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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 05:09

 

 

Dans les années 1990, un grand mouvement de dérégulation du marché de production et de distribution de l’énergie électrique a commencé en Grande-Bretagne. Si j’osais, car le sujet est grave, je me permettrais un jeu de mots : « Power to the People » (« Power » = « le pouvoir » et « l’énergie »).

 

Lorsque les conservateurs (Thatcher puis Major) décidèrent de privatiser les centrales et les réseaux d’électricité à partir de 1990, ils ne se doutaient pas qu’un quart de siècle plus tard l’électricité britannique serait presque entièrement sous la coupe de grands groupes européens, l’entreprise publique EDF au premier chef ! Des hauts fonctionnaires de l’ancienne électricité publique (Central Electricity Generating Board) en profitèrent pour s’enrichir, moins cependant que des fonds d’investissement étasuniens ou des entreprises comme EDF ou GDF-Suez. La Loi sur l’électricité de 1989 a maintenu les moyens de production nucléaire dans le secteur public. Il ne s’agissait pas d’un vrai choix de la part du gouvernement qui avait envisagé d’introduire les centrales nucléaires en bourse avant un revirement dû à des mauvaises performances qui avaient dissuadé les acquéreurs éventuels. La loi sur l’électricité mit un terme à l’intégration horizontale de la production en mettant en place trois producteurs principaux, dont deux privés, et à l’intégration verticale en dissociant la production et le transport.

 

Le modèle britannique inspira les États-Unis, la Nouvelle Zélande, l’Australie et l’Amérique Latine, où la privatisation s’opéra sous l’égide du FMI. La dérégulation toucha ensuite l’Europe, sous la pression de la Commission européenne, le Portugal et les Pays-Bas ayant montré le chemin. La Commission imposa aux entreprises ayant préservé l’intégration verticale une dissociation comptable. Elles durent tenir des comptes séparés pour leurs activités de production, de transport et de distribution et faire contrôler et publier leurs comptes annuels selon les règles nationales relatives aux comptes annuels des sociétés de capitaux.

 

La production et la distribution d’électricité impliquent d’énormes investissements. Ce sont les États qui en assument la plus grande part. C’est le cas de la France depuis la nationalisation en 1946 qui permit une politique beaucoup plus innovante que celle des entreprises privées d'avant-guerre. L’un des avantages de l’investissement public est de lisser les coûts, de produire éventuellement de manière excédentaire et de limiter l’extrême complexité des tarifs. Comme par hasard, privatisation ne fut lancée à l’époque où les capacités de production impliquaient encore de lourds investissements.

 

La production excédentaire permit la privatisation partielle et la dérégulation. De grands monopoles privés purent accaparer les profits. Il ne faut pas oublier que l’État possédant 85% d’EDF, il pourrait très bien en posséder 100%. C'est dire que la privatisation partielle fut beaucoup plus idéologique qu’économique. Mais les enjeux sont considérables : en 2010, la capitalisation boursière d’EDF atteignait 70 milliards d’euros, en recul de 7 milliards d’euros par rapport à 2009. Qui a perdu quoi ?

 

 

 

 

Lorsque l’entreprise fut partiellement privatisée, la tendance fut au flux tendu, avec les risques de pannes historiques comme connurent, à répétition, les États-Unis et le Canada. On rappellera en deux mots les circonstances de l’affaire ENRON. L’État de Californie privatisa son industrie électrique en 1996. La production électrique était alors excédentaire mais une forte croissance dans la consommation mina cet excédent. Le prix de gros de l’électricité explosa. Le prix de détail étant resté réglementé, de nombreux fournisseurs firent faillite. Des délestages tournants furent mis en place tandis qu'était proclamé l'état d’urgence. La libéralisation à tout crin avait permis à certaines sociétés comme ENRON de jouer sur les prix à leur avantage. Le New York Times évoqua « un hold-up de 30 milliards en plein jour ». Le PDG d’Enron, qui « croyait en Dieu et en le marché », avait promis à ses employés une explosion de l’action ENRON de 800% en un an. Pauvres gogos qui furent ruinés et dont certains se suicidèrent. le PDG d'ENRON ne fut pas condamné à la chaise électrique.

 

Face à ce désastre qui coûta 45 milliards de dollars à la Californie, les pouvoirs publics firent machine arrière en renationalisant le transport de l’électricité et en régulant les trois plus grandes compagnie.

 

Partout dans le monde, des hommes politiques dignes de ce nom, c’est-à-dire soucieux du bien public, devront partir du principe que l’énergie n’a pas à être privatisée. L’électricité, comme le gaz et l’eau, doivent relever d’enjeux démocratiques, donc demeurer aux mains des citoyens ou de leurs représentants.

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Published by Bernard Gensane - dans Politique
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commentaires

HN 17/09/2015 16:30

En quoi une gestion publique est-elle plus efficace qu'une gestion privée ??? Les chemins de fer suédois sont privatisés et fonctionnent très bien. Pas de leçons à donner aux Suédois. Gestion publique est généralement synonyme de gabegie et de coûts élevés. Le commentaire est applicable à tous les pays où le problème se pose ou s'est posé. .

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