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11 décembre 2015 5 11 /12 /décembre /2015 06:20

Ouvrier, dessinateur industriel, André Gérin fut maire et député communiste de Vénissieux, banlieue ouvrière de Lyon. Il en choqua certains en déclarant en 2011 que « Non, l’immigration n’est pas une chance pour la France. C’est un mensonge entretenu depuis 30 ans. Oui, c’est une chance pour le capitalisme financier, pour diviser, exploiter, exclure, ghettoïser (...) Aujourd’hui, limiter y compris l’immigration régulière devient vital, face à une situation explosive dans des centaines de villes populaires. C’est la seule manière d’endiguer le FN. »

 

Ci-dessous, une longue lettre adressée à Pierre Laurent. Ce texte a le mérite de nourrir un débat qui risque malheureusement d'être central lors de la campagne de l'élection présidentielle de 2017. Pour Gérin, si l'on ne veut pas ouvrir un boulevard idéologique au FN, il est des réalités très objectives (ce que sont devenus certains territoires de la République) devant lesquelles il ne faut pas se voiler la face.

 

 

 

 

Le 2 décembre 2015, j'ai adressé un courrier à Pierre Laurent, secrétaire national du Parti communiste français, après que j'aie pris connaissance du communiqué de presse du PCF, diffusé aux lendemains des attaques terroristes de Paris et Saint-Denis.

André Gerin

Cher Pierre,

Y a-t-il oui ou non un ennemi intérieur ? Comment combattre l’idéologie islamiste ? Deux questions qui appellent des réponses.

J’ai pris connaissance de la déclaration du Parti communiste du 17 novembre 2015, en réaction aux attentats qui ont frappé Paris et Saint-Denis. Si je suis stupéfait de la première partie et si je partage pour l’essentiel, les points de vue qui sont exprimés à propos de la situation géopolitique, je lis avec saisissement cette affirmation pour le moins tranchée :

« Nous récusons la notion « d’ennemi de l’intérieur »».
A la lecture de ces quelques mots qui en disent long, je pose les questions suivantes : Comment des enfants français sont-ils devenus des terroristes, des kamikazes et des assassins ? Où cela se passe-t-il et qui bourre le crâne de nos gamins ? Or, depuis les années 1990, l’islamisme, l’idéologie salafiste, les wahhabites et les frères musulmans gangrènent la France et la société française. Je rappelle que le djihad a été mis à jour depuis cette période.

Dans cette déclaration, j’ai relevé trois points importants qui nécessitent un débat :


1. « Pour nous communistes, pas d'équivoque : toute forme de stigmatisation ou de suspicion dans notre pays à l'égard des musulmans doit être condamnée avec fermeté et détermination.»

- Ce à quoi je réponds : « Oui, il faut sortir de l’équivoque. En premier lieu pour démontrer que ce sont les islamistes qui stigmatisent les musulmans et instrumentalisent l’islam spirituel ».

- « Toute agression physique ou verbale raciste et xénophobe ne peut être considérée que comme une agression contre tout le peuple français.»

- Pour ma part, il est plus que jamais nécessaire de clarifier les positions du PCF, notamment à propos du racisme anti-blanc et anti France dont on ne parle jamais ; alors que c’est une notion qui est reconnue. Des territoires de notre pays deviennent invivables pour des populations contraintes de partir si elles le peuvent…
- « Cette authentique unité nationale populaire ne peut se construire que si notre pays affronte toutes les inégalités, discriminations, dominations, racismes et injustices qui le rongent de l’intérieur.»

- Je pense que cette analyse est non seulement insuffisante mais au demeurant, elle ne prend pas en compte tout ce qui s’est produit depuis les années 1990, le basculement de jeunes français qui deviennent des talibans et s’en prennent à la France des Lumières et de la Révolution de 1789. La progression de l’idéologie salafiste, l’enfermement et l’endoctrinement observés et réellement établis, y compris dans la sphère scolaire, se sont ancrés dans certains territoires autour d’imams autoproclamés, de prédicateurs tels que Tariq Ramadan, qui a investi l’agglomération lyonnaise avec des soutiens de gauche et d’extrême-gauche.

 
Khaled Kelkal et les attentats de 1995


Je vais concentrer mon propos sur ce qui s’est passé en France, en revenant sur cette période. C’est indispensable pour comprendre ce qui nous arrive.

La guerre civile en Algérie a eu d’énormes conséquences sur le territoire national du fait, d’une part, de la posture de François Mitterrand et du PS vis-à-vis du Front islamique du salut (FIS), aux portes du pouvoir. Il fallait le ménager ! D’autre part, des membres du Groupe islamiste armé (GIA) sont arrivés en masse dans les banlieues françaises. Pour rappel : les attentats de 1995.

