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16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 06:25

Prétendument, le gouvernement rend aux universités les millions d'euros qu'il leur avait pris. Dans Mediapart, Pascal Maillard démonte les mécanismes de cette manœuvre au petit pied que les grands médias ont transformée en une mesure de justice, de gauche.

 

Hollande, Fioraso et la Conférence des présidents d’université (CPU) viennent de réaliser un formidable enfumage de l’Université, de la Recherche et de l’opinion publique : faire passer la restitution de 70 millions pour un sauvetage et une sanctuarisation alors que le gouvernement programme 1,6 milliards de réductions de crédits, détruit l’emploi scientifique et précarise notre jeunesse.

 

La politique de notre démocratie dévoyée se construit de plus en plus dans des jeux de rôles, des stratégies de communication et des mensonges éhontés. Plus encore que Sarkozy, François Hollande et son gouvernement excellent dans l’art de l’enfumage, et plus précisément dans cette ruse, devenue un classique, qui consiste à affoler la galerie avec une petite régression inacceptable pour masquer un insidieux coup de matraque d’une toute autre portée. Une fausse reculade du gouvernement donnera aux indignés le sentiment d’une grande victoire alors qu’ils sont les dindons de la farce. La comédie qui vient de se jouer avec le budget de l’Enseignement supérieur et de la Recherche est de ce point de vue exemplaire.

 

1. Une comédie en trois actes

Acte I : la coupe scélérate. L’action se passe au Parlement le 18 novembre dernier. Lors de la première lecture du Projet de loi de finances 2015, des amendements déposés par le gouvernement retranchent 136 millions d’euros de plusieurs lignes budgétaires de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, dont 70 millions de crédits pour les universités : les députés socialistes obtempèrent en bons godillots, sans se demander s’il n’y a pas dans cette coupe une entorse à l’engagement du Président de préserver l’Enseignement supérieur et le Recherche.

Acte II : l’organisation de la protestation. L’action se déroule en trois lieux et de façon coordonnée. Au Sénat qui retoque les amendements et annule les baisses de crédit, un choix très prévisible et attendu par le gouvernement. Au ministère où Fioraso soigne sa communication : je me bats pour la préservation du budget, mais je suis solidaire du gouvernement. Autrement dit : ce n’est pas moi, mais Bercy. A la CPU où les présidents d’université exigent la restitution des 70 millions, oubliant au passage que la coupe est de 136 millions et concerne aussi la recherche, ce dont ils semblent se moquer. « L’appel de Strasbourg », initié par la présidence et signé par tous les directeurs de laboratoires et de composantes est heureusement plus vigoureux, mais il est à craindre qu’il rejoigne bien vite le cortège des enfumés.

 

Acte III : François 1er sauve l’Université. Se campant en ultime arbitre du différend, le Président fait circuler l’information, la veille de la journée de mobilisation nationale du 11 décembre (dépêche AEF puis article des Echos), selon laquelle il a décidé de restituer les 70 millions. Ce que les amendements gouvernementaux avaient imposé, le prince décide de le défaire, réduisant le Parlement à une simple marionnette. Le 12 décembre au soir, à l’occasion d’un dîner organisé à l’Elysée, François Hollande déclare devant un parterre de présidents d’université comblés : "Le budget des universités, dans une période de contraintes budgétaires, doit être sanctuarisé. C'est une promesse qui est tenue. Je me réjouis que, suite à une intervention que j’ai faite, le Parlement ait rétabli les 70 millions".

 

Comme dans toute bonne comédie, le concert final des satisfécits peut commencer et le dîner de dupes se dérouler joyeusement sous les ors de la République. Le président de la CPU ira même jusqu’à minimiser l’incident : une « maladresse du ministère du budget », dira-t-il sur France-Info. La France est rassurée : le Président veille au grain, les chercheurs vont pouvoir continuer à chercher, les enseignants à enseigner et les étudiants à étudier. Il n’en est évidemment rien : la France est enfumée, avec le concours de ces puissants mandrilloptères que sont devenus les médias. 

 

 

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