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20 juin 2015 6 20 /06 /juin /2015 05:29

Kurt Tucholsky est né le 9 janvier 1890 à Berlin. Après avoir combattu durant le Première Guerre mondiale, il s’efforce, en tant qu’essayiste et journaliste, de rapprocher les deux pays ennemis. En vain. Il exècre le nationalisme. En 1922, après l’assassinat du ministre des Affaires étrangères Rathenau, il rédige ce vibrant appel pour une république forte :

 

« Relève-toi ! Montre leur la frappe de tes poings !

Ne t'endors pas à nouveau après deux semaines !

Dehors avec les juges monarchistes,

les officiers – et la canaille

qui vit de toi et qui te sabote

et placarde des croix gammées sur tes maisons.

(…)

Quatre années de meurtres – mon Dieu, ça suffit,

Tu en est maintenant à ton dernier souffle.

Montre ce dont tu es capable. Fais ton examen de conscience.

Meurs ou bien bats toi. Il n'y a pas d'autre issue. »

 

 

Il s’en prend violemment au parti social-démocrate et à son chef Ebert en leur reprochant d’avoir trahi pendant la révolution de novembre 1918. Dépressif, il tente une première fois de se suicider.

 

Il se prononce pour un patriotisme populaire : « il est faux que ceux qui prétendent représenter le sentiment national et qui ne sont que des bourgeois militaristes aient accaparé à leur profit ce pays et sa langue. Ni ces Messieurs du gouvernement en redingote, ni ces professeurs, ni ces Messieurs Dames du Stahlhelm [anciens combattants de droite] ne sont à eux seuls l'Allemagne. Nous sommes là aussi. (…) L'Allemagne est un pays divisé. Nous en sommes une partie. Et malgré toutes les contradictions, nous exprimons avec constance notre amour serein pour notre patrie, sans drapeaux, sans orgue de Barbarie, sans tirer l'épée. »

 

Face à la montée du nazisme, il s’estime désemparé : « Je vais maintenant la fermer. On n'engueule pas un océan. »

 

Juif, il se réfugie en Suède où il assiste, impuissant, au triomphe des nazis en 1933.

 

Le 20 décembre 1935, il avale une surdose de somnifères et meurt le lendemain. Dans sa satire Requiem, il avait proposé pour lui cette épitaphe :

 

Ici repose un cœur en or et une grande gueule

Bonne nuit !

 

(Impatienta doloris/Pudor)

 

Pas de réussite sans femme, avait-il écrit. Ce qui ne l’empêcha pas de rater sa vie sentimentale.

 

 

 

 

À l’occasion de la montée en puissance de la firme Apple, on a redécouvert le grand mathématicien et informaticien Alan Turing. Pendant la Seconde Guerre mondiale, sa machine à calculer parviendra à décrypter le système de codage allemand Enigma, réputé inviolable.

 

Turing est né à Londres en 1912. Il apprend à lire en trois semaines. À l’école, il devient vite la tête de Turc des autres élèves. Il est également un authentique sportif : en 1948, il terminera 4ème du championnat national du marathon en 2 heures 46 minutes.

 

En 1928, il découvre les travaux d’Albert Einstein et comprend qu’ils remettent en cause Euclide, Galilée et Newton.

 

Il soutient une thèse à Princeton en 1938 sur l’hyper calcul puis poursuit des études à Cambridge où il fait la connaissance de Wittgenstein.

 

Fin 1938,Turing fait partie des jeunes scientifiques appelés à suivre des cours de chiffre et de cryptanalyse. Juste avant la déclaration de guerre, il rejoint le centre secret de la GC&CS à Bletchley Park. Il y est affecté aux équipes chargées du déchiffrage d’Enigma. Turing pénètre les réseaux de l’armée de terre et de l’aviation. Il découvre ensuite les clés de l'Enigma navale, ce qui redonne à la Grande-Bretagne un avantage dans les batailles d'Angleterre, de Libye et de l'Atlantique.

 

Turing part en 1943 pour les Etats-Unis. Il élabore une machine à coder la voix, du nom de code Delilah.

 

Fin 1945,il rédige le premier projet détaillé d'un ordinateur : l’ACE (Automatic Computing Engine). Pour des raisons administratives, l’ordinateur ne sera pas construit. En 1948, il rejoint l’université de Manchester où il conçoit et fabrique – pour de bon cette fois-ci – le premier ordinateur, le Manchester Mark I.

 

Turing n’a jamais caché son homosexualité. En 1952, sa maison est cambriolée. Turing porte plainte. Arrêté, le cambrioleur dénonce le complice qui lui avait indiqué l'affaire, un ex-amant du mathématicien. Turing et l’amant sont inculpés d'outrage aux mœurs et de perversion en vertu d’une loi de 1885. À la même époque, éclate l’affaire des cinq de Cambridge, des intellectuels communisants et homosexuels ayant livré des renseignements à l’Union soviétique. Il ne fait pas bon être homosexuel et intelligent dans le Royaume-Uni de ces années.

 

Le procès de Turing défraye la chronique. Le savant doit choisir entre l’emprisonnement ou la castration chimique. Il choisit le traitement, d'une durée d'un an, avec des effets secondaires temporaires comme le développement de ses seins et des accès dépressifs.

 

Le 8 juin 1954, Turing est retrouvé mort, empoisonné au cyanure. Il aurait partiellement mangé une pomme imbibée du poison. D’où l’origine, peut-être mythique, du logo de la firme Apple.

 

En 2009, une pétition est envoyée au Premier ministre Gordon Brown : « Nous, soussignés, demandons au Premier ministre de s'excuser pour les poursuites engagées contre Alan Turing qui ont abouti à sa mort prématurée ». Brown présente ses regrets au nom du gouvernement britannique mais, en 2012, le ministre de la Justice exprime son refus de revenir sur la condamnation qu’il qualifie cependant de « cruelle et absurde ». En décembre, onze scientifiques britanniques, dont Stephen Hawking, demandent au gouvernement d’annuler sa condamnation. Le 24 décembre 2013, la reine gracie Turing en déclarant : « nous considérerions aujourd'hui cette condamnation comme injuste et discriminatoire ».

 

(Impatienta doloris).

 

 

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Published by Bernard Gensane - dans culture
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commentaires

AF30 21/06/2015 09:18

Les mot de Kurt Tucholsky que je ne connaissais pas me font penser à ceux de Bruno Traven dans le vaisseau des morts sur le même sujet : " les gouvernements se rabibochèrent, les brigands de haut vol s'attablèrent aux fastueux banquets de réconciliation, et les travailleurs et les petites gens de tous les pays payèrent la casse : frais d' hôpital, d'enterrements, gueuletons de réconciliation. "

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