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6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 06:42

Une livraison dense et complète.

 

Pour Serge Halimi, il faut soutenir la Grèce :

Appuyée par la plupart des capitales européennes, l’Allemagne n’accepte pas l’arrivée au pouvoir à Athènes d’un gouvernement de gauche déterminé à appliquer son programme. Elle prétend tirer argument de sa domination économique et financière pour contraindre la Grèce à tenir le cap d’une politique d’austérité qui l’a ruinée.

Les Grecs n’ont pas besoin qu’on leur explique la signification du terme « démocratie ». Pourtant, les leçons pleuvent sur leurs têtes depuis qu’ils ont porté au pouvoir une force de gauche déterminée à tourner le dos aux politiques d’austérité qui depuis six ans les tourmentent. Les admonestations leur sont dispensées d’autant plus copieusement que les maîtres d’école savent de quoi ils parlent. Eux qui ont imposé des traités rejetés par le suffrage populaire et renié leurs engagements de campagne sitôt leur élection acquise. Désormais, une épreuve de force les oppose à ceux qui veulent tenir ce qu’ils ont promis, et à quoi ils croient. Elle sera d’autant plus rude que ces derniers pourraient diffuser à des tiers, jusqu’alors résignés à leur impuissance, des idées menaçantes pour l’ordre social. Au-delà du sort de la Grèce, cet affrontement engage le destin de la démocratie européenne.

 

Remarquable dossier consacré à Bouygues, le bâtisseur d’un dictateur (David Garcia)

 :

Absence totale de liberté et culte caricatural de la personnalité n’ont pas empêché le Turkménistan d’entretenir de bons rapports tant avec les Occidentaux qu’avec les Russes ou les Chinois. Ce pays neutre d’Asie centrale, au sous-sol gorgé de gaz, représente un client de choix pour les entreprises étrangères qui savent ne pas poser trop de questions, à l’instar du champion français du bâtiment.

 

Bouygues s’enrichit dans l’ombre d’un satrape :

Dans « Bouygues, le bâtisseur du dictateur », David Garcia révèle l’ampleur de l’implantation du champion français du bâtiment dans l’un des pays les plus fermés du monde. Ce travail s’appuie sur un reportage réalisé au Turkménistan en juillet dernier et plusieurs mois de recherche auprès de nombreux protagonistes.

Pour remporter de juteux marchés dans la satrapie de Saparmourad Niazov, les responsables du « roi du béton » n’ont pas ménagé leurs efforts. Témoin capital de cette période, le directeur de Bouygues Turkmen Aldo Carbonaro a dû nouer des relations privilégiées avec le « Turkmenbachi » ou « père des Turkmènes », qui dirigea sans partage son pays de l’indépendance en 1991 à sa mort en 2006. Après avoir quitté l’entreprise qui est aussi propriétaire de la chaîne TF1, Aldo Carbonaro a rédigé le document que nous révélons ici. Ces « mémoires » étonnantes témoignent avec une certaine candeur de l’état d’esprit qui régnait entre le bâtisseur et le dictateur.

 

Cécile Marin voit dans Achkhabad, un luxe de pastiches :

Ville nouvelle tsariste fondée en 1881, détruite par un tremblement de terre en 1948, Achkhabad abrite environ un million d’habitants aujourd’hui. Dans la reconstruction d’un nouveau centre-ville monumental et l’édification des symboles d’un pouvoir autoritaire, Bouygues s’est taillé une part de choix en imposant le style « persico-palladien » conceptualisé par son architecte Robert Bellon.

 

Pour Igor Delanoë, l’Ukraine est entre guerre et paix :

La chute du chaudron de Debaltsevo ruine les espoirs de reconquête militaire contre les insurgés du Donbass. Après un an de déconfiture, les dirigeants ukrainiens ont dû accepter de nouveaux accords à Minsk. Mais la perspective d’une solution politique durable, s’appuyant sur le respect des minorités et un dialogue avec Moscou, semble lointaine.

 

Pour Jens Malling, de la Transnistrie au Donbass, l’histoire bégaie :

Tandis que les gouvernements d’Ukraine et de Moldavie rêvent de l’Ouest, une petite république dissidente, enclavée entre ces deux pays, ne partage pas leurs aspirations. Même dépourvue de reconnaissance internationale, la Transnistrie entrave les projets occidentaux depuis vingt-deux ans, en requérant l’aval de la Russie pour toute solution. Ce « conflit gelé » éclaire les enjeux des combats au Donbass.

 

Laurent Geslin et Sébastien Gobert  se sont penchés sur la question de l’uranium :

Privée de charbon par les combats au Donbass, en conflit avec Gazprom pour son approvisionnement en gaz, l’Ukraine mise de plus en plus sur le nucléaire pour satisfaire ses besoins en énergie. Mais la fourniture en combustible des centrales atomiques héritées de l’Union soviétique dépend elle aussi des bonnes relations avec la Russie. S’en affranchir n’est pas sans risque.

