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6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 06:56

Depuis 1990, la réforme de l’orthographe, approuvée par l’Académie française, dont l’inénarrable et réac Maurice Druon, n’est jamais passée dans les mœurs (les meurs ?) Une langue n’évolue pas à coups de décrets mais par l’usage. Le jour où 100% de Français diront « après qu’il soit venu » au lieu de « après qu’il est venu », on instaurera – pourquoi pas ? – une nouvelle règle. Le subjonctif tombera peut-être en désuétude et la langue sera officiellement un peu moins précise. Faudra que ça va !

 

Si tant d’étrangers cultivés souhaitent connaître le français dans toutes ses nuances, c’est parce que c’est une vieille langue qui repose sur un socle très solide, le latin (que l'on n'enseigne quasiment plus aujourd'hui, sauf par bribes), et qu'elle a beaucoup évolué en s’enrichissant de nombreux apports. Il en va du français comme de toutes les langues : la langue, c’est l’histoire. L’histoire de la langue, c’est la langue de l’histoire.

 

Comme toutes les langues, le français est difficile. Elle n’a pas de déclinaisons comme l’allemand, mais elle a, par exemple, un subjonctif très pénible à manier. Imaginons un jeune Anglais devant la difficulté à terminer – en respectant la consordance des temps – la phrase suivante : « J’aurais voulu que tu [coudre] », alors que dans sa langue, « coudre » sera rendu tout bêtement par l’infinitif. En revanche, le petit Français aura des problèmes avec les temps du passé en anglais – les fameux « for, since, ago » de mon enfance, alors que, justement, ces temps sont globalement plus logiques en anglais qu’en français. Autre étrangeté : la première fois qu’un Anglais (ou un Turc) rencontre la phrase banale « Je reviens » alors que le locuteur exprime un processus futur et qu’il n’est même pas parti, sa réaction première est de se demander si les compatriotes de Descartes ne sont pas un peu fous. Et je ne parle pas, car c'est une broutille, d'« événement » qui se prononce «évènement ». Simplement, semble-t-il, parce que le mot vient du latin evenire, qu'il est arrivé dans la langue trois siècles après « avènement », dont il a dû (du ?) se singulariser, mais que, par paresse, on a fini par prononcer comme on ne l'écrit pas.

 

Hé bien, justement, c’est ça le génie de la langue. 999 fois sur 1 000, les bizarreries, les difficultés sont justifiées et elles ont, de toute façon, une origine historique. Le 1 sur 1 000, c’est « chariot-charrette ». Et alors ? Se coltiner à cette petite difficulté, c'est la poilade (poilâde ?), non ? Surtout quand on apprend les mots en situation, dans un contexte soit ludique soit utilitaire, soit les deux.

 

Du temps où j’étais encore en exercice, un étudiant me demanda pourquoi en français « hommage » prenait deux m alors qu’il n’en prend qu’un en anglais. Aujourd’hui, j’aurais d’abord marqué mon étonnement que les féministes politiquement correct.e.s, ceux.elles qui exigent des barbarismes du style « auteure » ou « tou.s.tes les militan.s.tes » (mais qu’on n’a pas vraiment entendu.e.s à l’occasion des agressions sexuelles en Allemagne) n’aient pas encore exigé de remplacer « mes hommages » par mes « femmages ». A l’époque, j’avais tout simplement expliqué qu’« hommage » venait d’« homme », que, le suffixe « age » désignant une action, l’hommage était le fait de devenir l’homme d’un suzerain. Et j’avais ajouté qu’en anglais, « homage » venait du vieux français « omage », lui-même descendant du latin « homo », sans h aspiré. Il n’est pas rare que, dans la langue anglaise, l’orthographe d’un mot, ou le mot lui-même, soit plus proche du vieux français ou du latin que du français moderne. Dans l'anglais « pineapple » (en français « ananas » qui vient de la langue guarani), « pine » a pour origine le vieil anglais pin, qui vient du latin pinus signifiant un pin. C’est comme ça. De même, les Britanniques ont préféré umbrella, du latin umbrella et de l'italien ombrello, à parapluie. Ce n’est pas aussi important que les causes et les conséquences de la bataille de Lépante, mais tout de même…

 

De cette histoire, de notre histoire, les sociauxlibéraux se contre-fichent (contrefichent ?) comme de leur première liquette.

 

Ce sont en effet des spécialistes de la « réforme » (à l'usage, le mot « réforme » va disparaître du dictionnaire : il ne restera plus que « contreréforme »), comme quand ils s’attaquent au Code du travail ou aux allocations chômage. Un nénuphar va donc (re)devenir un nénufar. Qu’en sera-t-il du far breton que l’on déguste au pied du fare de Brest ? C’est d’autant plus urgent que nenufar vient de l’arabe et que la désinence ph est grecque. Faisons vite disparaître (disparaitre ?) ces oripeaux (du latin aurera (« d’or ») et pellis (« peau ») de la culture. Les sociauxlibéraux n’ont apparemment pas touché aux Nymphéas de Monet. Petits bras !

