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31 mars 2015 2 31 /03 /mars /2015 05:26

La différence entre le PDG de Ryanair et ceux des autres grandes sociétés mondiales est qu’il n’y a pas de différences. Michael O’Leary dit tout haut ce que les autres pensent tout bas. Un peu comme le PDG d’Air France, Alexandre de Juniac, qui s’est récemment lâché contre les conquêtes sociales des travailleurs de la compagnie. On en vient à se demander s’il n’y aurait pas un tropisme légèrement facho dans le monde de l’aviation. Mermoz le Croix-de-Feu, c’est un peu loin, tout de même !

 

Ce type, qui a raté ses examens à Trinity College, est l’un des fleurons les plus flamboyants du libéralisme et de l’individualisme forcenés. Un exemple anecdotique : en 2004, il a acheté une licence de taxi pour sa Mercedes pour pouvoir utiliser les voies réservées aux bus dans Dublin afin de gagner du temps dans les embouteillages.

 

Il est régulièrement condamné pour viol des lois européennes (qui sont pourtant douces pour lui et les siens). Il paye les amendes quand il a le temps. Son discours est aussi violent et cynique que celui d’un (faux) baron Sellière qui, lui, est suffisamment malin, pour ouater quelque peu la forme de sa férocité lorsqu'il évoque, avec un mépris d'acier pour l'État qui l'a subventionné et les travailleurs qu'il a ruinés, la financiarisation de ses sociétés. O’ Leary s’est entretenu avec Felix Gillette de Bloomberg Business. Ses propositions pour fracasser toujours davantage les travailleurs constitueront très bientôt le bréviaire des bonnes écoles de gestion (pardon : de management). Macron et Valls en rêvent la nuit.

 

À quoi servent les compagnies à bas coût (pardon : low cost) ? À gagner beaucoup d’argent évidemment en faisant en sorte que le facteur humain disparaisse de la surface de la terre, mais aussi à tirer vers le bas les compagnies “ normal cost ”. Quand ils ne meurent pas, les passagers de Germanwings permettent à ceux de la Lufthansa de voyager dans un grand confort tandis que les personnels de la maison mère rament tant est plus pour que leurs conditions de travail et leurs salaires restent décents.

 

Quant à Ryanair, désormais troisième compagnie européenne en Europe,  c’est toutes les compagnies qui sont dans son collimateur. De dérogations en captation de subventions publiques, de non respect des droits des travailleurs en économie sur les coûts d’entretien, c’est la première place que la compagnie vise désormais. Sans état d’âme : « Si personne ne m'aime, je m'en fous. Je n'aime ni les nuages ni les avions, je n'ai jamais voulu être pilote ! » Franche profession de foi du PDG.

 

Lorsqu’on verse des salaires médiocres, lorsqu’on exige de l’argent des petits aéroports pour que la compagnie veuille bien y faire escale, lorsqu’on facture aux clients tout ce qui ne relève pas strictement de la prestation aérienne (1 euro pour aller aux toilettes, par exemple), on peut effectivement obtenir un prix moyen par billet de 45 euros, contre 250 pour Air France. Pour O’Leary, un avion, c’est un bus avec des ailes. Ce en quoi il a tort car ce pourrait être un char à bœufs : il suffirait de remplacer les fauteuils par de la paille, où même les pilotes pourraient venir se soulager.

 

En septembre 2012, donc bien longtemps avant le désolant suicide du jeune Allemand dépressif, O’Leary déclarait qu’un seul pilote était suffisant puisque, grâce à l’informatique, les avions étaient de plus en plus faciles à piloter. Son neveu de 14 ans avait d’ailleurs réussi un vol sur simulateur. Le dynamique PDG proposait en outre d’abolir le droit de grève pour les pilotes (ce qu’avait accompli de facto Reagan dans les années 1980) et de remplacer les grévistes par des militaires ou des contrôleurs du ciel. N’hésitant pas à faire appel à l’économie du troc, O’Leary déclarait qu’il accepterait de se faire payer dans n’importe quelle monnaie, y compris « des chèvres grecques ». Taxer les obèses relève pour lui de la facétie anecdotique et de l'évidence. Tout comme la non fourniture d’une chambre d’hôtel aux passagers bloqués pour annulation de vol.

 

Géopoliticien différent, le PDG de Ryanair souhaite une crise économique radicale : « Une bonne récession de 12 à 18 mois, profonde et sanglante serait la bienvenue. Cela permettrait de comprendre l'absurdité de la lutte pour l'environnement. Et surtout, après 10 ans de croissance, cela permettrait aux entreprises de merde déficitaires de céder leurs avions à bas coût ».

 

Pour la bonne bouche, la meilleure proposition d’O’Leary reste tout de même les pipes gratuites en classe affaires (pardon : business class) :

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Published by Bernard Gensane - dans Politique
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Pierre Verhas 31/03/2015 09:06

On connaît bien Ryanair en Belgique. C'est même dans le plat pays que cette compagnie a installé sa première base : Charleroi.

L'aéroport de Charleroi qui n'a qu'une piste était à l'origine un aérodrome d'essai pour les avions militaires et puis civils. Il y avait deux sociétés de construction aéronautique. L'une a disparu et l'autre fabrique les bords d'attaque des Airbus.

C'est O'Leary qui a eu l'idée d'en faire un aéroport régional de passagers, la Région wallonne, propriétaire, ne lui demandant pas de taxes et subventionnant Ryanair. Aujourd'hui, cet aéroport accueille un million de passagers par an. Ces avantages sont accordés pour "accroître l'emploi" !

La Commission européenne a plusieurs fois (et mollement) protesté contre ces aides publiques. Sans effets. O'Leary faisant systématiquement le chantage au départ. D'autre part, le personnel navigant surexploité est sous contrat irlandais. Des plaintes auprès du Tribunal du Travail (en Belgique, il y a longtemps qu'on n'a plus les Prud'hommes) n'ont pas abouti : il s'est déclaré incompétent, les contrats relevant du droit irlandais, alors que ces travailleurs sont domiciliés en Belgique et leur base est à Charleroi.

Le low cost est un pur produit du néolibéralisme, car il s'étend à toutes les compagnies. Ainsi, le personnel est surexploité et les passagers pressés comme des citrons, car le low cost est un système à option. Par exemple, pour un bagage en soute, il faut payer un supplément. Pour un repas, aussi, etc. En définitive, cela revient au prix d'un billet ordinaire.

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