Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 avril 2016 3 27 /04 /avril /2016 05:33

 

Depuis Vatel (qui s’empala sur son épée) plane sur les grands cuisiniers qui ratent quelque chose ou qui perdent une étoile une véritable malédiction. Avant Bernard Loiseau, on a ainsi vu le grand chef Alain Zick se suicider en 1966 à l’âge de 38 ans.

 

Zick eut pour clients le duc de Windsor et Jean-Paul Belmondo. Après avoir été rabaissé – de manière totalement injuste à ses yeux – par le Guide Michelin, Zick se tua d’une décharge de fusil de chasse dans la poitrine. Benoît Violier, grand cuisinier français exerçant en Suisse,  se tua en 2016 à l’âge de 44 ans, en partie pour la même raison.

 

(Pudor)

 

 

 

 

 

 

Né en 1913, Sándor Zöld  fut ministre de l’Intérieur dans la Hongrie communiste de 1950 à 1951 après avoir été l’un des dirigeants de la résistance communiste contre les nazis. Le 19 avril 1951, à l’occasion du congrès du parti, Mátyás Rákosi, critique violemment son ministre. Sans faire son autocritique, Zöld, le lendemain, abat à coups de revolver sa femme, ses trois enfants et leur gouvernante avant de se tuer. Il fut renvoyé du gouvernement à la date du jour de sa mort.

 

(Jactatio)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un de mes deux ou trois écrivains préférés : Stefan Zweig. Plongez-vous dans son Joseph Fouché ou Le Monde d’hier, que je relis une fois tous les deux ans. En 1934, les nazis organisent l’autodafé de son œuvre. Face à la violence institutionnelle, il ne peut pas lutter, ni intellectuellement, ni physiquement. Il retourne la violence contre lui-même. Humaniste, anti-mitariste (il fut l’ami de Romain Rolland, voir leur Correspondance), dire de ce juif qu’il était assimilé ne rime à rien puisqu’il était et se sentait plus allemand que les Allemands. A sa première femme Friderike, il avait proposé un suicide partagé, qu’elle avait refusé. En 1941, la défaite des Britanniques en Indonésie l’achève. Dans Le Monde d’hier, qui sera publié peu de temps après sa mort, il est au désespoir : « Né en 1881 dans un grand et puissant empire [...], il m'a fallu le quitter comme un criminel. Mon œuvre littéraire, dans sa langue originale, a été réduite en cendres. Étranger partout, l'Europe est perdue pour moi... J'ai été le témoin de la plus effroyable défaite de la raison [...]. Cette pestilence des pestilences, le nationalisme, a empoisonné la fleur de notre culture européenne. »

 

Il se réfugie au Brésil. Il croyait en ce pays pour qui il écrivit Brésil terre d’avenir et en qui il voyait un contrepoids à la folie fasciste. Il a encore la force d’écrire Le Joueur d’échecs. Sa seconde épouse, Lotte, est malade. Il est moralement détruit par le cours des événements. Des amis proches de Zweig se sont déjà suicidés, dont Walter Benjamin. Il rend visite à George Bernanos qui ne parvient pas à lui redonner le moral. Le 22 février 1942, il se tue, en compagnie de Lotte, en s’empoisonnant au Véronal. Les Brésiliens lui accorderont des funérailles nationales alors qu’il avait expressément demandé à ne pas en bénéficier.

 

Juste avant le grand voyage, il écrivit pour ses amis ce texte bouleversant : « Avant de quitter la vie de ma propre volonté et avec ma lucidité, j'éprouve le besoin de remplir un dernier devoir : adresser de profonds remerciements au Brésil, ce merveilleux pays qui m'a procuré, ainsi qu'à mon travail, un repos si amical et si hospitalier. De jour en jour, j'ai appris à l'aimer davantage et nulle part ailleurs je n'aurais préféré édifier une nouvelle existence, maintenant que le monde de mon langage a disparu pour moi et que ma patrie spirituelle, l'Europe, s'est détruite elle-même. Mais à soixante ans passés il faudrait avoir des forces particulières pour recommencer sa vie de fond en comble. Et les miennes sont épuisées par les longues années d'errance. Aussi, je pense qu'il vaut mieux mettre fin à temps, et la tête haute, à une existence où le travail intellectuel a toujours été la joie la plus pure et la liberté individuelle le bien suprême de ce monde. Je salue tous mes amis. Puissent-ils voir l’aurore, après la longue nuit. Moi, je suis trop impatient, je pars avant eux. »

 

(Impatienta doloris)

 

 

 

 

 

FIN

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture
commenter cet article

commentaires

Gardies André 27/04/2016 10:23

Très juste (à tous les sens du terme), profondément humaniste ce portrait de S. Zweig.
Bouleversante surtout cette photo finale du couple enlacé dans la mort choisie. J'imagine le magnifique texte que Roland Barthes aurait pu nous donner devant cette photo.

Gensane 27/04/2016 10:29

Le punctum, c'est la boîte d'allumettes et les trois pièces de monnaie. Peut-être...

  • : Le blog de Bernard Gensane
  • Le blog de Bernard Gensane
  • : Culture, politique, tranches de vie
  • Contact

Recherche