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7 octobre 2016 5 07 /10 /octobre /2016 05:42

La scène se passe en 2008 dans une université anglaise, au beau milieu des JO de Pékin. Un de mes amis, professeurs de sciences politiques, un homme authentiquement de gauche, s’adresse à ses étudiants en leur disant en gros : « Ces JO, c’est bien beau, mais n’oubliez pas que ce pays dit communiste est en fait une dictature capitaliste ».

 

Deux jours plus tard, il reçoit un courriel de son doyen lui expliquant que l’on ne doit pas critiquer une grande puissance amie qui, bien souvent, dans les instances internationales sportives, apporte son soutien au Royaume-Uni.

 

Avant de vous révéler (ne zappez pas) quelle fut la réaction de mon ami, je vous fait remarquer que lorsque lui et moi avons débuté dans le métier au début des années 70, ce genre de remarque de la part d’un supérieur hiérarchique était impensable des deux côtes de la Manche, et dans bien d’autres lieux.

 

Mon ami se paya le luxe de la réponse vengeresse suivante : « Cher collègue, vous seriez-vous tu face au nazisme lors des JO de Berlin en 1936 ? ».

 

 

 

 

Le second épisode se passe dans une université autrichienne au début des années 1990. Un autre de mes amis (je n’en ai pas tant que cela mais ils sont tous formidables) pose sa candidature à une chaire de littérature. Son curriculum vitae est éblouissant : une quinzaine d’ouvrages scientifiques, 200 articles, un vrai rayonnement international. Face à lui, une universitaire de fort bon aloi mais qui ne lui arrive pas à la cheville. La commission de recrutement (qui compte des étudiants qui se plaisent à écarter les enseignants à la réputation de sévérité !) classe tout naturellement mon ami devant la dame. Mais elle lui recommande de ne pas trop s’emballer car le choix doit être entériné par le ministre de l’Education en personne (il en va théoriquement de même en France).

 

Le ministre va prendre son temps, hésiter, atermoyer pendant environ trois mois, en sollicitant l’avis politique de nombreux conseillers. En effet, à cette époque, la Fonction publique autrichienne est en plein prurit de discrimination positive : il faut nommer, promouvoir des femmes partout, à tour de bras.

 

Finalement, la raison scientifique l’emportera et mon ami sera recruté, mais il aura eu chaud.

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Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
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