Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 décembre 2015 4 10 /12 /décembre /2015 06:39

Idéologiquement parlant, cette publicité est une petite abjection.

 

L’agence de recrutement Proman (à noter le machisme dans ce domaine : « Manpower »), dont la devise, est « Un esprit libre » possède plus de 250 agences en France (3 à Lyon) et se trouve être le recruteur officiel de l’Euro 2016. Selon sa communication, elle pilote « 26 000 intérimaires en mission chaque jour » (son vivier est effectivement constitué principalement d’intérimaires à qui elle ne fournit pas un « emploi » mais qu’elle envoie en « mission »), ce qui la hisse au rang de « 5ème acteur Français sur le marché du travail temporaire et du recrutement CDD/CDI ».

 

Même si Proman (dire : “ Promanne ” ?) entend soutenir la cause des femmes, des handicapés et des personnes issues de la diversité, cette société se situe clairement du côté des employeurs :

 

« Entreprises, Proman est à vos côtés pour vous fournir les solutions qui répondront à l’ensemble de vos problématiques RH : besoins en personnel intérimaire, recrutement CDD/CDI, démarche RSE.

 

Nous mettons également tout en œuvre pour vous apporter les réponses adaptées à vos exigences en termes de souplesse et de flexibilité. »

 

 

Notons la prétention du vocabulaire (« problématiques » au lieu de « problèmes »), la lourde insistance sur la priorité donnée à l’intérim, les réponses aux « exigences » des employeurs face aux travailleurs qui seront « souples » et « flexibles » (quelle est la différence entre ces deux concepts ?).

 

Et puis, il y a cette phrase très ambiguë, aux limites de la compréhension :

 

« Responsable, Proman a développé une méthodologie de travail qui vise à prendre en compte la dimension des risques sociaux, juridiques, techniques et financiers auxquels peuvent être exposés les intérimaires engagés dans leurs missions auprès de nos clients. »

 

Toujours la prétention du vocabulaire (« méthodologie » au lieu de « méthode ») dans une phrase où il est clairement postulé que les « clients » sont les employeurs et non les employés, et où le rôle de Proman est celui d’un facilitateur face aux risques multiples auxquels sont exposés les chargés de « mission », des risques fatalement occasionnés par les employeurs.

 

Et puis il y a cette photo ignoble de roi des cons hilare. Fini les emplois, place aux jobs. Cette substitution est fortement idéologique. L’anglicisme « job » s’est répandu en France au milieu du XXe siècle. Il ne s’agit pas du tout d’un vrai travail dans le cadre d’une vraie relation employeur/employé. D’ailleurs, en anglais (à l’origine car les « Job Centres » ont changé la mise), un job est une petite besogne : « I have a job for you, could you do the washing up ? » = j’ai un petit travail pour toi, peux-tu faire la vaisselle ? Dans le français d'aujourd'hui, un « job » est donc un boulot – certes rémunéré – que seuls les … jobards, considèrent comme un  véritable métier.

 

Il n’y a pas si longtemps, on parlait de « gagne-pain », de « turbin », de « petit boulot », d’« emploi saisonnier ». Mais depuis que s’est répandue l’horrible méthode (méthodologie ?) du « job dating » (de « dating », rendez-vous galant, mais l'emploi n'est qu'amour), un entretien d’embauche limité à 10 minutes, les travailleurs doivent non seulement se contenter d’une relation de travail express, mais en plus ils doivent accepter cela comme le fin du fin, comme la limite indépassable de la félicité béate.

 

 

 

Poile-toi, jobard !

Partager cet article

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans Politique
commenter cet article

commentaires

  • : Le blog de Bernard Gensane
  • Le blog de Bernard Gensane
  • : Culture, politique, tranches de vie
  • Contact

Recherche