Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 octobre 2015 2 27 /10 /octobre /2015 06:57

Il s’agit d’une expression qui, si elle n’est peut-être pas originaire d’outre-Atlantique, a été popularisée sur les campus des États-Unis. Elle est devenue confuse, voire obscure en passant dans la culture française au point qu’elle a considérablement affadi tout débat sur la société et la vie politique.

 

En 1968, Michel Foucault écrivait : « « une pensée politique ne peut être politiquement correcte que si elle est scientifiquement rigoureuse » (Quinzaine littéraire, no 46, 1er-15 mars 1968). Par delà la perspective maoïste, le philosophe était en quête de rectitude, de morale politique.

 

En se développant dans les pays de langue anglaise, le concept du « politiquement correct » a fini par devenir un marqueur d’autoritarisme. Il s’agit, depuis les années 1990, d’éviter toute expression ou action qui peuvent être perçues comme marginalisant, excluant des individus ou des groupes discriminés ou défavorisés. En France, le « politiquement correct » se réduit à une posture morale. Il s’agit de ne pas heurter, de ne pas déplaire, de se conformer, d’être dans le bon ton. Et toujours de cacher le stigmate. En disant « Black » au lieu de « Noir », on passe pour antiraciste à peu de frais mais on ne fait avancer en rien la cause des victimes du racisme.

 

 

Avant 1990, aux Etats-Unis, l’expression « politically correct » était clairement péjorative, à tout le moins ironique. Étaient ainsi qualifiés ceux qui en rajoutaient dans la défense des victimes de la société. Vers la fin du XXe siècle, sous l’impulsion d’intellectuels conservateurs tel Dinesh D’Souza, furent taxés de « politiquement corrects » ceux qui se prononçaient en faveur du multiculturalisme ou de la discrimination positive.

 

Cette évolution du social vers le sociétal, à bases d’euphémismes ou de périphrases, a contribué à l’évacuation des différences de classe au profit des différences ethniques ou sexuelles. Plus grave, la démarche « politiquement correcte » permet un contrôle social sur le langage au nom de ce qui passe pour progressiste, juste ou technique : un chômeur devient un demandeur d’emploi, un aveugle un « non voyant », un clochard un « SDF », un balayeur un « technicien de surface ». Ainsi le monde devient lisse, non conflictuel.

Partager cet article

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article

commentaires

Alain Rousseau 27/10/2015 18:14

Certes, Bernard, mais j'ai le sentiment que chez beaucoup de gens, la dénonciation du politiquement correct n'est rien d'autre qu'une facilité rhétorique qui permet de ringardiser à peu de frais le contradicteur tout en posant à l'esprit libre. Il suffit d'ailleurs de regarder qui sont dans nos médias les plus acharnés des pourfendeurs du politiquement correct pour voir qu'eux-mêmes sont souvent loin d'être dangereux pour le système,et c'est un euphémisme !

Philippe Arnaud 27/10/2015 09:37

Je vois un autre sens, et, surtout, une autre intention dans l'exploitation faite, en France et en français, de l'expression "politiquement correct".

Cette expression est souvent employée en France, par la droite, pour suggérer, laisser entendre que la gauche imposerait une espèce de terrorisme intellectuel, qui empêcherait de nommer certaines catégories ou certaines institutions comme la droite aimait bien les nommer dans les années 1930.

Par exemple, pour la droite, voire pour l'extrême droite, il ne seait pas politiquement correct de parler de "races", car la gauche aurait décrété autoritairement (et, surtout, arbitrairement) que celles-ci n'existent pas. La droite cherche ainsi à faire passer un dėlit pour une opinion.

Dans ce même esprit, la droite suggère qu'il n'est pas "politiquement correct" de dire que tel malfaiteur est Maghrébin, Turc, Africain ou musulman, compte tenu que, pour elle, il existe un lien de causalité logique entre ces appartenances (nationales ou religieuses) et la délinquance ou la criminalité. Pour elle, le fait d'être Arabe ou musulman est en soi criminogène, tout comme le fait d'être un félin emporte en soi le fait d'être carnivore.

De même, pour la droite, est-il "politiquement correct" de considérer l'homosexualité comme une tendance normale de l'être humain, alors qu'il s'agit, pour elle, d'une déviance pathologique, d'un dérèglement des moeurs qui devrait être soigné ou réprimé. Selon elle, en réprimant l'homophobie, on contraint les gens à accepter des moeurs contre nature.

  • : Le blog de Bernard Gensane
  • Le blog de Bernard Gensane
  • : Culture, politique, tranches de vie
  • Contact

Recherche