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2 juillet 2016 6 02 /07 /juillet /2016 05:39

Coralie Delaume publie des articles dans Le Figaro (personne n’est parfait). Elle est souverainiste et a créé le blog L’Arène nue (http://l-arene-nue.blogspot.fr). Elle est l’autrice de Europe. Les Etats désunis (Michalon, 2014).

 

Ci-dessous, de larges extraits d’un article publié le 26 mai 2016 sur la soumission du gouvernement français aux désidérata de Bruxelles sur le droit du travail.

 

 

Jean-Claude Juncker a déclaré que «la réforme du droit du travail voulue et imposée par le gouvernement Valls est le minimum de ce qu'il faut faire». Pour Coralie Delaume, l'économie de notre pays est depuis longtemps l'application des orientations de l'Union européenne.

 

 

La loi El Khomri est un produit d'importation made in Union européenne. Les « Grandes orientations de politique économique », dont l'existence est posée par les traités, et le « Programme national de réformes, qui s'inscrit lui-même dans le cadre de la stratégie Europe 2020 «pour une croissance économique intelligente, durable et inclusive», prescrivent à de nombreux pays et depuis longtemps le malthusianisme budgétaire et la modération salariale.

 

Dans même temps, la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union, n'a de cesse de promouvoir l'ordre concurrentiel et la dérégulation. Elle œuvre à saper le droit du travail dans les pays membres, et à affaiblir la capacité de négociation des salariés dans les conflits sociaux.

 

Enfin, l'appartenance à l'euro interdit toute dépréciation de la monnaie. Dès lors, elle conduit les pays de l'eurozone non à renforcer leur coopération, non à développer entre eux la solidarité, mais à se mener les uns aux autres une véritable « guerre de la désinflation salariale» (Steve Ohana).

 

Face au caractère scandaleux de l'affaire, face à la blessure d'orgueil que ne peut manquer d'occasionner, chez n'importe quel peuple encore un peu conscient de lui-même, l'idée d'être «gouvernancé» depuis Bruxelles, Francfort ou Luxembourg au lieu d'être normalement gouverné par les dirigeants qu'il a élus, on pourrait s'attendre à ce que les «Européens de métier» fassent profil bas. Par décence. Par souci de ne pas attiser la colère. Parce que le fait de bénéficier de pouvoirs exorbitants dont ils ne doivent la titulature qu'à une série d'erreurs d'aiguillage de l'Histoire, devrait suffire à les contenter.

 

Mais non. Il faut encore qu'ils portent en bandoulière leur bonheur niais d'être là où ils sont, et qu'ils l'ouvrent à tout propos. Sans se rendre compte qu'à la fin, « les gens » commencent à comprendre. Et à s'agacer.

 

L'ouvrir très grand, c'est l'une des choses que Jean-Claude Juncker fait le mieux. Aussi a-t-il trouvé judicieux, dans un récent entretien au journal Le Monde, de formuler ces quelques regrets : «à voir les réactions que suscite la « loi travail », je n'ose pas m'imaginer quelle aurait été la réaction de la rue, à Paris ou à Marseille, si votre pays avait dû appliquer des réformes comme celles qui ont été imposées aux Grecs ».

 

Ceci dit, rien n'est jamais perdu pour qui sait s'armer de patience. Durant l'été 2015, au cœur de la «crise grecque», le ministre hellène Yanis Varoufakis avait donné quelques clés pour comprendre la dureté des créanciers vis-à-vis de son pays. Selon lui, la véritable cible des « Européens » (et de l'Allemagne, plus encore que de l'Europe institutionnelle) était en fait l'Hexagone. « La Grèce est un laboratoire de l'austérité, où le mémorandum est expérimenté avant d'être exporté. La crainte du Grexit vise à faire tomber les résistances françaises, ni plus ni moins », avait-il osé. Pour lui, les vraies cibles étaient l’Etat-providence et le droit du travail français.

 

Autre grand bavard : Pierre Moscovici, ce commissaire apatride qui s’adresse en anglais à des officiels français pour leur passer un savon. Dans un entretien publié le 18 mai, le commissaire aux Affaires économiques faisait connaître sa volonté. Il rappelait qu'il lui appartenait bien d’exiger la loi travail : «Tout ce que je peux dire, c'est que la réforme est indispensable et qu'y renoncer serait une erreur lourde (…) les Français ont souvent le même réflexe quand une réforme se présente : celui de s'y opposer. Cela ne signifie pas que la réforme n'est pas nécessaire et qu'elle ne doit pas être menée (…) En outre, je pense que la volonté du peuple doit s'exprimer dans les élections, pas dans les sondages ».

 

 

Évidemment, si les choses en sont là, et Moscovici le dit fort bien, c'est en raison « des traités que les gouvernements et les Parlements de l'Union européenne, à commencer par celui de la France, ont signés ». C'est là l'argument dont les européistes se prévalent sans cesse, car il n'y a plus que ça en magasin. Au passage, ils se hâtent d'oublier que le dernier des traités, celui de Lisbonne, a tout de même nécessité pour être signé que l'on s'assoie en 2005 sur les résultats de deux référendums, le néerlandais et le français. Tout comme on s'est assis sur le résultat de la consultation grecque de juillet 2015. Autrement, c'était le début du détricotage de la zone euro.

 

Au sujet du mouvement social actuellement en cours, Myriam El Khomri a eu ces mots très contestés : « il n'est pas question que l'économie de notre pays soit prise en otage ». Ils sont pourtant incontestables: l'économie de notre pays est, depuis longtemps, en situation de captivité. Simplement, les rançonneurs ne sont pas forcément ceux que l'on croit.

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Published by Bernard Gensane - dans Politique
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