Le Monde Diplomatique (80)

Pierre Rimbert voit dans la Loi Macron un obscur objet du désir :

L’histoire retiendra-t-elle que, le 11 janvier dernier, près de quatre millions de Français secoués par les attentats de Paris ont manifesté en faveur de… la loi Macron ? De prime abord, le rapport ne saute pas aux yeux entre la tuerie de Charlie Hebdo et un texte qui étend le travail dominical, facilite les licenciements collectifs, privatise des aéroports et supprime les peines de prison pour les patrons coupables de piétiner le droit syndical.

Aux esprits étriqués qui n’auraient pas saisi le lien, le représentant d’un cabinet de lobbying invité sur la chaîne BFM Business expliquait dès le lendemain du grand défilé : « Le moment d’unité nationale autour de ce qui s’est passé peut avoir des prolongements dans le vote de ces textes, parce que les prémices étaient déjà là, dans une sorte de consensus sur la nécessité de libéraliser l’économie. » Sans doute nouées par la timidité, les foules n’avaient pas osé, jusque-là, crier leur désir de loi Macron. A en croire l’extralucide Nicolas Baverez, cette pulsion impérieuse serait même le véritable motif des manifestations. « Le 11 janvier 2015, écrit-il, les Français ont adressé au monde et à leurs dirigeants un message de dignité et de courage, dont l’esprit est clair : sortir du déni, lever les tabous, passer des paroles aux actes. Ces principes (...) ne seront crédibles que s’ils s’appliquent aussi à la réforme économique et sociale » (Le Point, 12février 2015). Sur les pancartes « Je suis Charlie », il fallait en réalité lire « Je suis Macron ».

 

Renaud Lambert revient sur le problème de la dette publique :

L’échec de leurs politiques a privé les partisans de l’austérité de l’argument du bon sens économique. De Berlin à Bruxelles, les gouvernements et les institutions financières fondent désormais leur évangile sur l’éthique : la Grèce doit payer, question de principe ! L’histoire montre toutefois que la morale n’est pas le principal arbitre des conflits entre créditeurs et débiteurs.

 

Damien Millet et Eric Toussaint expliquent à quoi l’Equateur dit « non » :

En 2007, sept mois après avoir été élu, le président équatorien Rafael Correa a fait procéder à un audit de la dette du pays. Les conclusions ont montré que de nombreux prêts avaient été accordés en violation des règles élémentaires du droit international. En novembre 2008, l’Equateur a donc décidé de suspendre le remboursement de titres de la dette venant à échéance les uns en 2012, les autres en 2030. Ce faisant, ce petit pays d’Amérique du Sud est parvenu à racheter pour 900 millions de dollars des titres valant 3,2 milliards de dollars.

 

A Athènes, les médias sont à genoux (Valia Kaimaki) :

Rarement partis de l’argent et presse se sont trouvés en aussi étroite symbiose qu’à Athènes. La « relance démocratique » annoncée par Syriza pourra-t-elle libérer l’information ?

Contrairement à ce qui se passe dans la plupart des pays européens, en Grèce les chaînes de télévision et de radio privées disposent, depuis 1989, de licences dites « provisoires », sans avoir jamais versé le moindre centime à l’Etat.

Il y a quelques années, le journaliste Paschos Mandravelis résumait ainsi la situation : le fonctionnement des médias grecs ne s’inscrit pas dans le cadre d’un marché de l’information, mais dans celui d’un « marché de la politique  ». La proximité entre ces deux mondes est d’ailleurs apparue au grand jour en novembre 2011, lorsque le directeur du quotidien Ta Néa, Pantelis Kapsis, a quitté son poste pour rejoindre le gouvernement de M. Lucas Papadémos, un ancien banquier. Comme l’a souligné le journaliste Nikos Smyrnaios à l’époque, la famille Kapsis ne disparaissait pas pour autant de la presse : Manolis, le frère de Pantelis, « offici[ait] tous les soirs au journal télévisé de Mega Channel, où, en tant que commentateur politique, il sout[enait] ce même gouvernement  ».

 

«  Où sont les Sartre, les Foucault ? », demande Philippe Descamp :

Leur opposition aux politiques d’austérité vaudra-t-elle aux Grecs autant de sympathies que leur combat contre la dictature des colonels ? Après le coup d’Etat du 21 avril 1967, la solidarité internationale s’étendit à de larges secteurs d’opinion, au-delà de la gauche. Costa-Gavras raconte comment son film « Z » en devint l’emblème.

 

Joël Gombin dénonce la mythologie du front républicain :

Le duel entre les candidats socialiste et frontiste lors du second tour de la législative partielle du Doubs, le 8 février dernier, s’est conclu par l’échec du Front national, qui a pourtant mobilisé une bonne partie des électeurs de droite. Une nouvelle fois, les dirigeants politiques se sont focalisés sur l’opportunité d’un front républicain. Et si celui-ci n’avait jamais existé ?

 

Ô le joli titre de Benoît Bréville et Pierre Rimbert : “ Une gauche assise à la droite du peuple ” :

L’ancrage du Front national et le discrédit des partis de gouvernement redessinent la carte des idées politiques. Les acteurs de ce grand chambardement se réclament tous des couches populaires. Mais ils escamotent volontiers les antagonismes entre classes sociales au profit d’approches plus immédiatement accessibles à des masses supposées dépolitisées : France périphérique contre bobos des métropoles, peuple contre élite.

