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3 juillet 2015 5 03 /07 /juillet /2015 05:35

 

Une petite parenthèse pour commencer : le budget du Mouvement des entreprises de France est constitué pour un tiers de subventions publiques provenant directement de nos porte-monnaie. On peut être le plus féroce avocat de l’entreprise privée et du capitalisme financier et se gaver sans vergogne de l’argent public.

 

En 1998, le Medef remplace le CNPF (Conseil National du Patronat Français). Le changement d’appellation a deux objectifs : gommer le mot « Patronat », associé à l’idée de classe exploiteuse, même si les 750 000 entreprises adhérentes se revendiquent pleinement patronales, et instiller de manière quasi subliminale dans tous les esprits que le combat de cette organisation en faveur de ses idéaux de droite est sans fin. C’est un mouvement perpétuel qui ne s’arrêtera jamais, quelles que soient les concessions du camp d’en face, les victoires remportées.

 

Même s’il est de plus en plus décomplexé, le Medef n’utilise pratiquement jamais le mot capitalisme. Il préfère le vocable « libéralisme » et laisse à certains de ses plumitifs la liberté d’utiliser le cinglant « ultralibéralisme ».

 

 

Dans les entreprises, il n’y a plus d’ouvriers, d’ouvriers spécialisés (ah, les OS des années soixante-dix !) mais des « opérateurs », des « agents », voire des « collaborateurs » (le mot « collaborateur » n'existe pas dans le Code du travail, son utilisation vise à masquer le lien de subordination enhtre employeur et employé). Pour ces opérateurs les patrons ne versent pas des cotisations (à bas la notion de salaire différé) mais des « charges ». Comme son nom l’indique, une charge est une croix lourde à porter (comme le chantait Bécaud dans les années cinquante).

 

Le Medef n’utilise jamais l’expression « lutte des classes ». Il aurait bien tort de le faire puisque aucun syndicat, qu’il soit de collaboration ou de transformation ne s’y risque plus, le parti communiste non plus. Ou alors tellement rarement. C’est le Medef qui a imposé, avec l’aide de la CFDT et des principaux partis politiques de droite et de gauche la notion de « partenaires sociaux » qui implique tout bêtement que la collaboration entre les patrons et les salariés est une obligation et qu'elle ne peut et ne doit déboucher que sur des solutions concrètes pour le bien-être de la société. De même, le Medef affectionne l’expression anglo-saxonne de « gagnant-gagnant » (win-win), comme si, à la grande distribution des prix de la vie sociale, les récompenses étaient de même valeur.

 

Pour le Medef, comme pour la droite et les Solfériniens (surtout depuis Rocard), l’entreprise est « citoyenne », ce qui sous-entend qu’elle est un espace de neutralité, en dehors de la marche du temps et de l’histoire sociale. Donc, comme Manuel Valls, on ne peut que l’« aimer ». En lui versant des dizaines de milliards d’euros sous forme de diminutions de « charges » sociales ou de crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, une des plus vastes escroqueries de notre temps. Le banquier rothschildien Macron estime sans rire que « l’entreprise est la propriété de ceux qui la font ». Thierry Lepaon, avant que des travaux de rénovation l’aient ravi à l’affection de ses amis, déclarait au Nouvel Économiste (un organe très éloigné du Medf, on le sait) : « L’entreprise est une communauté composée de dirigeants et de salariés et ces deux composantes doivent pouvoir réfléchir et agir ensemble dans l’intérêt de leur communauté ». Comme le martèle le président Gattaz (chez les patrons, on préside de père en fils), « l’entreprise n’est ni de gauche ni de droite, elle est là pour l’emploi ». Certainement pas pour la croissance des dividendes.

 

C’est sous ce système d’entreprises « citoyennes » que 500 000 nouveaux chômeurs se sont inscrits à Pôle Emploi en deux ans, que les délocalisations se sont multipliées, que la désindustrialisation a frappé inexorablement, que la précarisation est devenue banale et que les conditions de travail sont de plus en plus infernales.

 

 

 

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