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11 octobre 2016 2 11 /10 /octobre /2016 05:27

Les tribunaux islamiques, une petite centaine que l’on dénomme “Conseil de la charia” sont parfaitement tolérés au Royaume Uni, même s’ils ne sont pas légalement reconnus. Merveille du pragmatisme. Pour l’instant (peut-être ?) les autorités ferment les yeux sur les mariages et les divorces forcés prononcés sans l’assentiment des femmes. Dans ces tribunaux, l’homme doit se contenter de répéter trois fois « Je divorce de toi » à son épouse. La femme, elle, a besoin de l’accord d'hommes de foi sinon elle risque d'être considérée comme adultère en cas de remariage. L’argent n’ayant pas d’odeur, sauf celui de la sainteté, des avocats inscrits au barreau reçoivent une formation sur les préceptes de la loi islamique afin d'en tenir compte dans les procédures civiles concernant leurs clients musulmans.

 

En Suède, l’islamisation juridique avance à marche forcée. Des couples iraniens, mariés en Iran et souhaitant divorcer en Suède, font trembler le système sur ses bases. Les hommes exigent “l’avortement légal”. Selon la charia, au moment du divorce, les maris sont tenus de payer intégralement à leurs épouses une somme conséquente appelée mehriye. Des Iraniennes ayant entamé une procédure de divorce en Suède ont réclamé cet argent qui leur est dû conformément au contrat de mariage conclu en Iran. Récemment, un juge suédois a statué que la procédure devait être traitée selon les lois suédoises et que l'épouse n'avait aucun droit de réclamer les fonds garantis par la législation iranienne. En appel, l'épouse a gagné, la Cour d'appel ayant estimé que, même si le mehriye n’avait pas d'équivalent en Suède, il pouvait être considéré comme une dette. La Cour suprême de Suède a été saisie de la question épineuse de l’introduction d’éléments de la charia dans le droit suédois. Fatemeh Sanaei Nasab, juriste iranienne, est très confiante : « Aux termes de l'article 6 du Code civil de la République islamique d'Iran, en cas de litige, des questions telles que la conclusion du mariage, l'action en divorce, l'attribution d'un héritage ou la conclusion d'un marché doivent être traitées sans considération du pays où ce litige est instruit si les parties au procès ont la nationalité iranienne. Cela signifie qu'en cas de divorce, les normes de la législation iranienne doivent avoir priorité sur les lois locales si le mariage a été contracté en Iran. Le versement du mehriye est donc obligatoire ».

 

En février 2008, Rowan Williams, 104ème archevêque de Cantorbéry, estimait que « certaines dispositions de la Charia étaient reconnues par la société et par le système juridique ». Il jugeait nécessaires des « accommodements » raisonnables dans une société multiculturelle, excluant cependant la lapidation, les décapitations et le tranchage de mains ! Pour Williams, l'application de la Charia est « inévitable si nous voulons considérer sérieusement la religion des gens dans une société solidaire. Si nous voulons penser intelligemment la relation entre l'islam et le droit britannique nous devons largement “déconstruire” les antagonismes vulgaires et les mythologies, qu'il s'agisse de la nature de la Charia ou de celle des Lumières ».

 

L’islamisation rampante sait explorer des pistes tout à fait inattendues. Depuis janvier 2013, la vente d’alcool est interdite (temporairement peut-être mais on revient difficilement sur un avantage conquis) dans l’enceinte du parlement britannique par respect de la Charia. D'après le Times : « L'introduction de cette mesure est liée au fait que le parlement britannique devra déménager à Richmond House dans la rue de Whitehall, qui est située en plein cœur de Londres, à cause des travaux de rénovation du Palais de Westminster. Il y a quelques années, Richmond House a changé de système de financement, instaurant le système islamique des obligations (ou sukuk, mot, comme “chèque”, d’origine perse). Les députés britanniques devront séjourner à cette adresse deux ans durant.

 

Á communautarisme, communautarisme et demi. Face aux avancées islamistes à Berlin et sa “Sharia Polizei”, aux milices de la Charia (Sharia Patrols”) dans l’est de Londres qui voudraient voir toutes les femmes en Angleterre couvertes de la tête aux pieds, pouvoir « trancher la main des voleurs et lapider les femmes adultères », et pour qui « l’Angleterre ne peut exiger des musulmans qu’ils se limitent à une seule épouse », il se constitue désormais en Europe des milices chrétiennes, véritables organisations paramilitaires.

 

L'islamisme est-il conquérant ? (II)

Depuis 2014, le mouvement Britain First, proche des loyalistes de l’Ulster et grand admirateur du Premier ministre hongrois Viktor Orban, a réagi en organisant des milices chrétiennes (“Christian Patrols”) afin de ne pas céder de territoire aux islamistes. Ce mouvement a été fondé par Jim Dowson, un père de neuf enfants hostile à l’avortement. Lorsque lui ou d’autres chefs charismatiques comme Paul Golding se présentent à des élections, ils récoltent de 0,5 à 2% de voix (l'extrême droite n'a jamais vraiment pris en Grande Bretagne). En février 2014, Britain First s’est pavané dans le quartier de Tower Hamlets qui compte 30% de Bangladais. Il s’agissait de répondre aux manifestations des milices islamistes de 2013. Quelques dizaines de militants brandirent des drapeaux au nom de la “Résistance britannique” et jetèrent des canettes de bière vides contre une mosquée.

 

 

(Á suivre)

L'islamisme est-il conquérant ? (II)

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Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
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