Khaled Kelkal est abattu en septembre 1995 dans cette même région lyonnaise. Son nom est cité dans l’attentat du RER Saint-Michel. C’est lui aussi qui a déposé une bombe devant l’école juive de Villeurbanne. 14 personnes sont blessées. Grâce au feuilleton médiatique de son exécution en direct, Khaled Kelkal est devenu un héros. Or, l’Union des Jeunes Musulmans (UJM) a toujours contesté son islamisme alors qu’il était effectivement membre du GIA. Or, le discours que l’on nous ressasse aussi bien pour Khaled Kelkal que pour Mohamed Merah beaucoup plus tard est le suivant : « c’est la faute au racisme institutionnel, au colonialisme ». En d’autres termes, l’État français serait donc responsable d’avoir laissé se développer les pratiques radicales et terroristes de certains musulmans.

Ce qui se passe en France est directement lié aux questions internationales à travers le rôle d’Al Qaïda et l’attaque du World Trade Center à New York le 11 septembre 2001. Tout s’accélère alors : les défis changent d’échelle.

Depuis, la situation a évolué de manière très inquiétante. La violence est devenue la norme et l’émeute est devenue la règle. De telle sorte que le harcèlement contre la police s’intensifie, les pompiers sont régulièrement pris à partie, les bâtiments publics sont la cible des destructeurs. Des gamins de 8/10 ans sont encouragés à caillasser régulièrement. D’autres, agissent la nuit en bandes avec des adultes, et utilisent pierres et pavés comme projectiles. Nous avons bien compris que « ces actes sont spontanés » (sic).

Nous observons, c’est certain, une montée de la haine de la France, de l’antisémitisme, du racisme anti-blanc qui se traduit par des harcèlements quotidiens dans les bas d’immeubles.

En janvier 2002, deux garçons originaires de Vénissieux se retrouvent emprisonnés à Guantanamo après être passés par les camps d’Al Qaïda en Afghanistan. L’armée américaine les a capturés en octobre 2001 au Pakistan.

 

L’imam Benchellali et les réseaux islamistes


Quant à moi, j’ai déjà voulu savoir qui bourre le crâne de nos gamins, qui sont les têtes de réseaux. En ma qualité de député, j’ai mis tout en œuvre pour que Nizar Sassi et Mourad Benchellali soient rapatriés et jugés par la justice française. Ce qui ne sera effectif qu’après plus de 30 mois d’interventions. A propos du camp de Guantanamo, je me suis heuré à l’indifférence générale de la classe politique. Ce sujet, d’une extrême gravité, me bouleverse. Ces deux gamins du même quartier, sont parfaitement intégrés et travaillent normalement. Ils n’ont rien à voir avec des jeunes paumés.

Avec le recul nécessaire, je prends conscience que le quartier où vivaient ces deux jeunes hommes, une guerre culturelle avait été menée par l’imam Benchellali. Avec ses prêches orientés, il avait non seulement pourri le quartier mais il était certainement allé au-delà. Il a participé aux réseaux islamistes tchétchènes. Je rappelle qu’il était connu depuis 1994 par les renseignements généraux pour ses prêches radicaux. Heureusement, il sera finalement expulsé de France pour « association de malfaiteurs en association avec une entreprise terroriste ». Cette situation montre à quel point les mosquées des caves et des bas d’immeubles constituaient et constituent toujours des lieux où se développent l’idéologie islamiste dont le salafisme qui peut mener au djihad.

Un autre exemple, on-ne-peut-plus explicite, au vu de l’actualité de 2015, est celui de l’imam Bouziane. Cet imam était considéré comme le chef spirituel des groupes salafistes en France. Il s’installe à Vénissieux en 2003 alors que pèse sur lui un arrêté d’expulsion émis par les autorités françaises. Il prononce alors des discours dans lesquels il prône la lapidation des femmes. Il y fait aussi l’apologie du racisme anti-blanc et anti-juif et déverse sa haine de la République.

 

2004 : expulsion de l’imam Bouziane


Dès avoir pris connaissance de la situation, j’ai dénoncé ses propos. Il sera expulsé pour « appeler ouvertement à la violence et à la haine. Apparaissait comme le principal vecteur de l’idéologie salafiste dans la région Lyonnaise, en lien avec des éléments très déterminés de la mouvance intégriste islamiste, en relation avec des organisations prônant des actes terroristes ». J’ai obtenu son expulsion en avril 2004. Pourtant, le Recteur de la Mosquée de Lyon s’est interposé et a présenté cet imam comme une personne respectable sous tous rapports. Lorsque j’ai entamé mes démarches pour le faire expulser, ce même Recteur m’a critiqué de manière virulente, dans une interview au journal Le Progrès du 30 avril alors que les autorités savaient pertinemment que l’imam Bouziane prononçait des prêches violents et exerçait un travail de taupe dans plusieurs quartiers des Minguettes (22 000 habitants).