 

Ce qui me choque le plus, c’est la disparition des accents circonflexes. Avec quelques exceptions. On dira toujours : « Après le jeûne », il s’est tapé un.e jeune ». Le « il » en question n’aura donc eu qu’un.e seul.e partenaire sexuel.le et pas deux. L’accent circonflexe est un marqueur historique du français. Quand on écrit, il ne faut pas l’oublier en route. Il est assurément aussi difficile à bien placer que de retenir les dates de l’histoire de France. Je rejoins la plainte de Martine Billard (en corrigeant gentiment deux fautes qu’elle a commises en écrivant « ethymologie », mais ça arrive à tout le monde) : « L'accent de cime est tombé dans l'abîme ; l'étymologie dit toute l'histoire d'une langue et d'un pays. » Et j’apprécie l’humour de Christophe Robin :

 

Adam n'a plus la cote ; il est moins sûr, Eve.

Adam n'a plus la côte ; il est moins sur Eve.

 

 

 

 

Aidons-nous de Wikipedia :

 

L’accent circonflexe, du latin circumflexus, « fléchi autour » est un diacritique [signe qui modifie le son d’une lettre ou d’un graphème] de l’alphabet latin hérité de l’accent circonflexe grec. Cette moustache, qui nous vient de loin, combine un accent aigu et un accent grave. Il est apparu dans le français du XVIe siècle. En 1560, l’imprimeur de Saint-Avertin Plantin systématisa son usage pour remplacer la lettre s que l’on trouve dans teste ou dans hospital. On trouve une survivance de ce s dans de nombreux mots : hospitalier, festoyer, forestier (mais pas testicule). L’ajout d’un accent circonflexe modifie la prononciation : « jeûne » ne se prononce pas comme « jeune ». Hein, les djeuns ?

 

Moins de la moitié des Français maîtrisent (maitrisent ?) correctement les règles de l’ortograf. On peut s’attendre à un joyeux bordel lorsque l’ortograf « réformée » et l’ancienne cohabiteront. Les enseignants auront deux fois plus de travail, mais ils ont l’habitude. Comme quand ils devront expliquer que « fantôme » a donné « fantomatique », mais peut aussi s’écrire « fantome ». Ce sera simple car cette étrangeté n'est en rien exceptionnelle : elle est le résultat d'une logique implacable, le produit d'une alternance vocalique consécutive au déplacement de l'accent tonique dans l'adjectif ([fan-tô-m'], [fɑ̃tomatik]).

 

Dans ce domaine, comme dans d’autres (voir la manière dont il a gracié Madame Sauvage sans la gracier tout en la graciant), Hollande est infoutu (c’est français, ça ?) de prendre une vraie décision. Tant qu’il sera mentalement coincé entre papa et maman, il en sera ainsi.

 

 

Mais l’important est que la gauche socialelibérale, la gauche « américaine », comme disait Chevènement, veut nous couper de notre histoire (voir l’enseignement de plus en plus congru et tachiste de cette matière à l’école) parce qu’elle veut que notre pays ne soit plus une nation mais simplement un immense parking de supermarché aux ordres de la finance gouverné par des fonctionnaires anonymes “ européens ”.

 

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Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
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commentaires

Adario 06/02/2016 20:02

Merci Bernard ! Depuis 1990, un quart de siècle tout de même pour réformer ! Et quel résultat époustouflant. Depuis 1990, il en reste combien des académiciens qui ont commencé cette réforme ? Et ceux qui restent, depuis qu'ils sont élus, connaissent-ils les fins de mois de la majorité des Français dont ils se foutent comme d'une guigne ? On comprend, vu le côté et l'esprit progressistes de l'Académie, pourquoi certains académiciens trouvaient paraît-il - sans aucun sens de l'humour - Finkielkraut trop réactionnaire politiquement parlant. Clémenceau avait raison : "Donnez-moi quarante trous du cul et je vous fais une Académie française". Connu mais ça soulage !! (comment écrit-on maintenant trou du ...?).

Lyonnais 06/02/2016 12:17

A Lyon on prononce oignon comme ça s'écrit et non pas ognon...
Donc pour simplifier l’orthographe à Paris on va la compliquer à Lyon...

Gensane 06/02/2016 12:37

Exact, j'ai entendu cela.

robert Chaudenson 06/02/2016 11:55

Très réussi ; je mue sens morveux !

Michèle 06/02/2016 11:06

Merci pour ce billet. Je l´ai dégusté comme un morceau de tarte au libouli de mon enfance.
Cette "réforme" ajoute encore plus de confusion dans la confusion générale.
Plus je vieillis et plus j´aime notre langue. Quelle bonheur d´ouvrir un dictionnaire pour y découvrir l´étymologie d´un mot, lui donner une histoire et une vie.
A ce propos.... un livre d´ Henriette Walter "Le francais dans tous les sens"...( mon clavier qwertz ne connait pas non plus les cédilles ! )
En tout cas..un beau billet !

Lyonnais 06/02/2016 08:56

Cela n' a rien à voir avec votre article, mais puisque vous avez enseigné à Toulouse connaissez-vous la dernière infamie de Jean Tirole ?
La voici, trouvée ce matin sur le site "Les Crises" :

http://www.les-crises.fr/jean-tirole-on-ne-peut-pas-se-targuer-de-moralite-quand-on-est-contre-
le-commerce-des-organes/

Gensane 06/02/2016 09:34

C'est ignoble en effet.
Je n'ai pas enseigné à Toulouse. J'y ai résidé 8 ans. Ma femme a.

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