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30 décembre 2015 3 30 /12 /décembre /2015 06:09

 

 

D’abord, deux mots sur les récents événements d’Ajaccio. Les « Arabi Fora » et autres « Il faut les tuer » que l’on a pu entendre proférés par quelques militants hargneux – et que les nouveaux dirigeants ont condamnés – m’ont personnellement ramené à l’époque de mon adolescence, juste après les accords d’Evian mettant fin à la guerre d’Algérie. Des pieds-noirs arrivèrent alors en masse dans l’île de beauté, apportant dans leur bagage un ou deux employés algériens qui avaient bien voulu les accompagner. Ces nouveaux arrivants vivifièrent l’économie d’un département assoupi, dans le domaine agricole et le tourisme en particulier. Vouloir rejeter les enfants et petits-enfants de ces travailleurs qui changèrent le visage de la Corse signifie pour le moins ne pas avoir la reconnaissance du ventre. Ne pensons même pas à une mesure de réciprocité qui renverrait les dizaines de milliers de Corses, rapatriés d'office, travaillant sur le continent – dans la Fonction publique en particulier – vers leur île d’origine qui ne saurait que faire d’eux.

 

Dans les années 1980, à l’époque des « nuits bleues », quand le nationalisme explosif battait son plein, nous étions nombreux à nous demander où se situaient ces activistes sur l’échiquier politique. Les Talamoni et Simeoni de l’époque (le patriarcat politique est une culture peut-être plus vivace encore que sur le continent) cultivaient l’ambiguïté, laissant entendre qu’ils se trouvaient ailleurs. Ceux d’aujourd’hui ont décidé de conquérir le pouvoir par les urnes, et ils ont parfaitement réussi.

 

Les nouveaux dirigeants de l’île sont-ils d’extrême droite ? La question peut sembler paradoxale dans la mesure où le Front National a réalisé son score le plus faible, justement en Corse. Lisons leur programme. Ils prônent la “ corsisation ” des emplois. Il s’agit d’une préférence régionale, en totale contradiction avec les règles de la Fonction publique, visant à réserver les emplois en priorité aux Corses « de souche ». Ils souhaitent par ailleurs imposer un statut de résident aux continentaux qui seraient contraints d’habiter en permanence dans l’île. Ils justifient les violences passées, comme l’affaire de la cave d’Aléria. En 1975, une cave appartenant à un pied-noir avait été occupée par le médecin Edmond Simeoni et une cinquantaine d’activistes en armes. Le gouvernement français avait facilité l’installation d’anciens viticulteurs de la Mitidja dans des terres en friche, si bien que de nombreux Corses s’étaient sentis « colonisés ». Les responsables politiques de l’époque (Giscard, Chirac, Poniatowski, dont ils faudra bien un jour ou l’autre faire calmement le procès de la politique, celle du diminué mais si populaire Chirac en particulier) réagirent à cette occupation avec une violence hors de proportion. Les occupants refusant de se rendre, l’assaut fut donné. Deux gendarmes furent abattus. Simeoni fut condamné à cinq ans de prison, dont deux avec sursis. Assurément, les nationalistes corses défendaient leur bifteck, mais s’étaient-ils demandé ce qui aurait pu se passer si tous les Français défendant leurs intérêts avaient utilisé leurs méthodes ?

 

 

 

 

Les attentats à l’explosif se multiplièrent pendant deux décennies après cet épisode dramatique, jusqu’à l’assassinat – après plusieurs dizaines d’autres – du préfet Erignac en 1998. Ce crime déconsidéra la cause que les autonomistes prétendaient défendre. En 2003, 51% des Corses votèrent contre le projet de collectivité unique proposé par Sarkozy. Ce vote ric-rac, une participation très faible, montrèrent que les Corses étaient très divisés sur ces questions fondamentales.

 

En 2014, Gilles Simeoni, le fils du « héros » indépendantiste Edmond, emporta la mairie de Bastia avec l’appui de la gauche. Le FLNC déposa les armes.