 

Les émeutes de 2005 et les germes de guerre civile


Revenons aux émeutes de l’automne 2005. Ces trois semaines nous ont donné l’impression d’un début de guerre civile. Le Président Chirac décidait au bout de deux semaines d’émeutes, d’instaurer l’état d’urgence en France. 800 communes étaient concernées. Ces violences urbaines représentaient un changement de nature par rapport à celles que nous avions connues jusque-là. Le 30 octobre 2005, huit jours après la mort accidentelle de deux jeunes, qui, poursuivis par la police, s’étaient réfugiés dans un transformateur électrique, une grenade éclatait à proximité de la mosquée de Clichy-sous-Bois. Dès lors, la situation bascule. Les trafiquants de drogue et d’armes, au côté des fondamentalistes religieux instrumentalisent la colère et l’émotion. Le nombre de voitures incendiées est spectaculaire, mais aussi les cibles multiples visant directement les symboles de la République, avec la multiplication de menaces précises et répétées sur les bâtiments publics, les gymnases, les bus, les écoles.

Ces événements se déroulent sur fond de haine de la France et se reproduisent lors des émeutes de Villiers-le-Bel en novembre 2007, puis de Grenoble en juillet 2010, d’Amiens en août 2013 et des quartiers nord de Marseille de manière récurrente, pour ne citer qu’eux. On dénombre dans plusieurs cas, des tirs à balles réelles contre la police.

Il en est de même pour les attentats terroristes qui ont frappé la rédaction de Charlie-Hebdo en janvier 2015 et la supérette Casher avec déjà un lourd bilan puisque 17 personnes ont froidement été exécutées. La tentative d’attentat avorté à Villejuif le 19 avril 2015, celle de m’usine chimique de Saint-Quentin-Fallavier en juin, qui s’est soldée par la décapitation d’un homme, tout comme le projet d’attentat du Thalys le 21 août 2015…

Il serait donc temps de poser un diagnostic sur cette réalité. Les bien-pensants et les ultragauche cherchent à nous convaincre qu’il s’agit de la réaction « de jeunes humiliés » et que leur djihad se serait rien de plus qu’une révolte identitaire doublée d’une révolte adolescente. Les responsables politiques que nous sommes auraient-ils ignoré des revendications sociales ou des sollicitations politiques ? Je ne le pense pas puisqu’elles n’ont pas d’existence. En revanche prolifère le discours anti occidental, anti français, anti juif, anti police... Il est porté par des Français issus de l’immigration et protégés par les tenants d’une culture de l’excuse qui, misant exclusivement sur le social, ignorent tout de la dimension culturelle de ces évènements, prises de position et passages à l’acte. Pour eux, être Français issu de l’immigration est forcément être une victime, et en particulier une victime du colonialisme. Parallèlement, nombreux sont ceux qui feront silence sur les multiples conversions à l’islam (plusieurs dizaines de milliers, 60 000 disait-on déjà en 2006). Ce sont ces jeunes hommes et femmes que l’on retrouvera en nombre en milieu djihadiste de l’État islamique. Des réalités connues de la police et du renseignement et qui sont aujourd’hui pain béni pour le Front national.

 

L’islamisme remet en cause la paix civile


L’évolution de la société française montre à quel point le communautarisme venu de l’islam politique met en péril la paix civile en France. La rupture sur fond de violences urbaines, est consommée : voitures brûlées, attaques contre la police, les pompiers, les personnes physiques en première ligne comme les médecins, les facteurs, les agents des télécoms, les gardiens d’immeubles… Les grandes enseignes ne sont pas en reste pour exercer une forme de ségrégation en refusant de livrer dans certains quartiers.

L’islamisation radicale des jeunes générations est en marche, c’est une évidence, et c’est ce que montrent plusieurs études culturelles. D’autres paramètres entrent en ligne de compte comme l’homophobie, l’endogamie, la défense de la virginité avant le mariage, la brutalité envers les filles, l’antisémitisme et le sexisme dans les banlieues. Le salafisme joue un rôle prépondérant quant à la surveillance des tenues vestimentaire et de la séparation rigoureuse de l’homme et de la femme. C’est un défi lancé aux normes laïques, et c’est au nom de ce fondamentalisme que se développe une violence sans limites dans une guerre livrée à la société française. Tout compromis avec les idéaux modernes est rejeté. Alors, la charia s’impose dans certains territoires.

