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17 novembre 2015 2 17 /11 /novembre /2015 11:50

Un ami anglais me signale cet article de Dan Snow pour le Daily Telegraph, influent quotidien conservateur britannique. Le mot important me semble être “twin” (jumeau, jumeler). Même si nos pays ne sont pas de vrais jumeaux, ils sont unis par une mer et par une communauté de destins depuis les invasions romaines.

Article traduit par Théa MONGIATTI, Amandine OZOG, Julie PERON et Lola TERNY, de l'université de Poitiers, sous la direction de leur professeur, Monsieur Jean-Charles KHALIFA.

 

 

 

Ce lien qui fait des Français nos jumeaux

Les relations entre nos deux pays sont plus fortes que jamais : soutien à la France au lendemain des attentats de Paris

 

Quand les Grands-Bretons nous aiment réellement

Une foule en deuil assiste à une veillée à Trafalgar Square.

 

 

Samedi soir, la Marseillaise résonnait dans tout ce Forum national britannique qu’est Trafalgar Square. C’est ici, au pied de la colonne Nelson, que nos victoires sur les Français sont immortalisées dans le bronze coulé à partir de canons pris à l’ennemi. Et pourtant, la place, qui porte le nom de la plus grande défaite des Français, était envahie par une foule chantant l’hymne national français, cependant que, en arrière-plan, la National Gallery s’illuminait du drapeau tricolore. Nelson, William Pitt et Wellington devaient se retourner dans leur tombe.

 

Inutile. L’esprit gaulois était bien plus présent que les gens ne pouvaient le penser.

 

Depuis toujours, nous sommes les jumeaux des Français. Artistes, inventeurs, dirigeants et révolutionnaires de nos deux nations se sont toujours inspirés mutuellement. Une bonne partie de la collection conservée derrière la façade illuminée de bleu, blanc, rouge de la National Gallery appartenait autrefois à la France, et a été ramenée en Grande-Bretagne par ce dingue des canaux qu’était le Duc de Bridgewater (dont l’obsession était inspirée par l’immense Canal du Midi)

 

France et Angleterre, se tendant mutuellement un miroir, ont toujours été un refuge pour les rebelles de l’autre. Nous avons copié, plagié les idées de l’autre. Nous avons combattu jusqu’au dernier homme pour la liberté de l’autre, comme seuls des jumeaux en sont capables. Parfois nous nous sommes aussi battus entre nous, comme seuls des jumeaux en sont capables, mais depuis deux millénaires, les habitants de notre île et ceux entourés des Alpes, des Pyrénées et du Rhin ont connu un lien pareil à nul autre au monde, lien fraternel et fratricide qui a donné naissance au monde moderne.

 

La première mention reconnue de la Grande-Bretagne dans l'histoire figure dans le registre des conquêtes de la Gaule de César. "Dans la plupart des guerres contre les Gaulois, ce pays a envoyé de l'aide à nos ennemis", se plaignait-il. C'est donc ce lien avec notre parent d'outre-Manche qui nous a mêlé au monde romain.

 

Historiquement, c’est dans le récit de César de sa conquête des Gaules que l’on trouve pour la première fois mention de la Grande-Bretagne. « Dans presque toutes les guerres contre les Gaulois, déplorait-il, c’est de ce pays que vint l’aide à nos ennemis. » C’est ainsi que notre lien avec nos cousins d’outre-Manche nous a entraînés dans le monde Romain.

C’est l’invasion normande de 1066 qui a mélangé du français au vieil-anglais, langue germanique, pour donner la langue que nous parlons de nos jours. La Grande Charte, tellement célébrée cette année, fut façonnée par des seigneurs francophones et le roi Jean sans Terre par souci d’éviter une guerre civile (causée par ses ruineuses campagnes militaires pour reconquérir son empire perdu… en France, bien évidemment). Et lorsque la Grande Charte échoua, c’est vers le Prince français Louis que les barons se tournèrent pour les débarrasser de ce suzerain devenu insupportable.

Quand les Grands-Bretons nous aiment réellement

Ce n’est pas seulement l’Angleterre qui a été façonnée par la France. Au XVe siècle, un accord entre le Roi de France et Edouard IV permit aux Français d’assouvir enfin leurs ambitions : la conquête de la Bourgogne, des Flandres, de l’Artois et de la Picardie, ce qui redessina la géographie du pays pour en faire quasiment ce qu’elle est aujourd’hui.

 

Et deux cents ans plus tard, c’est bien la concurrence entre Angleterre et France qui transformait toute la vie scientifique. L’Observatoire de Greenwich est construit en 1675, comme une réponse à l’édification de l’Observatoire français, une décennie auparavant. La Royal Society est fondée en 1660, quelques années à peine après son équivalente française.

 

C’est d’Angleterre que Louis XV faisait venir ses préservatifs, c’est de Paris que Georgiana, Duchesse de Devonshire, faisait venir ses vêtements à la mode. Voltaire fut exilé en Angleterre, où il apprit très vite la langue, découvrit Shakespeare et devint ami avec Swift. Adam Smith subit une profonde influence de son séjour en France et à Genève parmi des intellectuels français. Il fut si impressionné par le Physiocrate François Quesnay qu’il envisagea de lui dédier La richesse des nations.

 

 

C’est en France qu’Emmeline Pankhurst fut exilée, en compagnie de pas mal de ses suffragettes, cependant que Zola prenait le chemin inverse après son J’accuse pendant l’affaire Dreyfus. Quant à Waterloo, ce n’est pas sur les pelouses d’Eton qu’elle a été gagnée, loin de là : c’est bien à Paris que le Duc de Wellington a étudié la stratégie militaire (c’était un raté à Eton, c’est bien connu)

 

Parfois dans l’histoire, nous sommes passés très près d’une union politique. Et bizarrement, la meilleure occasion ne fut pas la féroce campagne militaire de Henry V après Azincourt, mais la remarquable proposition de Winston Churchill d’une union totale des deux nations pour faire face aux assauts d’Hitler.

Quand les Grands-Bretons nous aiment réellement

Et ce lien intime, c’était donc dans la nature des choses de le voir étalé sur les écrans de télévision samedi soir. Et il le sera à nouveau ce soir si les supporters anglais, avant la rencontre de football contre la France, hurlent à pleins poumons La Marseillaise à Wembley.

 

La géographie et l’histoire ont rapproché nos deux nations, dans la guerre comme dans la paix, en concurrence comme en coopération. Avec des histoires aussi enchevêtrées, notre sort ne pourra jamais être disjoint du leur. Aucun homme politique ne pourra jamais exprimer cette viscéralité-là. Ce lien, il est suffisamment solide pour résister à des armées de voyous nihilistes.

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Published by Bernard Gensane - dans Politique
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commentaires

AF30 17/11/2015 19:11

Je pense quand même qu'il y a des atavismes qui remontent souvent à la surface. Ceci étant dit il est bon de se rappeler que la devise de la monarchie anglaise est en français " Dieu et mon droit " et que celle de l'ordre le plus élevé, l'ordre de la jarretière, est lui aussi en francais " Honi soit qui mal y pense". Il paraît même que le " God save the king " est d'origine française ( https://fr.m.wikipedia.org/wiki/God_Save_the_Queen ). ça doit pas être évident tous les jours pour les grands bretons.