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16 juin 2015 2 16 /06 /juin /2015 06:05

On connaît cette célèbre définition anglaise : « Football is a gentleman's game played by ruffians, and rugby is a ruffian's game played by gentlemen. » (Le football est un sport de gentilshommes joués par des voyous tandis que le rugby est un sport de voyous joués par des gentilshommes). Le sport ne sera plus traversé par la lutte des classes lorsque les poules auront des dents.

 

Le rugby à XIII est né dans le nord de l’Angleterre en 1895 d'une sécession au sein de la Rugby Football Union. Le nœud du problème était la compensation des heures de travail perdues par les joueurs, la plupart de condition ouvrière (entraînements, matchs, transport ferroviaire), ce que les clubs du sud du pays refusaient. Vingt clubs du Yorkshire et du Lancashire décident alors de payer le manque à gagner (six shillings) à leurs joueurs. Ils créent une fédération autonome, la Northern Rugby Football Union (qui deviendra en 1922 la Rugby Football League). Les joueurs sont donc désormais “ professionnels ”.

 

Issu d’une mouvance de gauche (en France comme en Angleterre), le rugby à XIII est interdit par le régime de Vichy le 19 décembre 1941. Pétain, qui signe le décret en personne veut marquer sa volonté d'éradiquer le professionnalisme dans le sport français, comme c’est le cas dans l’Allemagne nazie. Dès le 22 août 1940, Jean Ybarnegaray, président-fondateur de la Fédération française et internationale de Pelote basque, secrétaire d'État à la Jeunesse et à la Famille et député du Parti social français du colonel de la Roque, avait prévenu : « Le sort du rugby à XIII est clair, il a vécu [et sera] rayé purement et simplement du sport français. »

 

En 1942, le ministre des sports Joseph Pascot (ancien international de rugby à XV et proche de René de Chambrun, le gendre de Laval) explique que sa politique est de contrôler et de diriger la jeunesse et de « mettre au pas » le monde du sport.

 

À la Libération, le rugby à XIII relance son championnat et obtient en 1946 une existence officielle à condition de s'appeler “ jeu à XIII ”. Ce changement d'appellation a des conséquences matérielles sérieuses puisque, selon une ordonnance du 7 octobre 1943 prise par le Général De gaulle, les associations supprimées retrouveront leurs biens et droits à la Libération. En raison du changement d'appellation, le rugby à XIII ne retrouvera jamais ses biens, ses stades et son argent qui reviendront en grande partie à des clubs de rugby à XV.

 

Au bout de huit années d'une procédure lancée en 1985 par Jacques Soppelsa, président de la Fédération française de jeu à XIII, la discipline retrouve son appellation « rugby à XIII » par un arrêt de la Cour de cassation du 4 juin 1993. Lorsque la procédure avait été lancée, Bernard Lapasset, président de la Fédération française de rugby à XV, avait déclaré : « Je dis simplement ceci, et c'est un avertissement gratuit : nous ne nous laisserons pas faire ! [...] je ne veux pas la guerre, mais je vous le dis, Messieurs, que s'il faut la faire, nous la ferons totale ! Et tant pis si nous abattons la Fédération de jeu à XIII ».

 

Lorsque Jean Zay fut accueilli au Panthéon, c’est un authentique défenseur du Rugby à XIII qui fut honoré. Comme ministre de l'Education nationale de 1936 à 1939, il avait pris la défense de ce sport. C'est certainement le déclenchement de la guerre qui empêcha Jean Zay de faire reconnaître le rugby à XIII comme une discipline à part entière. Et c’est cette absence de reconnaissance qui permettra sa suppression par décret.

 

 

 

Avec la disparition de Léo Lagrange (tué sur le front en juin 1940) et de Jean Zay (assassiné par la Milice en juin 1944), le Rugby à XIII perdit ses deux meilleurs défenseurs.

 

À part Marie-Georges Buffet en mai 2000 (Ministre Jeunesse et Sport), nul ministre n'a, depuis des dizaines d'années, assisté à une finale treiziste (championnat ou coupe lord Derby). La ministre communiste avait mis sur pied une commission afin de rétablir le rugby à XIII dans ses droits. Son successeur de droite, Jean-François Lamour, enterra cette commission

 

Signalons enfin qu'aucun membre des équipes de France de Rugby à XIII (excepté Puig Aubert) n'a été, fait titulaire de la Légion d'Honneur.

 

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Published by Bernard Gensane - dans culture
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