Il faut pourtant le dire haut et fort : oui, une partie des Musulmans s’est radicalisée au rythme d’un communautarisme exacerbé par l’abandon par l’État, de territoires entiers, transformés en ghettos sociaux voire ethniques, ce que j’appelle les ghettos de la République.

Nombre de ces jeunes ont le sentiment que la société les méprise, qu’ils sont de trop. Dès lors, les prêches messianiques des gourous islamistes donnent un sens à leur vie. Au final, ils développent un racisme anti occidental, anti français et anti-juif. En définitive, la société paie l’abandon dont elle s’est rendue coupable à l’égard de ces quartiers et de ces populations. Une jeunesse a été ghettoïsée, abandonnée, enfermée dans une misère endémique. Avec un chômage de masse (et des taux qui peuvent atteindre 50 %), son seul horizon est le « no-futur ». Le mal être et l’incompréhension dominent, la haine de la France aussi, une haine qui sert de fonds de commerce au FN. De surcroit, toutes celles et ceux de confession musulmane qui adhèrent pleinement à la Nation française et à la République et qui souhaitent pratiquer leur foi en toute sérénité vivent un véritable drame car ils sont montrés du doigt, victimes d’un odieux amalgame.

 

 

 

 
Des jeunes radicalisés deviennent la proie des salafistes


L’islam instrumentalisé met en avant une revendication ethno-religieuse portée par des jeunes radicalisés devenus la proie des salafistes. Il est mortifère de ne pas le combattre, tout comme ne pas dénoncer les raisons des violences urbaines répétées dont la nature communautaire est évidente. Ce sujet n’est pas un fait divers, il n’y a là rien de spontané mais tout, au contraire, d’un rituel qui presque chaque jour désormais donne lieu à des violences sinon à des émeutes. Notre société renferme des germes de guerre civile, et nous pourrions rapidement y basculer un jour.

Dans ces conditions, on peut se demander si les Français d’origine étrangère ne pourraient pas eux aussi finir par être sensibles à la propagande pro-islamiste. Après tant d’échecs de nos politiques, devant l’inévitable dégradation de leurs conditions de vie due essentiellement au chômage, et devant la montée d’une forme de racisme social et de mal vie, les Français d’origine sont de plus en plus réceptifs aux slogans du FN.

Le combat contre l’idéologie islamiste est indispensable dans notre pays. Il nous faut intervenir pour libérer les territoires des trafics de drogue et d’armes, des mafias et des fondamentalistes, pour rétablir les libertés et les droits essentiels de notre République.

 

Avec les communistes, un débat national s’impose


L’ouverture d’un débat national examinant de manière attentive tous les événements qui se sont déroulés depuis plus de 20 ans, est incontournable.

Je vais sans doute me répéter mais j’estime qu’aujourd’hui, tous les ingrédients d’une guerre civile sont réunis. Or, nous ne voyons que la partie émargée de l’iceberg. Pour ce qui me concerne, il est clair que l’ennemi intérieur est l’islamisme. Il y va de l’avenir de la France républicaine, sociale et laïque. Nous avons une guerre idéologique à mener. Le PCF a un rôle majeur à tenir comme il l’a déjà fait par le passé, lors de moments décisifs pour la France.

Cher Pierre, en tant que communiste, j’ai bien conscience que l’opinion et les convictions que je défends sont très éloignées des discours et orientations stratégiques du PCF. Je sais également que mes propos vont choquer. J’assume.

Il est grand temps pour le PCF d’en finir avec les tabous. Nous devons faire en sorte de renouer avec les attentes populaires et ne laisser aucun espace au Front national et à Marine le Pen.

Reçois, Cher Pierre, mes fraternelles salutations.

 

André GERIN



NB : En 2007, est paru mon livre Les ghettos de la République dans lequel je fais 13 propositions pour en finir avec les ghettos de la misère.


J’ai présidé la mission d’information parlementaire sur le voile intégral qui a débouché sur une loi d’interdiction du port du voile intégral dans l’espace public, en octobre 2010.

 

 

SOURCE : le blog d'André GERIN

 

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Published by Bernard Gensane - dans Politique
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commentaires

Philippe Arnaud 16/12/2015 08:10

Le "racisme anti-blanc", cela n'existe pas. Il ne peut y avoir de racisme "à l'envers", même si des "Blancs" sont agressés ou insultés parce que "Blancs"...

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