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6 juin 2015 6 06 /06 /juin /2015 05:26

Il y a un quart de siècle, il m’a été donné de présider un jury de baccalauréat. Cet examen étant le premier grade universitaire, les jurys sont présidés par des universitaires et vice-présidés par des enseignants du secondaire. Je me souviens qu’à l’époque mes collègues parisiens – ceux de la Sorbonne en particulier – ne répondaient quasiment jamais aux convocations, ce en quoi ils avaient tort, sans parler de l’illégalité de la posture. Il est bon, en effet, que les enseignants du supérieur ait une connaissance, même rapide et superficielle, de ce qui se passe dans les classes terminales, du niveau des futurs étudiants, de leurs difficultés.

 

Cette session avait duré deux jours, peut-être trois, je ne me souviens plus exactement. Dans une ville distante de mon université. Je m’étais présenté le matin du premier jour au chef d’établissement et au vice-président du jury. Ils m’avaient dit qu’il n’y avait pas de problèmes en vue et m’avaient simplement suggéré de repasser le soir pour apposer mon paraphe au bas d’une pile de PV. Le soir du deuxième (ou troisième) jour, j’assistai naturellement à la délibération finale en donnant comme conseil à mes collègues, à propos des cas litigieux, d’imaginer le candidat trois mois plus tard en fac. S’ils le voyaient intégrer, sans grandes difficultés, l’université à la rentrée suivante, un coup de pouce était possible. Sinon, le candidat devrait faire ses preuves au rattrapage. Je conseillai, cela dit, une certaine rigueur dans la mesure où, le bac étant le premier grade de l’enseignement supérieur, il donnait un accès automatique à l’université, sauf dans quelques filières qui, illégalement, avaient mis en place des formes détournées de sélection.

 

La veille de mon premier jour de présence sur les lieux de l’examen, j’avais reçu un coup de téléphone d’un employé subalterne du rectorat m’informant que dans la série que je présidais le pourcentage national de réussite était de 78% et qu’il serait bon que je m’approche de cette performance. J’étais sidéré : je venais de passer dix ans en Côte d’Ivoire où jamais je n’avais subi une telle pression de la part des autorités au moment des examens. Je répondis à cet administratif qu’en droit français les jurys étaient souverains et je lui raccrochai au nez.

 

Depuis, les choses se sont nettement affinées. On sait que, dans certaines disciplines, les correcteurs sont encouragées à noter sur 24 et non sur 20 et que la mention “ très bien ”, attribuée à un candidat sur 500 quand j’ai moi-même passé le bac dans les années soixante, est devenue totalement banale. Et je ne parle pas des candidats qui, grâce à diverses épreuves facultatives, obtiennent l’examen avec une moyenne de 21 sur 20.

 

Je ne pense pas, cela dit, que l’on puisse qualifier le bac d’aujourd’hui de mascarade. Il s’agit toujours d’une entrée dans le bois sacré de la vie, intimidante et plutôt sérieuse. Et ce qui n’est certainement pas une comédie, en ces jours où les Solfériniens n’ont que l’expression « choc de simplification à la bouche », c’est le pensum infligé aux présidents de jurys et à leurs adjoints.

 

 

En un  mot : plus le bac est facile à obtenir, plus les membres des jurys sont accablés de travail et d’obligations. Qui ne servent strictement à rien, évidemment, puisque, au plan national, les résultats sont connus à l’avance.

 

Les présidents et présidents-adjoints doivent d’abord perdre une demi-journée de « formation ». À l’aide du désormais inévitable Powerpoint, ils sauront tout, tout, tout sur leurs obligations. Le document d’une soixantaine de pages remis en fin de stage l’atteste magnifiquement.

 

Le jour venu, les P et PA devront prendre connaissance de la proportion des avis donnés par l’équipe pédagogique du candidat : Très favorable, Favorable, Doit faire ses preuves. Ce qui signifie, par parenthèse, que les collègues du secondaire doivent perdre leur temps (sans rémunération, bien sûr) à établir ces statistiques et à évaluer les candidats en fonction de leurs camarades.

 

J’ai sous les yeux le document concernant un baccalauréat technologique. Pendant dix pages, le bac est décrit en phrases succinctes, à raison de quelques lignes par page (merci pour le papier). On en arrive ensuite à la « mission » des P et des PA. Avec un rappel auquel personne n’aurait jamais pensé : « sauf exception, les examinateurs délibèrent dans le jury au titre duquel ils ont corrigé les copies et participé aux oraux. » 13 lignes (sur 2 pages) sont ensuite consacrées à la « préparation des résultats ». 4 pages mettent ensuite en scène des exemples concrets de livrets scolaires. Puis 1 page pour la « signature » et 1 autre page (5 lignes) sur la « préparation des résultats », précédant 2 pages d’exemples de PV de délibérations de jury. 1 page (6 mots) est consacrée aux « fraudes ». 1 page (2 mots) est intitulée « Questions diverses ? ».

 

1 page fournit ensuite la liste des centres de délibération du bac technologique pour l’académie.

 

4 pages, serrées cette fois-ci, concernent les « instructions pour les présidents et membres du jury ». Des instructions utiles et concrètes mais totalement évidentes pour la plupart d’entre elles. Certaines de ces instructions sont reprises dans un document de 3 pages (bien serrées), extrait du Code de l’éducation. Plus les candidats sont mauvais, plus ils sont procéduriers. Donc, prudence.

 

Une liasse de 21 pages est consacrée à la saisie des notes sur Delibnet. Je n’entre pas dans les détails mais c’est lourd et complexe. Et puis, comme toujours avec les démarches informatiques, il ne faut pas se tromper !

 

Enfin, 3 pages présentent le baccalauréat concerné et les modalités de l’examen.

 

Lors de ce stage, il a été recommandé aux P et PA de se faire fabriquer, à leurs frais, un tampon. Ils auront en effet à mentionner des centaines de fois leurs nom et prénom sur toutes sortes de document.

 

Bon courage à tous.

 

 

 

 

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