Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
7 janvier 2016 4 07 /01 /janvier /2016 06:06

La réponse est évidemment "oui".

 

L'Europe a récemment obligé la France à ouvrir ses concessions hydro-électriques à la concurrence en excluant EDF des appels d'offres. Au nom d'une logique imbécile mais concoctée depuis longtemps : puisqu'EDF n'est plus une entreprise nationale mais une société anonyme, elle doit s'ouvrir au secteur privé. A-t-on, ces dernières années, entendu des politiques français, de droite comme de gauche, protester contre ces nouveaux boulevards ouverts au secteur privé ? Pas vraiment !

 

Les barrages fournissent un peu plus de 10% de notre électricité. Depuis presque un siècle, la collectivité nationale assure les investissements et l'entretien d'édifices aussi imposants que sensibles. J'ai encore personnellement en mémoire le souvenir de la rupture du barrage de Malpasset (je ne me souvenais plus en revanche de la bière Marx) :

 

 

 

 

Le 2 décembre 1959, 50 millions de mètres cube déferlèrent en pleine nuit, en une vague de 40 mètres de haut, sur 70 km jusqu'à la mer. 423 morts.

 

Lorsque nos barrages seront privatisés, comment les actionnaires se payeront-ils ? Les représentants du peuple seront-ils associés à la gestion ? Qu'adviendra-t-il des 6 000 employés affectés à l'entretien ? Pourront-ils garder leur statut ?  La gestion des barrages comprend les ponctions effectuées pour irriguer les cultures et la régulation des lâchers d’eau pour les activités de loisir. Certains barrages sont des réserves d’eau potable. Tous ces services sont actuellement gratuits. On peut douter qu'ils le demeurent. Combien coûtera le refroidissement d'une centrale nucléaire ?

 

Dans le “ Programme national de réformes ” envoyé à la Commission européenne en 2014, la soumission au privé des Solfériniens était totale : « Un renouvellement par mise en concurrence des concessions d’exploitation des installations hydroélectriques sera privilégié. Le périmètre des lots de barrages, le calendrier et les modalités selon lesquels ces lots seront concédés, notamment les modalités de participation des personnes publiques aux entités concessionnaires, sont à l’étude.  Renouvellement après mise en concurrence des concessions hydroélectriques. –  En cours –  Renouvellement progressif par mise en concurrence des concessions d'installations hydroélectriques. »

 

Pour sa part, l'Allemagne a résisté à Bruxelles.

 

Il faut dire que le gâteau est alléchant. Grâce aux investissments payés par plusieurs générations de contribuables français, grâce au savoir-faire des techniciens, l'excédent brut des concessions est de 2, 5 milliards d'euros par an. La rente dépasse 1, 25 milliard d'euros annuellement.

 

Selon Delphine Batho, renvoyée du gouvernement pour cause d'hostilité aux pattes crochues du privé, il aurait été possible d'exclure les barrages lors de la discussion de la directive européenne sur les concessions. Batho ne fut soutenue par aucun de ses collègues solfériniens.

 

Aucun autre pays ne brade son parc hydraulique de manière aussi servile que la France. En Suède, les barrages sont publics, ce qui ne les empêche pas de convoiter les barrages français privatisés. Les Suédois sont décidément très forts : après nos cliniques accaparées par leurs fonds de pension, notre hydroélectricité.

Partager cet article
Repost0

commentaires

J
A noter que les socialistes frondeurs si prompts à faire barrage à l'état d'urgence ou à la déchéance de nationalité ne l'ont pas fait pour la privatisation de l'hydroélectrique.La loi de transition énergétique est passée globalement.
Répondre
B
Excellent article. Merci infiniment.<br /> <br /> "L'Europe a récemment obligé la France..." : plus exactement, les politiciens français ont demandé à l'Europe "d'obliger" la France à faire ce qu'ils voulaient faire, mais ne pouvaient pas faire par peur d'un nouveau 1789.<br /> <br /> « Nous les hommes politiques, nous savons très bien ce qu’il faut faire. Mais ce que nous ne savons pas, c’est comment être réélus si nous le faisons » ; dixit Jean-Claude Juncker ; il y en a toujours des qui ont du mal avec les bonnes manières et qui ne savent pas se taire, d'où l'impopularité de Juncker parmi ses pairs...<br /> <br /> Ce que vous dites de l'Allemagne et de la Suède est extrêmement intéressant ; je n'étais pas au courant. Mais au fond, on aurait tort de s'étonner : c'est le b.a.ba de la politique que les Forts ne sont jamais assez stupides pour s'infliger à eux-mêmes ce qu'ils imposent aux autres.<br /> <br /> On en revient toujours aux classes dominantes et aux puissances d'argent françaises, et à leur mentalité compradore. Depuis le début des années 1930, c'est devenu une constante de la vie politique française : livrer la France aux puissances étrangères, afin d'éviter toute forme de démocratie réelle en France, laquelle ne pourrait que nuire à leur domination de classe.<br /> <br /> Cela avait déjà été le cas pendant la Restauration au sens large (1815-1848 ; Louis XVIII et Louis-Philippe en particulier n'étaient que des créatures anglaises), et lors de la répression de la Commune par Monsieur Thiers, que seule l'occupation prussienne a rendu possible.<br /> <br /> Entre 1945 et 1970 (moins la Quatrième République), contraintes et forcées par les circonstances, les classes dominantes françaises ont toléré De Gaulle, tout en le haïssant sans doute plus que tous les gauchistes français de l'époque réunis ; mais désormais leur revanche est sans limite.<br /> <br /> La lecture des ouvrages d'Annie Lacroix-Riz est essentielle si l'on veut vraiment comprendre la politique européenne des élites françaises, et surtout ses raisons réelles, soigneusement dissimulées.
Répondre
J
Tout à fait d'accord
Répondre