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9 juillet 2016 6 09 /07 /juillet /2016 07:44

Les pleurs unanimes sont souvent suspects. Surtout quand ils concernent ceux qui sont tombés tout naturellement dans la direction où ils penchaient. On chante “ L'Internationale ” à 35 ans dans les manifs à côté de Krivine et on finit invité au mariage du jeune banquier Macron au Touquet, la station ultra chicos du Pas-de-Calais.

 

Je propose ce très bon article de Floreal, publié par Le Grand Soir.

 

 

Comme la mort de tout être humain, le décès de Michel Rocard nous rappelle tristement à notre condition finie ; et bien entendu, sa mort ne peut qu’affliger ses proches.

 

Mais osons dire que sur un plan strictement politique, sa mort ne saurait dédouaner de son bilan politique cet homme issu comme Blum de la haute bourgeoisie d’Etat qui n’a cessé de combattre le socialisme et le communisme tout en servant sans états d’âme la mortifère « construction » euro-atlantique.

 

Il est vrai qu’au début des années 70, il n’y avait pas plus « révolutionnaire » – en paroles ! – que celui qui dirigeait alors le PSU. Comme il était alors de bon ton, les dirigeants du PSU et de la CFDT feignaient de prendre « de gauche » le PCF et la CGT, voire d’appeler le prolétariat à « la guerre civile… Mais bien entendu, c’était un jeu : il s’agissait de minorer le rôle du PCF dans l’union de la gauche en formation tout en « relativisant » les revendications « quantitatives » si vulgaires des ouvriers CGT !

 

Sitôt la vieille SFIO relouquée par Mitterrand et le PSU liquidé par les siens (fin des années 70/début des années 80), sitôt Mitterrand parvenu au pouvoir, le gauchiste de salon se révéla un parfait gestionnaire de la société capitaliste. Finies les utopies destinées à mordre sur l’électorat communiste. Ministre, puis premier ministre de Mitterrand, Rocard s’évertua à rassurer le patronat et à prendre de droite le président dont il convoitait la place. Se présentant comme un socialiste « moderne » à la manière de Tony Blair, Rocard mit en musique la première austérité dictée par le « virage » de la rigueur qui, dès 81, accompagna la marche à la dévastatrice monnaie unique. C’est à l’époque où Rocard était premier ministre de Mitterrand que le statut des dockers fut durement attaqué et que Renault, semi-privatisée, fut frappé au cœur (fermeture de Renault-Billancourt, licenciement des dirigeants CGT) par celui qui, en 68, prétendait parler au nom du prolétariat. C’est Rocard qui institua la CSG, cette manière d’obliger les travailleurs à financer la protection sociale en lieu et place de plus en plus souvent exempté du paiement de ce salaire indirect que sont les cotisations Sécu…

 

 

 

Plus gravement, c’est encore Rocard qui engagea la France dans la première guerre du Golfe déclenchée par Bush Senior en 91 avec à la clé, un blocus de l’Irak qui allait faire plus de cinq cents mille victimes.

 

N’ayant pas pu devenir président, Rocard n’en participa pas moins à toutes les campagnes idéologiques qui, du référendum sur Maastricht au référendum violé sur l’euro-constitution, ont permis à la bourgeoisie de mettre en place la funeste « construction » européenne et le ruineux euro qui détruisent notre pays, ses services publics, sa production industrielle, sa langue et ses fondamentaux républicains.

 

Bien entendu, Rocard n’a pas manqué d’applaudir à la chute des pays socialistes en qualifiant la Révolution d’Octobre de « putsch », lui qui jadis flirtait (le romantisme ne coûte pas cher…) avec l’idée d’une prise de pouvoir par la violence armée. Mais il faut ce qu’il faut pour s’ouvrir un marché et pour, une fois qu’on y a pris près, reformater la demande en fonction de l’offre… Cependant à ce petit jeu, les DSK, les Valls et les Macron trouveront toujours un jeune loup pour les doubler sur leur droite…

 

Saluons néanmoins un parcours politique sans faute puisque d’un bout à l’autre de son existence, et sans cesser de poser à l’ « homme de gauche » devant nos journalistes aveugles, Rocard aura bien servi sa classe, la grande bourgeoisie, et la stratégie de cette classe : la désintégration européenne de la nation, à défaut de servir le peuple et les idéaux de Jaurès.

