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5 mai 2016 4 05 /05 /mai /2016 05:32

 

 

Lorsqu’on est en présence d’une rédaction aussi brillante et foisonnante que celle de Télérama, le seul hebdo de télévision français lu par des gens qui n’ont pas la télé, on est facilement énervé par des marqueurs du parisianisme journalistique qui consistent à utiliser des termes raffinés et à se vautrer dans les anglicismes. Le problème, c’est que, dans le premier cas, il est commis des erreurs sérieuses du genre solécisme, et que, dans le second cas, l’anglais est écrit un peu n’importe comment.

 

Lisez, du début jusqu’à la fin un numéro de Télérama et vous trouverez au moins une dizaine de fois “ attester ” construit de  manière intransitive (« cela atteste de la valeur de la pièce ») alors que ce verbe est transitif. Un brillant et foisonnant journaliste de Téléréma ne saurait écrire « cela montre la valeur », « cela témoigne de la valeur », « cela est une preuve de la valeur », tournures beaucoup trop frustes et rustres pour des plumes aussi délicates.

 

Quant aux anglicismes maltapropos, j’en signalerai un seul. A Télérama, on n'écrira pas que tel acteur de Stratford, que le Wensleydale, que telle coupe de costume pour homme sont « typiquement britanniques ». On brille et on foisonne en écrivant qu’ils sont « so british ». Notez que les produits ou les gens dont on parle seraient turcs ou portugais, on serait un tout petit peu emmerdés, tout téléramien qu’on est. Non seulement, ce maniérisme est crétin et prétentieux, mais en plus il est incorrect. En anglais, les termes désignant la nationalité, même utilisés comme adjectifs, commencent systématiquement par une majuscule : « He is French, a French boy, a British cheese » etc. En allemand, ce sont les substantifs qui commencent par une majuscule : « das Auto, die Kanzlerin ». La pratique a été la même en anglais jusqu’au XVIIIe siècle. A noter que l’anglais met également une majuscule aux noms de mois, même lorsqu’ils sont écrits en abrégé (« January, Jan. »), ce qui n’est pas le cas du français. On trouvera également une majuscule au début de noms ou adjectifs associés à un nom propre (« The Sahara Desert », le désert du Sahara, « Central Asia », l’Asie centrale), devant des noms suivis d’un nom propre (« Queen Elizabeth », la reine Elisabeth, « General De Gaulle », le général De Gaulle – “ De ” et non “ de ” car il ne s’agit pas d’un patronyme noble), d’un titre associé à un nom propre (« The President of the United States of America », le président des Etats-Unis d’Amérique), des noms de rue (« Fifth Avenue », la Cinquième avenue), de tous les mots qui composent le titre d’un roman, d’un film, d’une œuvre musicale (« The Loneliness of the Long Distance Runner », La Solitude du coureur de fond ; « The Great Swindle », Au revoir là-haut ; « Music for the Royal Fireworks », Musique pour les feux d’artifice du roi), des noms d’organisme ou d’institution (« the European Space Agency », l'Agence spatiale européenne).

 

Pendant qu’on y est – je laisse  provisoirement de côté Télérama – je vous emmène faire un tour du côté de chez Pujadas. Le brillant et foisonnant présentateur des nouvelles de France 2 a succombé à un petit snobisme partagé par beaucoup d’autres : il ne souhaite plus aux téléspectateurs une « bonne soirée » mais une « belle soirée ». Pourquoi pas ? Mais alors allons-y franco : « je vous souhaite une belle année et une belle santé », « je vous souhaite beau vent », « A table et bel appétit ! », « beau Dieu ! », « j’ai jugé beau de faire car c’est pour de beau », « c’est beau à savoir », « j’ai tiré le beau numéro ».

 

Allez, belle nuit !

Hé ho, la rédac de Télérama !

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Published by Bernard Gensane - dans culture
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