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26 juin 2016 7 26 /06 /juin /2016 05:13

 

 

 

Un ami et néanmoins collègue m’écrit : « Avant, les Anglais avaient un pied dedans et un pied dehors ; maintenant c’est le contraire. Ils n’ont pas fini de nous emmerder! ».

 

Je suis bien d’accord, mais je crois que ce qui se joue va bien au-delà des vapeurs grandes-bretonnes.

 

Quand nous étions jeunes (et que nous n’avions nullement besoin de visa pour traverser la Manche dans des ferry-boats poussifs), les référendums avaient quelque chose d’impérieux, de sacré. Le mot “ référendum ” contient la notion de gouvernement direct. Souvenons-nous des consultations historiques lancées par De Gaulle, sur l’indépendance de l’Algérie, sur l’élection du président de la République au suffrage universel, jusqu’à celle, fatale, qui le verra démissionner dans l’heure avant qu’il aille marcher sur les plages irlandaises et rendre visite à Franco cinq mois avant sa propre mort (l’hagiographie – qui a retenu les plages mais qui a peu retenu la complicité monarcho-militaire – a oublié que De Gaulle fut à la fois majestueux et satrape).

 

Chirac, qui avait pris chez son illustre prédécesseur le peu qui l’arrangeait, avait proclamé, avant le référendum de 2005 pour lequel il s’était engagé corps et âme, qu’il ne démissionnerait pas si le peuple le désavouait. Il tint cette magnifique promesse.

 

Aujourd’hui, le déni démocratique se joue au niveau européen. Le non des Français et des Néerlandais en 2005 contourné par les classes politiques dans leur ensemble, les suffrages des Grecs balayés par la Troïka, les peuples qu’on a fait voter et revoter jusqu’à ce qu’ils deviennent raisonnables, tout cela va dans le même sens : jamais Bruxelles et ses fonctionnaires surpayés, surprotégés, hors-sol, n’accepteront une expression populaire démocratique qui ne leur convient pas et qui est hostile au capitalisme financier. Les grandes figures médiatiques servent quasiment toutes de relais. Fille de syndicaliste indépendantiste, Audrey Pulvar méprise les ploucs rosbifs : « Les gens qui vivent dans la modernité ont voté contre le Brexit ». L’icône aux lunettes d’écaille a raison : les prolos sans-dents (appliquée aux Britanniques, l’expression “sans-dents” est à prendre au premier degré) se nourrissent de fish and chips bien gras alors que les bobos de la Tamise se délectent de sushis. En plein abattement détumescent, l’européiste hystérique Quatremer fait dans le sadomaso : « Pour éviter l’effet de contagion, il faut que le départ soit douloureux ».

 

Si Obama, Wall Street et la Cité de Londres n’ont pas réellement paniqué, c’est que rien n’est acquis de par ce référendum car de nombreuses stratégies ont été mises en œuvre pour contourner le vote du 23 juin. Cameron a montré l’exemple quelques heures après sa défaite en proposant un calendrier dilatoire permettant toutes sortes de manœuvres secrètes entre Bruxelles, Merkel (accessoirement Hollande) et le Royaume-Uni. Il faut à tout prix que l’oligarchie mondiale (ceux que le discours dominant appelle « les élites ») garde la main, empêche l’enrayement d’une intégration européenne au service de ses intérêts. Même si le si propre Juncker, président de la Commission pour qui “ il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens ”, a prévenu : « Le Royaume-Uni devra accepter d’être considéré comme un État tiers que l’on ne caressera pas dans le sens du poil ».

 

Encore une fois, tout référendum présente un grand risque : celui qui le propose risque d'être battu. Mais il y a pire : l'électorat peut se l'approprier, peut en discuter les tenants et les aboutissants, peut lui donner un autre sens. Bref, cet électorat peut devenir intelligent, sachant. C'est ce qui s'est passé en 2005 en France avec cette formidable campagne, impulsée, entre autres, par ATTAC. Le politique fut alors déjudiciarisé et détechnocratisé. 

 

Les Anglais et les Gallois qui ont si mal voté vont-ils être traités plus bas que terre, c’est-à-dire comme des Grecs ? Ce n’est pas exclu, mais cela m’étonnerait. On ne leur imposera pas de visa – ce qui serait contre-productif – mais on les intimidera en bridant leurs exportations et en alourdissant la charge de leurs importations. Et puis, on va donner du temps au temps, créer de l’incertitude, instaurer un mini-chaos pour que les Anglais eux-mêmes finissent par demander un nouveau vote, en créant de la sorte leur propre humiliation. Une pétition pour un deuxième vote (lancé sur le site du Parlement !) a rassemblé plus de 2 000 000 de signatures en quelques heures. Des djeuns principalement, issus du sud-est du pays.

 

De quoi l’assassinat de Jo Cox fut-il le nom ?

 

 

Sortis les Britanniques ? Ça m’étonnerait !

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Published by Bernard Gensane - dans Politique
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commentaires

Lyonnais 26/06/2016 10:59

Trouvé sur :

http://www.reveilcommuniste.fr/2016/06/mise-en-garde-la-grande-bretagne-n-est-pas-du-tout-sortie-de-l-union-europeenne.html

Mise en garde : la Grande Bretagne n'est pas du tout sortie de l'Union européenne !

