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16 septembre 2015 3 16 /09 /septembre /2015 05:49

 

Il y a trente ans, un patron qui aurait présenté à ses employés le projet de « l’accord Smart » et le chantage qui allait avec, se serait pris dans les gencives une grève générale illimitée et aurait remis son ignominie dans sa culotte. Il y a quarante ans, il n’aurait même pas osé de peur de finir en rondelles. Alors que la classe ouvrière est à genoux, rien n’a changé pour la classe dirigeante, ou plutôt si : elle est encore plus dirigeante, encore plus riche, et elle peut tout se permettre.

 

Ce qui a vraiment changé, c’est l’acceptation par de nombreux progressistes des structures de pensée de l’hyperbourgeoisie. Un exemple : je lis dans le dernier numéro de Convergence, le magazine du Secours Populaire, présidé par l’admirable Julien Lauprêtre, cette analyse parmi d’autres : « La crise, qui a débuté en 2008 dans le secteur financier, s’est progressivement étendue à l’ensemble de l’économie : son impact est durable sur le quotidien des Français. » On croirait du Giesbert ou du Barbier. Non, les malheurs des peuples ne sont pas la conséquence d’un raté de la finance qui se serait métastasé dans tout le corps social, un accident, une maladie insoignable, avec l’implicite du cataplasme du soldat Sarkozy qui aurait sauvé les meubles, comme il s’en est tant vanté. Il n’y a pas de « crise », il n’y a pas de dérapage de la Providence. Il y a une guerre des classes avec 1% de la population qui mène 10 à 0 contre 99%.

 

Revenons à Smart. En 2013, les syndicats « accompagnateurs » (en clair : collaborateurs), style CFDT ou CGC ont accepté les Accords  Nationaux Interprofessionnels (ANI). A savoir :

 

« Issu d'un dialogue entre les partenaires sociaux, l'accord national interprofessionnel est adopté lorsque la majorité représentative des syndicats et du patronat accepte les modalités du texte. Les thématiques abordées sont négociées entre les parties ou proposées par le gouvernement, elles portent sur des points précis du droit du travail comme le temps de présence, les flexibilités horaires possibles, les minima salariaux, les droits au chômage, la complémentaire santé... Tout ce qui est transversal à la plupart des contrats de travail signés en France est susceptible d'être concerné par un ANI. »

 

Les conséquences (défavorables aux travailleurs la plupart du temps) de cet ANI furent les suivantes :

 

« L'adoption de nouvelles dispositions peut modifier les droits acquis des salariés et donner plus de flexibilité ou de marge de manœuvre au patronat. Les mesures abordées par les accords professionnels ont déjà fait évoluer le droit du travail comme sur l'indemnisation du chômage partiel, les aménagements du temps de travail, les droits à la formation. » (source)

 

Par une belle antiphrase orwellienne, ces accords furent qualifiés de « compétitivité emploi » (Chaque pouvoir a ses formules magiques : Sarkozy avait inventé « crédit impôts recherche » censée sauver l’université).

 

Par delà l’arnaque des mots, la réalité réelle est que l’Europe au service de la finance (avec l’aide de la Confédération européenne des syndicats – dont font partie la CGT et la FSU – qui a accepté l’économie de marché) a amplifié les délocalisations, généralisé le statut de « travailleur détaché » et a mis tous les salariés en compétition les uns avec les autres. Il y a trente ans, les ouvriers de Smart auraient renvoyé leur patron dans les cordes pour plusieurs raisons, la principale étant que leur entreprise était bénéficiaire.

 

Smart (une entreprise commune – pardon : joint venture – fondée par l’horloger suisse Swatch, Mercedes et Renault en partie possédée par l’État français)  a mis en concurrence ses travailleurs français et slovènes. Protégée par l’ANI, la direction mosellane a fait chanter ses employés : vous travaillez plus en étant moins payés, sinon je délocalise en Slovénie. On n’a pas entendu le gouvernement solférinien dénoncer cette manœuvre.

 

44% de salariés ont réussi à dire « non ». 74% des cadres ont voté oui. 61% des ouvriers ont voté non.

 

 

 

Le 29 septembre, François Hollande ouvrira le congrès de la Confédération européenne des syndicats à Paris. À la « Mutu » ! Juncker, le grand spécialiste luxembourgeois des paradis fiscaux, sera présent. Marianne Thyssen, dont la carrière politique en Belgique fut un fiasco et que l’Europe a récupérée, également. Tout comme Martin Schulz, le social-démocrate qui souhaitait un « gouvernement de technocrates » pour la Grèce en cas de victoire du Non au référendum. Sans oublier Markus Beyrer, le jeune directeur de Business Europe (le patronat européen) qui estime que « la volonté de réformes en France est insuffisante ». Bref, mes camarades de la FSU seront en bonne compagnie.

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Published by Bernard Gensane - dans Politique
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