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13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 05:38

 

Cet anglicisme s’est désormais totalement imposé dans la langue française, y compris dans les rangs de la gauche qui se déterminent par rapport à ce concept. Les conséquences de ce glissement sémantique sont idéologiques

 

En français, une alternative est la somme ou l’alternance de deux choix : le jour et la nuit, le chaud et le froid, les hauts et les bas, se soumettre ou se démettre. L’anglais connaît ce même sens depuis le XVIe siècle. Mais, depuis le XVIIIe siècle, un second sens s’est imposé, celui d’une possibilité autre : « There are other alternatives » (il y a d’autres possibilités). Le sens français d’alternative est rendu en anglais par le mot « alternation ».

 

Le glissement sémantique devient politique, en particulier lorsque « alternative » est utilisé comme adjectif : « an alternative job » (un boulot de remplacement), « an alternative explanation » (une autre explication), « alternative forms of transport » (de nouvelles formes de transport). Traduire dans ces cas « alternative » par « alternatif » est un appauvrissement, source de confusion. Comme lorsque, en 1997, le magazine médical L’Impatient est devenu Alternative Santé.

 

Peu de temps après son accession au pouvoir en 1979, Margaret Thatcher martela avec succès le slogan « There is no alternative » (« TINA »). Pas d’« alternative » aux privatisations, aux dérèglementations etc. Ce faisant, elle forgea une construction mentale binaire, manichéenne,  opposant le possible à l’impossible. Ce que la langue française intégra en traduisant « TINA » par « Il n’y a pas d’alternative » ou pire par « Il n’y a pas d’autre alternative ». Les « TATA » de l’an 2000 (« There are thousands of alternatives ») ne contribuèrent pas à élargir le débat, à envisager les problèmes de manière dialectique.

 

Cet anglicisme est donc propice à la « crise » car il insinue dans les esprits que l’on ne peut faire autrement que ce que l’on  fait.

 

PS : à propos de ce fait de langue, Susan George m'écrit ceci :

 

Sur “activiste” : depuis 40 ans, à l’Institut que j’ai rejoint il y a 40 ans et dont je suis aujourd’hui la présidente, [the Transnational Institute ou TNI] nous designons nos « Fellows » [membres] comme « scholar-activists »--des chercheurs militants ou tout au moins engagés dans les mouvements sociaux et politiques de leurs pays respectifs.  Je confirne que c’est nullement péjoratif ! 

Sur TINA et TATA—je crois être l’inventeur du TATA dans une critique de Margaret Thatcher, dans un bouquin.  Je crois que ça devait être A Fate Worse than Debt, « Jusqu’au Cou : enquete sur la dette du Tiers Monde » en francais.  Je l’ai écrit en anglais comme la plupart des autres et ne suis pas responsable de le traduction mais en effet, comme le texte l’indique, il s’agissait de ‘milliers’ d’alternatives. 

 

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Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
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