 

 

Dans Le Monde du 27 juin 2015, la chercheuse (corse) Liza Terrazoni écrivait dans un article intitulé “ Racisme et colonialisme ” :

 

« Etre maghrébin en Corse – mieux vaudrait dire auprès de certains  Corses – c’est être mis à l’écart par une série de dispositifs des plus violents (l’action physique ou la  ratonnade ) aux plus symboliques (être désigné par des tags tels qu’Arabi fora. Rien de bien spécifique à la Corse diraient certains. »

 

« A cela près qu’ici ces dispositifs peuvent aller chercher leur justification dans  la défense du «  peuple corse »…Doit-on voir là le signe d’un  racisme débridé… J’y vois pour ma part les symptômes d’un phénomène plus complexe, produit des dérives locales d’une manipulation politique dangereuse de l’idée de minorité et des « potentialités oppressives » contenues dans tout nationalisme… »

 

« Au centre de l’idéologie nationaliste  corse il y a l’idée selon laquelle « le peuple  corse » serait  une minorité, un groupe opprimé culturellement, politiquement et économiquement par une majorité incarnée par l’Etat français…. On parle sérieusement de « substitution ethnique », de génocide méthodique mis en place par l’Etat français » dans le dessein de « faire disparaitre  le peuple corse » ! Persécution contre les entreprises corses, aliénation de la terre, remplacement des fonctionnaires et des cadres corses par des continentaux, immigration d’étrangers et de continentaux sont dénoncés. »

 

 

De la « substitution ethnique » au « grand remplacement » de Renaud Camus il n’y a qu’un pas. Il est en tout cas un « remplacement » que le nouveau président de la région corse n’a pas hésité à franchir, c’est celui de la langue corse par la langue de la République française lors de son discours d’investiture. Le ministre (breton) Le Foll, porte parole du gouvernement, n’a rien trouvé à redire à cette initiative séditieuse et ô combien identitaire. Il estime peut-être que le nationalisme corse est génétiquement de gauche... On peut en douter lorsque l’on pense à certaines affirmations prononcées (en corse) par Talamoni en cette circonstance :

 

« Nous sommes arrivés ici avec tous ceux qui, comme nous, ont toujours combattu les autorités françaises sur la terre de Corse. Demain, nous obtiendrons l'amnistie des prisonniers [politiques] et des recherchés. Demain, les portes des prisons s'ouvriront car les Corses le veulent et que personne ne pourra s'opposer à cette volonté populaire. […] En votant pour les nationalistes, le peuple corse a dit que la Corse n'était pas un morceau d'un autre pays mais une nation, avec sa langue, sa culture, sa tradition politique, sa manière d'être au monde. »

 

Redisons le une fois encore : le capitalisme financier est hostile aux Etats, aux nations, à des républiques comme celle de la France. Il préfère les régions, les sociétés communautaires où les solidarités sont dissoutes dans des ensembles sans réelle signification, peu démocratiques, prêts à être dévorés par la mondialisation.

 

 

 

PS : face aux récents événements, la réaction des communistes corses m'a semblé frappé au coin du bon sens républicain :

 

 

"Le respect des lois de la République est un devoir pour tous. Une embuscade, visiblement préparée de longue main, pour agresser des pompiers dont l’unique mission est de porter secours à autrui, est un acte criminel. Il ne peut être que le fait d’une bande de voyous qui prétend interdire à quiconque l’accès à un territoire sur lequel elle voudrait exercer impunément ses activités délictueuses. L’indignation générale et la solidarité massive à l’égard des sauveteurs sont parfaitement légitimes.

Elles se sont exprimées avec toute la détermination nécessaire, dans le respect des principes et des lois de la République. Elles ne sauraient dégénérer en représailles antireligieuses et en manifestations racistes. Nul n’a le droit de confondre l’immense majorité des musulmans de Corse, qui ne pose aucun problème à personne, avec une poignée de voyous masqués qui s‘en est pris aux pompiers et aux forces de l’ordre.

Le respect des lois de la République est un devoir pour tous : ce principe vaut pour les agresseurs cagoulés comme pour les « vengeurs » instrumentalisés. C’est aux forces de l’ordre et à elles seules, qui revient de traquer les voyous et de les traduire devant les tribunaux. Le calme doit revenir. Tous, élus, pouvoirs publics et simples citoyens doivent retrouver le chemin d’un vivre ensemble qui tarira, à la source, le recrutement des bandes mafieuses."

