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31 mars 2016 4 31 /03 /mars /2016 05:32

Il n’y a pas à dire, mais ces dizaines d’heures consacrées aux attentats de Bruxelles par les grands médias télévisuels et radiophoniques ont détourné notre attention des projets scélérats solfériniens contre la classe salariale, de la hausse du chômage, des mesures liberticides votées en catimini au parlement, même si les terroristes n’ont pas calé leur action sur l’agenda présidentiel.

 

Parfaitement légitime, l’émotion tue toujours la réflexion. Surtout quand les responsables des médias saturent l’agora citoyenne d’un flot ininterrompu de faits la plupart du temps sans intérêt au nom du “ comment cela s’est produit ? ” et non du “ pourquoi en sommes-nous arrivés là ? ”. Seriner que nous sommes « en guerre » n’explique pas pourquoi les terroristes répandent, comme leur nom l’indique, la terreur, qui n’est qu’un moyen au service d’une fin.

 

Ce qui, en revanche, semble être une fin au service des moyens, ce sont les mesures de plus en plus sécuritaires, un Etat de plus en plus policier qui s’imposent à nous. On pourra toujours installer une caméra vidéo tous les trois mètres, cela n’empêchera jamais les horreurs terroristes. On pourra toujours banaliser les fusils-mitrailleurs dans les grandes villes, les déambulations d’hommes (et de femmes) en uniforme kaki dans et devant les édifices publics, la politique qui sous-tend les menées terroristes continuera de prospérer. Cette politique a forcément à voir avec le bouillonnement mortifère proche et moyen-oriental : Palestine, Syrie, Irak, Pakistan, sans parler de l’Afrique noire déstabilisée à long terme. Depuis la première invasion de l’Irak en 1991, condamnée par la France, jusqu’à celle du Yémen, qui n’intéresse personne, l’Occident et ses alliés armés par lui ont semé la terreur dans des pays qui ont vu naître Al-Qaïda et Daech, ce qui n’a pas échappé à des terroristes nés en France ou en Belgique.

 

 

 

 

Il est possible que les kamikazes aient visé, comme le disent les commentateurs des grands médias, « l’Europe et ses valeurs ». C’est oublier qu’ils frappent régulièrement la Turquie, le Pakistan, les intérêts russes, et même les Etats-Unis. Cette hypothèse hasardeuse permet aux européistes fanatiques du style Arnaud Leparmentier de demander toujours plus d’Europe, en suggérant, par exemple, la création d’un FBI européen, un vœu particulièrement pieux quand on sait que, rien qu’en Belgique, il existe à peine 18 administrations chargées du maintien de l’ordre et de la sécurité intérieure.

 

Les terroristes ont compris depuis longtemps qu’il est d’autant plus facile d’attaquer l’Europe que la coquille politique de ce continent a été complètement vidée par des dirigeants qui ne dirigent plus rien car ils sont aux ordres des puissances économiques et financières à qui ils ont abandonné tous les pouvoirs. Pour ce qui est de la France, tout s’est joué dans les années 1980 lorsqu’il n’a plus été possible de distinguer entre la gauche et la droite dans les domaines économiques et sociaux, les seules petites musiques divergentes se faisant alors entendre dans les domaines sociétaux. Plus les inégalités sociales se renforçaient, plus le chômage des jeunes devenait la norme, plus les problèmes “ identitaires ” étaient mis en avant par les Solfériniens historiques et par des trotskistes repentis du style Dray ou Désir, celui-ci étant passé directement de la Ligue communiste révolutionnaire au réformisme de l’organisation étudiante UNEF-ID et du syndicat Force Ouvrière. Sous le charme, Pierre Bergé (l’un des commanditaires importants de SOS-Racisme) qualifia Harlem Désir de « moment de la conscience humaine et de l’honneur de la France ». Ce qui n’empêcha pas cette conscience d’être condamnée à 18 mois de prison avec sursis pour avoir bénéficié d’un emploi fictif.

 

Pour être “ de gauche ”, désormais en France, il vaut mieux faire semblant de s’intéresser à l’image des minorités sexuelles, identitaires ou autres qu'aux conditions de vie et de travail, aux droits légaux des salariés en tant que citoyens. Promouvoir le « droit à la différence » (la différence des droits, selon certains) ne change en rien à la redistribution des richesses. Depuis quarante ans, les Solfériniens et la droite ont poursuivi une politique de classe visant à réduire le social en livrant les travailleurs pieds et poings liés aux patronats nationaux et internationaux et en intervenant puissamment pour aider le secteur privé.

 

Les puissances d'argent, les identitaires d'extrême droite et les islamistes militants ont profité de ces béances idéologiques en clivant une société où un discours progressiste est désormais inaudible et où le mot “ République ” (qui a même disparu des timbres de la Banque postale privatisée) n'est plus qu'une station de métro. Il devient de plus en plus difficile de convaincre que l’immigration n’a pas grand-chose à voir avec le chômage, que les sans-papiers sont proportionnellement plus nombreux à travailler que les Français “ de souche ” et que les “ musulmans ” de France ne sont guère plus musulmans que d'autres ne sont catholiques, même s’ils doivent en permanence se déterminer comme tels. Se sentant exclus, de nombreux “ musulmans ” (français depuis deux, trois, quatre générations) en viennent à se revendiquer comme étrangers aux communautés nationales (en France, comme en Belgique, en Allemagne, au Royaume-Uni etc.). Le projet de déchéance de nationalité ne sera pas constitutionnalisé, mais le simple fait qu’il ait pu être pensé par la classe politique dans sa grande majorité signifie sans ambages aux “ musulmans ” qu’ils sont des Français différents. Dès lors qu’ils pensent ne plus vraiment appartenir à la communauté nationale, il est tentant, pour les modérés, de surjouer l'appartenance à la Nation française et, pour les plus radicaux, de rejoindre le nationalisme sans nation du grand califat qui a au moins un point commun avec le capitalisme financier : il n'a pas de frontière et sa vocation est d'hégémonie totalitaire.

 

Vous avez dit “ internationalisme prolétarien ” ? Vous avez dit “ changer la vie ” ?

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Published by Bernard Gensane - dans Politique
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