24 Juin 2016 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Euroboycott, #Impérialisme
Mise en garde : la Grande Bretagne n'est pas du tout sortie de l'Union européenne !

On n'a jamais vu de politique européenne corrigée, amendée, ou stoppée par un vote populaire dans aucun des pays européens, depuis le commencement de l'intégration euro-occidentale en 1948. Sans un puissant mouvement populaire pour le valider, est fort probable qu'il en sera de même pour ce Brexit qui provoque tant de panique dans la bourgeoisie mondiale, et chez nous un certain contentement. Voir leur dépit ça nous fait du bien. Mais c'est loin d'être fait car les forces politiques qui ont soutenu le "leave" sont grandement inconsistantes, opportunistes, et corruptibles. Un compromis sur le dos des immigrés devrait suffire à en calmer beaucoup.

Cette panique des élites et de la petite bourgeoisie mondialiste s'explique par deux choses : le caractère fatidique et irréversible de l'unification européenne sous l'égide de l'oligarchie internationale semble enrayé. Et l'unité de l'Occident, qui est le vrai nom que doit porter le vrai sujet géopolitique actuel auquel nous portons allégeance est remise en cause parce que le Royaume Uni sert d'articulation entre l’Amérique du nord et l'Europe continentale, mais aussi avec une part non négligeable du troisième monde.

Il s'agit là d'un scandale mondial qui ne peut pas continuer, et d'un défit qui ne doit pas rester impuni.

Dans les faits rien ne justifie une telle panique économique et ils vont bientôt s'en apercevoir (à commencer par les naïfs qui se sont fait plumer sur les marchés la nuit dernière). Mais il se dessine une politique de sanctions contre la Grande Bretagne. C'est que ces gens de Bruxelles et de Washington ne comprennent pas autrement la politique étrangère : Désaccord, litige? sanction ! les Britanniques vont soudain être traités comme n'importe quel Russe, et se voir infliger des brimades collectives tout à fait arbitraires, comme par exemple pour commencer l'imposition punitive d'une visa d’entrée en UE, présentée comme une conséquence directe de leur vote. Ou le sabotage de leur championnat de foot, par pression sur les joueurs étrangers !

Mais outre ce prurit disciplinaire qui pourrait s'avérer contre-productif, il s'agit aussi d'intimider les britanniques de l'intérieur, ces "ploucs" de la campagne qui au dire de la presse sont sortis des rails de la civilisation et ont entrainé avec eux dans la barbarie leurs compatriotes "hypes" bouffeurs de sushis de Londres et des autres centres-villes, et qui nous appellent à leur secours. Une intervention humanitaire s'impose, et non seulement l’Écosse mais aussi Londres menacent de faire sécession.

(Pauvres écossais! ils ne savent pas ce qu'ils font! Croient-ils vraiment qu'ils seront mieux traités par Bruxelles que par Londres, croient-ils vraiment que Bruxelles les traitera mieux qu'elle n'a traité l'Irlande?)

Un certain nombre de calamités quotidiennes vont donc aggraver singulièrement la vie de ces ouvriers et de ces chômeurs mal-pensants dans les prochains mois. De plus il se dessine une stratégie pour gagner du temps de manière à créer une situation favorable pour un deuxième vote, tout en organisant un chaos de mauvais augure. On a fait revoter les Danois, les Grecs, les Irlandais, on a contourné les votes des Hollandais et des Français. Les Britanniques ne feront pas exception, ils connaitrons à leur tour l'humiliation nationale parce que les élites qui disposeraient du pouvoir de s'y opposer ne le feront pas. Bien au contraire ils organiseront le contournement du Brexit. Peut être l'assassinat de Jo Cox montre-t-il la voie implacable qu'il vont emprunter.

A moins que ...

GQ, 24 juin 2016

PS : si on ne trouve pas dans le personnel politique anglais l'équivalent de Sarkollande pour bafouer le vote populaire (et je ne vois pas pourquoi on ne le trouverait pas, ce n'est pas parce que les élites britanniques se gargarisent de liberté et de démocratie qu'elles sont démocrates en réalité, bien au contraire) il restera l'option "révolution colorée", qui est de faire exiger par un mouvement de jeunesse sytle "antifa", et/ou "generation y", dans la rue, un nouveau vote, au nom de la jeunesse, de l'antiracisme, et s'appuyant sur les centres villes embourgeoisés, et en exploitant des provocations d'extrême droite. Et ça commence déjà : une pétition pour un deuxième vote a obtenu 300 000 signatures en quelques heures ... le Maidan londonien est dans les tuyaux, car le Royaume Uni est mille fois plus important que l'Ukraine.

Pierre Verhas 26/06/2016 10:45

Les Britishs sont loin d'être partis ! On oublie (c'est rappelé dans l'article annexé) que le référendum en GB n'est pas contraignant. On prendra probablement prétexte de cette pétition pour relancer le débat au niveau du Parlement britannique avec la probabilité d'un vote pour le "remain".

Pourquoi, pensez-vous, Cameron a déclaré qu'il démissionnerait dans trois mois ? Justement pour pouvoir s'en tirer par cette entourloupe.

Après, ce sera "business as usual"...

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