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5 août 2016 5 05 /08 /août /2016 06:11

Pour les ministres solfériniens, Najat Belkacem au premier chef, la mission de l'Education nationale consiste à évacuer la culture, la méthode et son discours, la réflexion critique. Et à niveler par le bas. Dans le collège d'une de mes filles, à Lyon, la ville du mentor de la ministre, cet édile ancien fonctionnaire qui envoie ses enfants dans l'enseignement privé, la direction a remplacé la distribution des prix traditionnelle par une distribution de prix aux enfants médiocres mais travailleurs. L'année prochaine, pourquoi pas des prix pour les enfants médiocres tout court, mais à encourager ?

 

Les éditeurs de manuels scolaires vont passer des vacances trépidantes, la totalité des programmes du CP à la 3ème ayant été revue pour la rentrée. Je publie ci-dessous un article du Point sur ce grand chambardement.

 

 

Branle-bas de combat chez les éditeurs

 

C'est une grande première. À la rentrée 2016, tous les programmes scolaires du CP à la troisième changeront. Tous, en même temps. Alors que les éditeurs avaient pris l'habitude de travailler une année entière sur la refonte des ouvrages scolaires pour une matière donnée, pour un niveau, avant d'attaquer ceux de la classe suivante un an plus tard, ils ont dû s'atteler à tout remettre à plat en même temps, dans l'urgence. Avec de nouveaux programmes définis seulement depuis la rentrée 2015, il ne leur restait que neuf mois pour élaborer les contenus de tous les nouveaux manuels scolaires.

 

Et il ne s'agissait pas seulement d'un simple toilettage. En plus de la réforme de l'orthographe à intégrer, les objectifs pédagogiques ne sont plus fixés par classe, mais par cycle de trois ans. Fini, les programmes à boucler avant la fin de l'année : désormais, les notions à connaître auront trois ans pour être étudiées. Une nouvelle manière de travailler, qui gênera considérablement les enseignants (les élèves n'auront pas vu les mêmes chapitres l'année précédente, selon le professeur qu'ils auront eu), et qui embarrassera aussi les élèves qui changeront d'établissement scolaire en cours de cycle. Quant aux éditeurs, ils disposent d'une liberté inédite : concevront-ils des livres scolaires par cycle, ou choisiront-ils leur propre répartition annuelle des programmes ?

 

Gouffre financier

 

Ce grand chambardement est aussi un gouffre financier. L'acquisition des nouveaux livres s'étalera sur deux ans, mais la loi de finances 2016 budgète, rien que pour la première année, 150 millions d'euros pour le renouvellement des livres des collégiens. En effet, ce sont plus de 11 millions de manuels qui seront imprimés d'ici à septembre, rien que pour eux. À la rentrée prochaine, les élèves de la sixième à la troisième recevront ainsi de nouveaux manuels de français, de mathématiques et d'histoire-géographie. Les élèves de cinquième auront un manuel de LV2, puisque cet enseignement est avancé d'un an avec la réforme du collège, et les élèves de sixième disposeront d'un nouveau manuel de sciences.

 

À l'école élémentaire, c'est plus compliqué. Selon plusieurs estimations, quelque 16 millions de manuels doivent être imprimés pour les écoliers dans l'urgence. Mais même s'il est fréquent que les communes prennent en charge partiellement ou totalement l'achat de ces manuels, cela n'est en rien une obligation pour elles. Dès lors, certaines écoles risquent de ne pas pouvoir financer tous les nouveaux manuels en septembre, créant des inégalités entre les élèves.

 

Quant à ce qu'il adviendra des manuels obsolètes, aucune directive n'a encore été donnée, même si certains éditeurs, comme Belin, proposent aux 6 800 collèges métropolitains de collecter gratuitement les livres scolaires afin de les recycler.

 

Fautes incluses

 

Avec tant de problèmes à régler en si peu de temps, il ne faudra pas être trop tatillon : les fautes d'orthographe seront parfois incluses (« Choisissez vos quatre passages préférés et expliquez pour chacun deux (sic) pourquoi il (sic) vous ont plu » chez Nathan).

 

Tout comme certains exercices n'auront pas eu le temps d'être adoubés avant d'être imprimés, tel ce travail de réécriture d'un texto tiré d'un nouveau manuel destiné aux élèves de quatrième publié par Nathan, et fortement critiqué sur les réseaux sociaux : « CC C MWA ! G 1 truc a te dir jcroi kon devré fer 1 brek... bz. » (« Coucou, c'est moi ! J'ai un truc à te dire : je crois qu'on devrait faire une pause… Bises. ») Si vous aviez compris, c'est que vous êtes fin prêt pour la réforme.

La table rase des programmes scolaires

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Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
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commentaires

pschitt 07/08/2016 12:00

J'ai 50 balais , j'avais compris le texto , désolé pour vous , mais cela ne signifie en rien que je sois fin pret pour cette réforme . Tout au plus que cette réforme est déjà "has been" comme toute leur réforme de merde d'ailleurs !

Lyonnais 05/08/2016 07:41

Pour connaître le but ultime de cette "réforme" lire : "L'enseignement de l’ignorance (et ses conditions modernes)" de Jean-Claude Michéa

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