 

Philippe Pons explique pourquoi les Nord-Coréennes réveillent le « royaume ermite » :

Contrairement aux idées reçues, la grisaille disparaît progressivement des rues de Pyongyang, les femmes de la capitale ayant tendance à suivre la mode venue de Chine. Au-delà de leur apparence vestimentaire, elles ont conquis une force nouvelle en promouvant les marchés parallèles, plus ou moins tolérés par le pouvoir.

 

La Russie appelée à la rescousse par Kim Jong-un (Philippe Pons) :

Pour sa première visite à l’étranger, le dirigeant Kim Jong-un a choisi Moscou, et non Pékin. Encore fragile, le rapprochement russo-nord-coréen pourrait peser sur les équilibres régionaux.

 

Les pratiques mémorielles explosent. Geneviève Clastres nous voit « En bermuda dans les tranchées » :

Depuis la fin des années 1990, les pratiques mémorielles explosent. Au niveau mondial comme à l’échelon national, les lieux organisés pour le souvenir se multiplient : musées, mémoriaux, sites, etc. L’Unesco se voit appelée en renfort pour donner son estampille, gage d’un appel d’air touristique. Mais cette vogue inquiète certains historiens, et pose toute une série de questions délicates.

 

Une réflexion d’ Ignacio Ramonet : “ Hugo Chávez, Dieu et la révolution ” :

Caracas a annoncé avoir déjoué une tentative de coup d’Etat mi-février. En dépit des événements de ce type, c’est de l’intérieur du processus bolivarien qu’a émergé la principale menace pour son avenir : la corruption (lire « Le Venezuela miné par la spéculation »). Celle-ci s’oppose à l’éthique révolutionnaire que l’ancien président Hugo Chávez, décédé en 2013, revendique dans un livre d’entretiens avec Ignacio Ramonet, dont nous présentons ici un extrait.

 

Pendant ce temps, le Venezuela est miné par la spéculation (Ladan Cher) :

En dépit des pénuries, les étagères des boutiques de Caracas sont pleines : les commerçants compensent le manque de variété des produits proposés en entassant les mêmes, sur des mètres et des mètres de linéaires. Mais les murs de pâte dentifrice ne comblent pas tout à fait Mme Cecilia Torres, qui fait la queue depuis plusieurs heures dans l’espoir d’obtenir du lait ou de la lessive : « Il faudrait trouver la pierre philosophale qui transforme le dentifrice en lait », ironise-t-elle.

 

Le temps de la haine entre les Etats-Unis et l’Iran est-il révolu  ?, demande Trita Parsi :

La perspective d’un accord sur le nucléaire iranien esquisse un possible réchauffement des relations entre Téhéran et Washington. Sans aller jusqu’à la renaissance d’une vieille alliance datant de l’époque du chah, ce rapprochement pourrait rebattre les cartes stratégiques du Proche-Orient. A condition que les deux parties acceptent d’oublier leur défiance mutuelle.

 

Marius Schattner évoque lecoup de poker de M. Netanyahou :

Malgré l’opposition du président Barack Obama, les deux Chambres du Congrès américain ont invité le premier ministre israélien à prononcer un discours, le 3 mars. M. Benyamin Netanyahou espère tirer un bénéfice politique de ce rendez-vous, deux semaines avant un scrutin législatif dont son camp reste le favori. Mais l’alliance entre la gauche et le centre dispose d’atouts, dans un contexte de mécontentement des couches moyennes et populaires.

 

Un bon retour sur « Selma » et la légende noire (Adolph Reed Jr) :

Programmé en France à partir du 11 mars, le film « Selma » a déclenché une âpre controverse au moment de sa sortie dans les salles américaines en décembre 2014. Tandis que certains l’ont vu comme une arme pour mobiliser les Noirs contre la brutalité policière et les discriminations, d’autres l’ont accusé de réécrire l’histoire et de célébrer l’existence d’une « communauté noire » imaginaire.

 

 

Enfin, Ibrahim Warde nous décrit SwissLeaks ou la grande évasion :

Pour lutter contre la fraude, le fisc rejoue à l’infini la scène où le mari de La Dame de Shanghaï (1947) poursuit son épouse dans le palais des glaces imaginé par Orson Welles. A chaque fois qu’il pense l’abattre d’un coup de revolver, c’est un miroir du labyrinthe qui s’effondre ; les amants s’enfuient par une porte dérobée. Les limiers de l’affaire SwissLeaks n’échapperont probablement pas à ce scénario. Déclenchée à la suite de la soustraction par l’informaticien Hervé Falciani de fichiers appartenant à la HSBC Private Bank (filiale suisse de l’établissement britannique), cette affaire apparaît toutefois inédite par son ampleur : pas moins de cent six mille comptes sur une période allant de 2005 à 2007, épluchés par cent cinquante-quatre journalistes de soixante médias issus de quarante-sept pays. Sur la bande-son, on entend les commentaires et recommandations des relationship managers, ces gestionnaires de fortune au service de la clientèle privée internationale.

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Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
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