 

A chaque classe ses grands hommes…

 

 

PS : Achard, un lecteur du Grand Soir, précise ceci :

Rocard c’est aussi la réforme de l’administration des services publics (1989). Il s’agissait alors de faire entrer les méthodes managériales du privé dans la fonction publique. C’est grâce à lui qu’on parle dorénavant de client et non plus d’usager. Une façon d’étendre les idées du libéralisme à un domaine ou le bien commun avait encore une signification, mais aussi de préparer le socle des privatisations qui suivirent. 
Rocard ce n’était pas la “seconde gauche“, mais une gauche fourbe, gauchiste dans toute sa splendeur, c’est-à-dire qui se donne des airs de révolution mais pour mieux servir la bourgeoisie au pouvoir.

 

Un autre, Fond de la marmite, ajoute ceci, qui n'est pas qu'anecdotique :

 

Rien d’étonnant dès lors à ce que Michel Rocard ait pu fêter ses 80 ans en compagnie d’ancien·ne·s dirigeant·e·s du MEDEF, tels Ernest-Antoine Seillière ou Laurence Parisot, d’Alain Bauer (grand promoteur de politiques sécuritaires sous couvert de « criminologie »), outre évidemment les pontes du PS, Nicole Notat (ancienne secrétaire générale de la CFDT, reconvertie en PDG d’une entreprise d’audit-conseil) ou l’intellectuel social-libéral Pierre Rosanvallon (qui cherche activement, depuis quelques années, à faire oublier qu’il fut, sur un plan intellectuel, le principal promoteur de l’extrême centre, c’est-à-dire d’un néolibéralisme "ni droite ni gauche"). Nulle raison non plus de se montrer surpris que Rocard ait pu, à la toute fin de sa vie, considérer que la loi travail était « une chance pour la France ». "

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Published by Bernard Gensane - dans Politique
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chb 12/07/2016 08:20

Je me souviens aussi de la « lutte contre » le chômage, avec les TUC et CES.
Résumé du Diplo :
Travaux d’utilité collective (TUC) – 1984. Le gouvernement de M. Laurent Fabius crée ces « petits boulots » de vingt heures par semaine, payés moins d’un demi-smic. Les TUC sont exclus du droit social commun (retraite, chômage), à l’exception de la couverture maladie, assurée par l’Etat. Contestés, ils disparaissent en 1989.
Contrat emploi-solidarité (CES) – 1989. M. Michel Rocard remplace les TUC par des contrats de deux ans maximum dans le secteur public non lucratif, avec une durée de travail fixée à vingt heures par semaine. Outre l’exonération de cotisations patronales, l’Etat prend en charge l’essentiel de la rémunération du salarié. Une première.
Pour la défense de Rocard, un avocat, Gilles Devers, par ailleurs pourfendeur de la gochemole : http://lesactualitesdudroit.20minutes-blogs.fr/archive/2016/07/06/rocard-une-page-se-tourne-930143.html

gui 11/07/2016 10:20

Il faut etre quand meme drolement fataliste pour dire que nos malheurs sont dus a l'euro et a l'Europe. Bougez-vous, imaginez une Europe meilleure, au lieu de faire croire que le service public pourrait survivre a une implosion de l'Europe. Il est attaque actuellement justement parce que l'Europe est trop faible. Rocard l'avait compris (voir le traite pour une Europe sociale). Le vrai socialiste c'est lui, l'internationaliste, vous etes souverainiste et donc nationaliste.

Lyonnais 23/07/2016 09:31

à Gui
Relisez donc le discours devMendès-France avant de parler de "l'Europe Sociale!"

http://www.lecanardrépublicain.net/spip.php?article163