 

PPS : à noter que, lors de la manif anti-arabe, il n'y avait que des hommes. Comme en Iran :

 

 

Les nationalistes corses sont-ils proches de l’extrême droite ?
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commentaires

B
Un vent mauvais souffle contre la France, qui aux yeux de certains a commis le "crime" (sic) "inexpiable" de 1789.<br /> <br /> Nos "élites" ne cachent plus leur impatience contre cette partie de leur histoire. Auraient-ils peur que l'histoire ne se répète ? ...<br /> <br /> D'abord, Parisot, sotto voce, par la bande dans le Financial Times en 2006 :<br /> <br /> "J’adore l’histoire de France, mais je n’aime pas beaucoup la Révolution. Ce fut un acte d’une violence extrême dont nous souffrons encore." <br /> (Rien sur la "violence extrême" des presque 1000 ans de monarchie, de 987 à 1789.)<br /> <br /> https://www.monde-diplomatique.fr/2009/05/HALIMI/17050<br /> <br /> Ensuite, Emmanuel Macron, ouvertement décomplexé :<br /> "Dans la politique française, [l']absent est la figure du roi."<br /> <br /> (Le reste est encore plus explicite :<br /> "Nous avons une préférence (...) pour la procédure démocratique plutôt que pour le leadership. (...) [Il faut] recourir à des rapports plus verticaux, nécessaires à la décision."<br /> Il y a un mot très précis pour ce genre d'idées politiques, je ne m'en souviens plus mais ça va me revenir.)<br /> <br /> http://le1hebdo.fr/numero/64/j-ai-rencontr-paul-ricoeur-qui-m-a-rduqu-sur-le-plan-philosophique-1067.html<br /> <br /> Et pendant ce temps, par le biais d'une charte scélérate, des lobbies d'extrême droite et ultra-libéraux oeuvrent activement au démantèlement de la France :<br /> http://francoisemorvan.com/ethnoregionalisme-et-ultraliberalisme/<br /> <br /> "L'Anti-France" existe bel et bien, elle se situe depuis toujours à l'extrême droite. La naissance de l'extrême droite française peut être datée très précisément du 17 juillet 1789, date de "l'émigration" du "comte d'Artois", futur "Charles X". Il aurait voulu partir le lendemain (dès le 15), mais faire ses bagages quand on est frère du roi, cela demande quelque temps.<br /> <br /> On sous-estime en France, ou plutôt on ignore, la haine que suscite notre pays chez les "élites" anglo-occidentales. Cette haine vient du fait que nous continuons de nous réclamer des valeurs de la Révolution de 1789. Beaucoup d'entre nous objecteront qu'il s'agit là d'une farce, similaire à celle de Napoléon se réclamant de ces mêmes valeurs pour mieux les fouler aux pieds, et on ne peut que leur donner raison. Mais pour les "élites" occidentales, le simple fait de se réclamer de ces valeurs constitue un crime inexpiable ; c'est là la raison pour laquelle les monarchies européennes n'ont jamais désarmé face à Napoléon, alors même qu'il était, dans les faits, devenu l'un d'entre eux.<br /> <br /> Aujourd'hui, de plus en plus "d'élites" anglo-occidentales veulent en finir une fois pour toute avec la France en tant que telle, toujours pour cette même raison. Ils ne pouvaient que trouver des relais en France même, qui est également, chose moins connue, la patrie de la Contre-Révolution (Bonald, Maurras, penseurs politiques à tendance systématisante, et bien plus dangereux que De Maistre, qui s'en remettait à la Providence, ou que Burke qui n'a fait que crier son désespoir, fût-ce éloquemment). L'argent de la NED, de la French-American Foundation, et l'idéologie ainsi que le programme politique de l'Union Européenne ont fait le reste.<br /> <br /> Le personnage de Jean Monnet semble à lui seul résumer cette haine anglo-saxonne et contre-révolutionnaire de la France en tant que telle. On peut sincèrement se demander pourquoi Monnet n'a jamais cherché (à ma connaissance) à prendre la nationalité états-unienne : il est vrai qu'en politique, on n'est jamais aussi efficace que quand l'on avance masqué.
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P
Oui, j'ai été surpris de lire plusieurs articles sur le site du Guardian dans lesquels on assimilait vraiment l'émergence de l'"État islamique" à la révolution française. Un traitement similaire était d'ailleurs proposé dans l'un d'eux.<br /> Ma mémoire me fait défaut mais je vais essayer de les retrouver.
J
Une première chose à signaler sur la photo: le sens civique des corses. Ils ont pris (oserais-je: emprunté) le sens unique dans le bon sens..
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