l'individu mais les masses, ce n'est pas l'expérience isolée mais les grands nombres.

5. Toutes les argumentations (ou, plutôt, arguties) tendant à nier le rôle prépondérant de la vitesse dans la survenue des accidents sont fondés sur des raisonnements complètement erronés : par exemple, celles qui prétendent que puisque l'Allemagne, où la vitesse est libre sur les autoroutes (ce qui est vrai) a moins de morts sur les routes que la France (ce qui est exact aussi, au moins par nombre d'habitants et par kilomètre parcouru), cela démontre que la vitesse n'est pour rien dans les accidents, sont des argumentations reposant sur des chiffres biaisés et des raisonnements erronés...

- Sur la route, celui qui atteinte à la liberté de l'autre est non pas l'agent de la circulation qui verbalise mais celui qui roule plus vite que les autres puisque, par sa vitesse même, il empiète sur le territoire d'autrui (comme celui qui fait davantage de bruit empiète sur l'espace sonore d'autrui). Invoquer la liberté en faveur de la vitesse automobile est invoquer la liberté pour le renard dans le poulailler libre...

- L'élévation de la vitesse sur la route ne fait pratiquement pas gagner de temps : au contraire, le temps gagné est une fonction inverse de celle-ci. Plus on roule vite, plus les gains sont minces. Cette vérité, exacte déjà au point de vue individuel l'est encore plus du point de vue collectif qu'est le flux routier, du simple fait que les lois du collectif ne sont pas celles de l'individuel.

BM 14/12/2014 09:58

@ Lyonnais

Vous avez hélas raison. Hollande a les mêmes idées "ultralibérales" depuis 30 ans : cf. son livre inénarrable (et malheureusement épuisé, comme c'est dommage...), "La Gauche bouge", publié en 1985, et coécrit, entre autres, avec Jouyet et Le Drian.

Lyonnais 14/12/2014 09:53

C'est peut-être Alliot-Marie qui a eu l'idée mais c'est bien le gouvernement solférinien de Normal Ier qui a signé le traité de Velsen en septembre 2012 !
Je pense sérieusement que Hollande sous son aspect de benêt débonnaire est un individu très dangereux parce que très intelligent avec une ligne de conduite dont il ne déviera pas quoi qu'il arrive : liquider le programme du CNR tout en s'affirmant socialiste.Tout son entourage ne vaut pas mieux sinon pire.
Des jours très difficiles nous attendent en Europe...

BM 14/12/2014 09:02

Du "Rapport Lugano" au rapport de JP Morgan. La réalité dépasse toujours la fiction, disait Thomas Haliburton; la parodie d'aujourd'hui est la réalité de demain, disait Karl Kraus.

Quant à "Eurogendfor" (en voilà un beau nom bureaucratique), elle pourrait prendre comme devise ce mot attribué au pape Alexandre VI Borgia :

"Nous sommes allés tellement loin contre eux, que nous devons nous assurer de tout pour qu’ils ne nous fassent point de mal".

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