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20 janvier 2015 2 20 /01 /janvier /2015 08:07

Dans ma revue de presse du 19 janvier 2015, je rendais hommage au dernier combat (perdu) de Bernard Maris, qui avait souhaité la création d’une nouvelle section d’économie pour l’Enseignement supérieur. Au fil des ans, dans l’Université, les économistes de droite, inspirés par Harvard et le capitalisme de Wall Street, ont pris le pouvoir et exercent une tutelle quasi totalitaire. Au nom de la science, bien sûr, de l’économétrie. Dans les sciences économiques telles qu’elles sont enseignées dans nos établissements, le facteur humain n’existe plus. Ne parlons surtout pas (dirty words) de classes sociales, de détériorations des termes de l’échange. Tout se réduit à des formules mathématiques, des algorithmes, des choses bien neutres et bien sèches, prétendument sans idéologie.

 

Benoît Hamon s’était montré intéressé par la création d’une telle section du Conseil national des universités, qui n’est pas que technique puisqu’elle influe sur la recherche, le recrutement, les promotions. Najat Vallaud-Belkacem avait fait un peu semblant. Fioraso a sifflé la fin de la récréation. Que vive le libéralisme, que vive le “ Publish or Perish ” cher aux universités anglo-saxonnes, et aussi françaises, désormais.

 

Je reprends ici un article d’Emmanuel Lévy et Hervé Nathan, publié par Marianne qui montre bien (était-ce encore nécessaire ?) la cohérence idéologique de la droite solférinienne au pouvoir, et que la politique de cette droite a des racines profondes, de forte conviction.

 

 

La création d’une seconde section d’économie, « Economie et société », aux côtés de l’actuelle section « Sciences économiques », au sein du Conseil national des universités n’aboutira pas. Défendu notamment par le regretté Bernard Maris et, avec lui, l’ensemble de l’Association française d’économie politique (Afep), le projet pour un enseignement s’ouvrant aux économistes hétérodoxes, a été enterré sans fleurs ni couronnes. Adressée à Jean-Loup Salzmann, président de la Conférence des présidents des universités, et lui même défenseur du projet, la lettre de Geneviève Fioraso que Marianne s’est procurée est sans ambiguïté.

Fioraso soutient les économistes de droite

Malgré les engagements de ses ministres de tutelle, la secrétaire d’Etat chargée de l’Enseignement supérieur et de la Recherche se contente d’y rappeler « la disposition introduite dans le nouveau décret relatif aux enseignants chercheurs pour expérimenter pendant quatre ans la suppression du contingentement des recrutements par voie normal ». Bref, en langage simple, de la diversité façon Sciences Po sans grand effet… Le système de sélection des élites professorales via la voie d’excellence, l’agrégation, demeurera donc inchangé et restera aux mains des économistes orthodoxes et néo-classiques.

 

C’est regrettable. Au fil du temps, notre système de formation des économistes s’est fermé. Quand il y a vingt ans encore, il pouvait produire des André Orléan, des Michel Agglieta et des Thomas Piketty, aujourd’hui il ne repose plus que sur un critère ou presque : le « marché » des idées qui fonctionne selon la « bibliométrie », c’est-à-dire sur la quantité de publications dans les revues spécialisées dont peut se prévaloir chaque chercheur. Récemment encore, André Orléan, professeur et président de l’Afep, dénonçait dans le Monde les dérives ce système.

A l’image de la revue scientifique Econometrica, les plus importantes sont en anglais… Et qui les a fait reines en France ? La section 37 du Comité national de la recherche scientifique. Autrement dit le fameux Conseil national des universités. La boucle est bouclée… Ces revues d’excellence fonctionnent un peu comme les agences de notations. Telle publication dans telle revue équivaut a un certains nombre de points, et c’est sur ces points accumulés qu’est construite la cote des universitaires. Evidemment, les revues en question ont un point de vue, des convictions. Et les plus orthodoxes en économie sont les mieux notées.

 

Pour les hétérodoxes, qui n’ont pas accès à ces revues, impossible donc d’entrer sur le marché international du professorat, le fameux « job market » où les patrons des grands établissements viennent faire leurs courses. Et voilà comment, notre système national d’enseignement de l’économie, est lui aussi tombé sous l’emprise de cette cotation…

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Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
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