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8 novembre 2015 7 08 /11 /novembre /2015 07:04

Pour la première fois, de ma vie, je me suis fracturé un os. Ce n’était pas bien méchant. Une chute de vélo – tout seul, bêtement – à 5 km/heure et hop ! Un métacarpe fracturé sur 1 centimètre et demi. Avec un déboitement de l’auriculaire.

 

Je me rends donc à l’hôpital le plus proche de mon domicile, le Centre Hospitalier Saint-Joseph/Saint Luc. Je découvre qu’il s’agit d’un établissement privé, à l’exception des urgences, vous savez, ces services qui fonctionnent 24 heures sur 24, 365 jours par an et qui ne rapportent rien… Nous sommes un lundi matin et, heureusement pour moi, il y a peu de patients. Je suis pris en charge en moins de trente minutes. D’abord, on me fait passer une radio. Je vérifie ce que mon médecin traitant m’avait laissé entendre : la fracture était modeste et propre, et mon auriculaire nécessitait une manipulation rapide. Un interne italien parlant très bien le français, quoiqu’avec un fort accent, me réaligne mes phalanges. Il a l’art et la manière mais, cinq secondes durant, je souffre atrocement. Je suis ensuite pris en charge par une infirmière roumaine qui me dit des trucs mais, comme je n’ai pas eu le temps de prendre un cours accéléré de roumain, je ne comprends rien à son français improbable et je la suis aveuglément jusqu’à une autre infirmière qui me pose un plâtre, en fait de la résine, ce qui est moins lourd, donc plus confortable.

 

L’affaire est réglée en une heure. On me rend ma carte Vitale et je demande si je dois rappeler le service pour le suivi. « Non, non », me dit-on, c’est nous qui vous appellerons.

 

Un mois et un jour plus tard, n’ayant rien vu venir, je téléphone un vendredi à huit heures du matin. À l'autre bout de la ligne, une secrétaire (croate ?) un peu énervée qui me dit que je tombe au plus mauvais moment. Pourquoi donc ? Parce que c’est le moment de la rotation. Je sais bien qu’à huit heures du matin les équipes de jour remplacent les équipes de nuit. Je demande à cette dame de plus en plus énervée ce qu’il advient de nous à huit heures du matin et qu’on appelle alors que l’on est au bord du trépas. Elle goûte peu ma fine plaisanterie et me demande quand j’ai été soigné. Je luis réponds : il y a  un mois et un jour.

 

  • C’est maintenant que vous appelez ?
  • Je vous prie de ne pas renverser la charge de la faute. Vous deviez me rappeler, vous ne l’avez pas fait. Pouvez-vous me mettre en relation avec un membre du personnel médical ?

 

Elle me passe un médecin à qui je narre mes déboires en lui demandant ce qui se serait passé si au lieu d’une petite fracture au métatarse j’avais eu une triple fracture ouverte à l’humérus. Un peu gêné, ce médecin me dit qu’on aurait dû, effectivement, m’appeler au bout de 48 heures pour me demander comment j’allais et pour me donner un rendez-vous dans la semaine afin de passer une radio. Dans les trente secondes, il me trouve un créneau pour le service de radiologie, là où, en principe, trois semaines d’attente sont incontournables.

 

 

 

 

Au jour et à l’heure convenus, un médecin me reçoit. Je lui explique que l’établissement m’a un tout petit peu laissé tomber pendant un mois et lui demande si la maison est coutumière du fait. Il me répond que non, mais que cela peut arriver. « Comment est-ce possible avec les programmes d’ordinateur », demandè-je perfidement ? Il me dit que des couches administratives ne font que s’entasser depuis quelques années, ce qui crée des doublons, des bogues etc. Je le rassure en lui expliquant que l’université française connaît le même problème, que l’on retrouve un peu partout en Europe. Je lui signale les travaux du sociologue étasunien David Graeber qui vient de démontrer que le monstre bureaucratique n’est plus l’apanage des pays totalitaires mais qu’il a également infesté, en devenant un modus operandi, les pays que l’on appelle au choix « démocratiques », « capitalistes », « libéraux ».

 

Il me suggère que nous sommes peut-être au bout d’un rouleau, d’un cycle, et que tout est à reprendre. Sur ce, il me libère de ma résine.

 

L’accueil et les soins dans cet établissement hospitalier auront été, malgré ma disparition dans ce qu’Orwell appelait dans 1984 un « trou de mémoire », exemplaires.

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Published by Bernard Gensane - dans Tranches de vie
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jean-jacques clement 08/11/2015 15:17

S'agit il de deux blessures distinctes? En effet,le métatarse concerne le pied et l'auriculaire n'est pas un orteil. Sinon,il s'agit bien de l'auriculaire qui calme les puces à l'oreille(et non à l'orteil) et alors le métatarse se transforme en métacarpe sous l'effet d'une opération purement linguistique...

maxime vivas 08/11/2015 11:17

Proverbe lyonnais que je viens d'inventer : "A 5 km à l'heure sur un vélo, l'équilibre étant précaire, il est hasardeux de se retourner pour suivre des yeux une belle".
Moi, je m'y tiens et j'ai des métatarses qui font ma fierté".
Nan, je compatis.

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